‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 138 sur 348 · CAMARERA-MAYOR · texte numérisé non relu

CAMARERA-MAYOR

celles de la reine; mais il va parmi les grands à la chapelle &t partout ailleurs avec eux. Il est au-dessus de la camarera-mayor, même dans l'appartement de la reine , y a plus d'autorité qu'elle , et entre chez la reine à toutes heures, même quand elle est au lit ou qu'elle se lève ou se couche. Cet emploi n'est que pour les grands ainsi que celui d( grand écuyer de la reine qui a sous lui un premier écuyer, dont 1 reçoit le serment, et il est chez elle entièrement comme est le gram écuyer du roi chez lui , mais il n'ôte le service à personne au dehors , comme fait celui du roi , et ne va point à six chevaux ou à six mules dans Madrid, quoiqu'il se serve des équipages de la reine. Il y a un carrosse de la reine où il n'entre que lui et son majordome-major à sa suite , et très-rarement quelquefois quelque grand d'Espagne très-distingué à qui le grand écuyer eu fera l'honnêteté. Il y prend, comme celui du roi, la première place.

La camarera-mayor rassemble les fonctions de notre surintendante , de notre dame d'honneur, et de notre dame d'atours. C'est toujours une grande d'Espagne, veuve, et ordinairement vieille, et presque toujours de la première distinction. Elle loge au palais, ellp présente les personnes de qualité à la reine , elle entre chez elle à toute heure , et elle partage le commandement de la chambre avec le majordome-major. Sa charge répond en tout à celle du sommelier du corps. Elle ordonne des habits et des dépenses personnelles de la reine, qu'elle ne doit jamais quitter, mais la suivre partout où elle va.

Elle entre presque toujours seule, mais de droit est la première dans le carrosse où est la reine quand le roi n'y est pas , et ce n'est que par grande faveur et distinction si, très-rarement, quelque autre grande d Espagne y est appelée. Les bas officiers de la chambre la servent en beaucoup de choses, même chez elle . et elle use de beaucoup de provisions de sa maison. Son appartement au palais est aussi meublé [que celui] de la reine. Le conceri doit être entier entre elle et le majordomemajor , et y est presque toujours , sans quoi il y auroit lieu à beaucoup de disputes et de prétentions l'un sur l'autre.

La reine, après la camarera-mayor, a deux sortes de dames au nom desquelles il seroit aisé de se méprendre lourdement selon nos idées. Les premières sont précisément nos dames du palais, mais qui ont un service ; les autres sont appelées seiioras de honor , dames d'honneur. Les dames du palais , et qui en ont le nom comme les nôtres . sont des femmes de grands d'Espagne , ou leurs belles-lilles aînées , ou des héritières de grands et qui mariées feront leurs maris grands , et de plus choisie.-; parmi tout ce qu'il y a de plus considérable. Les dames d'honneur sont des dames d'un étage très-inférieur , et cette place ne convient pas aux personnes d'une qualité un peu distinguée. Les unes et les autres servent par semaine . suivent la reine partout . sont de garde à certains temps dans son appartement, et toutes également dans la même dépendance de la camarera-mayor, pour ne rien répéter que les gentilshommes de la chambre sont du sommelier. En l'absence de la camareramayor , la plus ancienne dame du palais eu semaine la supplée en tout. La camarera-mayor sert le roi et la reine quand ils mangent ensemble

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chez elle, ou la reine seule, quand le roi n'y vient point, et met un genou en terre pour leur donner à laver et à boire. Derrière elles sont les dames du palais de semaine , et derrière celles-ci les senoras d'honneur de semaine. Tout le service se fait par la caraarera-mayor , eL lui est présenté par les dames du palais . qui le reçoivent des seiioras d'honneur; celles-ci le vont prendre, à la porte, des femmes de chambre, à qui les officiers de la bouche le présentent, et cela tous les jours. La camarera-mayor est ordonnatrice de toute la dépense de la garde-robe de la reine.

Les femmes de chambre sont toutes personnes de condition, et au moins de bonne noblesse. Fiîies toutes, elles deviennent quelquefois seiioras d'honneur en se mariant. Toutes logent au palais , ainsi que la première femme de chambre qu'on appelle- l'a;:afato , laquelle est d'ordinaire la nourrice du roi ou de la reine, et par conséquent ordinairement très-inférieure aux femmes de chambre, sur lesquelles elle a pourtant les mêmes distinctions de services et d'honneurs, et le même commandement que la camarera-mayor a sur les autres dames, à laquelle l'azafata et les autres femmes de chambre sont totalement subordonnées , et sous son autorité et commandement. Quand le roi et la reine vont en cérémonie à Notre-Dame d'Atocha. qui est une dévotion célèbre à une extrémité de Madrid, ou quelque autre part, marchent d'abord un ou deux carrosses remplis de gentilshommes de la chambre, celui du grand écuyer et du roi , celui où le roi et la reine sont seuls , celui du roi vide, celui du grand écuyer de la reine, la camareramayor seule dans le sien à elle environné de sa livrée à pied, et un écuyer à elle à cheval à sa portière droite , un ou deux carrosses de la reine remplis de dames du palais , magnifiques comme pour servir à la reine, un ou deux autres bien inférieurs , mais aussi de la reine, remplis des senoras de honor , un autre inférieur encore où est l'azafata seule, et deux autres pareils pour les femmes de chambre. Ce crayon suffira pour donner une idée des charges et du service de la cour d'Espagne, jusqu'à ce qu'il y ait lieu de parler du changement que Philippe V y a fait, et des grands et des cérémonies. J'ajouterai seulement qu'aucune charge n'est vénale dans toute l'Espagne , et que tous les appointements en sont fort petits comme ils étoient anciennement en France. Le majordome-major du roi , qui a plus du double de toutes les autres charges, n'a guère que vingt-cinq mille livres; il y en a très-peu à mille pistoles, et beaucoup fort au-dessous. Les deux majordomesmajors, les majordomes, et la camarera-mayor tirent, outre leurs appointements, force commodités de leurs charges, ainsi que les deux grands écuyers et les deux premiers écuyers. Le capitaine des hallebardiers tire aussi quelque chose de la sienne au delà de ses appointements.

Il faut remarquer que le sommelier et les gentilshommes de la chambre portentttous une grande clef, qui sort par le manche de la couture de la patte de leur poche droite, le cercle de cette clef est ridiculement large et oblong. Il est doré, et est encore rattaché à la boutonnière du coin de la poche , avec un ruban qui voltige , de couleur indif-

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