‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 14 sur 348 · LE ROI PARTIAL POUR M. DE BOUILLON · texte numérisé non relu

LE ROI PARTIAL POUR M. DE BOUILLON

eut achevé de voir le roi et M. de Pomponne , ne voulut rien voir ni se montrer, parut empressé de s'en retourner, et dit que, content d'avoir accompli sa mission, il n'avoit plus rien à faire que s'en aller chez lui. Ceux qui en avoient soin firent tout ce qu'ils purent pour en tirer quelque chose; il ne répondoit rien, ou disoit : <r II m'est défendu de parler, » et coupoit court sans se laisser émouvoir par rien. Revenu chez lui, il ne parut différent en rien de ce qu'il étoit auparavant, ne parloit ni de Paris ni de la cour, répondoit en deux mots à ceux qui i'interrogeoient , et montroit qu'il n'aimoit pas à l'être, et sur ce qu'il avoit été faire pas un mot de plus que ce que je viens de rapporter. Surtout nulle vanterie; ne se lai.'ssoit point entamer sur les audiences qu'il avoit eues . et se contentoit de se louer du roi qu'il avoit vu , mais en deux mots et sane laisser entendre s'il l'avoit vu en curieux ou d'une autre manière, et ne voulant jamais s'en expliquer. Sur M. de Pomponne . quand on lui en parloit , il répondoit qu'il avoit vu un ministre, sans expliquer comment ni combien , qu'il ne le connoissoit pas , et puis se taisoit sans qu'on pût lui en faire dire davantage. Il reprit son métier, et a vécu depuis à son ordinaire. C'est ce que les premiers de la province en ont rapporté , et ce que m'en a dit l'archevêque d'Arles. qui passait du temps tous les ans à Salon , qui est la maison de campagne des archevêques d'Arles , aussi bien que le lieu de la naissance et de la sépulture du fameux Nostradamus. Il n'en faut pas tant pour beaucoup faire raisonner le monde. On raisonna donc beaucoup sans avoir rien pu trouver, ni qu'aucune suite de ce singulier voyage ait pu ouvrir les yeux sur rien. Des fureteurs ont voulu se persuader, et persuader aux autres , que ce ne fut qu'un tissu de hardie friponnerie dont la simplicité de ce bonhomme fut la première dupe.

Il y avoit à Marseille une Mme Arnoul. dont la vie est un roman, et qui. laide comme le péché, et vieille, pauvre, et veuve, a fait les plus grandes passions, a gouverné les plus considérables des lieux où elle s'est trouvée, se fit épouser par ce M. Arnoul. intendant de marine à Marseille , avec les circonstances les plus singulières, et, à force d'esprit et de manège , se fit aimer et redouter partout où elle vécut au point que la plupart la croyoient sorcière. Elle avoit été amie intime de Mme de Maintenon , étant Mme Scarron , un commerce secret et intime avoit toujours subsisté entre elles jusqu'alors. Ces deux choses sont vraies; la troisième, que je me garde.ai bien d'assurer, est que la vision et la commission de venir parler au roi fut un tour de passepasse de cette femme , et que ce dont le maréchal de Salon étoit chargé par cette triple apparition qu'il avoit eue . n'étoit que pour obliger le roi à déclarer Mme de Maintenon reine. Ce maréchal ne la nomma jamais, et ne la vit point. De tout cela jamais on n'en a su davantage.

L'affaire de M. de Bouillon avec son fils faisoit grand bruit. Elle étoit portée pour des incidents au conseil des parties. Le roi fit en cette occasion ce qu'il n'avoit jamais fait auparavant ni ne fit depuis. Il prit parti pour M. de Bouillon, fit mander de sa part par Pontchartrain à Maboul, maître des requêtes, de rapporter sans délai, et dit lui-même au duc d'Albret qu'il ne vouloit que justice entre lui et son père.

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