CHAPITRE XVL
Chatigemenis à la cour d'Espaçne à l'arrivée du roi. — Singularité de suierainelé et de signatures de quelques grands d'Espagne. — Autres conseillers d Étal. — Manceia cl son étrange régime. — Amirauté de Castille. — Fri^:ili:ine. — Mouieroy. — Trcsno. — Fucusalidu. — .Moutijo. — Paliiarclio
[1701] CHANGEMENTS A LA COUR d'ESPAGNE. 187
des Indes. — Vie du roi d'Espagne en arrivant. — Louville en premier crédit. — Duc de Mimteléan. — Coutume en Espagne, dite la sacatde du vicaire. — P. Daubenlon , jésuite, conlesseur du roi d'Espagne. — Aversberg, ambassadeur de l'empereur après Harracli, renvoyé avant l'arrivée du roi à Madrid. — Continuation du voyage des princes. — Folie du cardmal Le Camus sur sa dignité.
Aussitôt après que le roi d'Espagne fut arrivé à Madrid , il prit l'habit espagnol et la golille' , et fit quelques changements et réformes. D'une trentaine de gentilshommes de la chambre en exercice il les réduisit à six, et ôta les appointements à ceux qui n'avoient jamais eu d'exercice. Le comte de Palma , grand d'Espagne et neveu du cardinal Portocarrero , eut la vice-royauté de Catalogue en la place du prince de Darmsladt, qui sortit d'Espagne sans revenir à Madrid. Le duc d'Escalona, qu'on appeloit plus ordinairement le marquis de Villena , alla relever en Sicile le duc de Veragua ; il le l'ut bientôt lui-même par le cardinal del Giudice qui vint exercer la vice-royauté par intérim, de Rome ovi il étoit, et Villena s'en alla vice-roi à Naples, d'où le duc de Medina-Celi revint à Madrid, où il fut fait président du conseil des Indes, qu'il désiroit extrêmement et qui est une place fort lucrative. Il l'étoit du conseil des ordres qui fut donné au duc d'Uzeda, quoique absent, et qui remplissoit l'ambassade de Rome depuis que Mediiia-Celi l'avoit quittée pour aller à Naples.
Le plus grand changement fut la disgrâce du connétable de Castille. Hors les présidences des conseils et la plupart des places dans les conseils , rien n'est à vie en Espagne , et à la mort du roi , toutes les charges se perdent, et le successeur confirme ou change, comme il lui plaît, ceux qui les ont. Le connétable étoit grand écuyer et gentilhomme de la chambre en exercice. L'exercice lui fut ôté et sa charge de grand écuyer, que le duc de Medina-Sidonia préféra à la sienne de majordomemajor, je ne sais par quelle fantaisie, sinon que, ayant désormais affaire à un jeune roi, il la trouva plus brillante et crut qu'il seroit souvent dehors , en voyage , à la chasse , à la guerre , où le grand écuyer a plus beau jeu que le majordome-major. Le marquis de Villafranca le fut en sa place; et par ce qu'il avoit fait sur le testament, et par son vote fameux il avoit bien mérité cette grande récompense. La duchesse d'Ossone, dont j'aurai lieu de parler, disoit de lui et de don Martin de Tolède , depuis duc d'Albe et mort ambassadeur en France , qu'ils étoient tous deux Espagnols en chausses et en pourpoint, l'un en vieux, l'autre en jeune. Villafranca ainsi que Villena avoient beaucoup du caractère du duc de Montausier, mais ce dernier n'étoit point espagnol pour l'habit, de sa vie il n'avoit porté golille ni l'habit espagnol. Il le disoit insupportable , et partout fut toute sa vie vêtu à la françoise. Cela s'appeloit en Espagne à la flamande ou à la guerrière , et presque personne ne s'habiUoit ainsi. Le comte de Benavente fut conserve somme- ■lier du corps. Il se prit d'une telle afl'ection pour le roi, qu'il pleuroit souvent de teudi'esse en le regardant.
1. La iiulille était une espèce de collet en usage chez les Espagnols.