Voy. plus haut, p. 1 15 et suiv
4. Voy. plus haut, p. H S, ce que nous appellerons, avec Saint-Simon, la l'iemière touche du portrait du marquis de Mancera.
ses emplois et de ses vertus j'en ai parlé ci-devant. Mais voici une singularité bien étrange à notre genre de vie et qui n"estpas sans exemple en Espagne : il y avoit cinquante ans qu'il n'avoit mangé de pain, à l'arrivée du roi d'Espagne. Sa nourriture étoit un verre d'eau à la glace en se levant, avec un peu de conserve de roses et quelque temps après du chocolat. A souper, des cerises ou d'autres fruits, ou une salade , et encore de l'eau rougie , et sans sentir mauvais ni être incommodé d'un si étonnant régime ; et sa femme , fille du duc de Caminha , dont une seule fille , vivoit à peu près de même à quatre-vingts ans.
L'amirante de Gastille, qui s'appeloit J.Thomas Enriquez de Cabrera, duc de Rioseco et comte de Melgar , étoit grand d'Espagne de la première classe , un des plus riches et des plus grands seigneurs et le premier d'Espagne pour la naissance , quoique bâtarde. Alphonse XI , roi de Castille et de Léon, eut de Marie, fille d'Alphonse V, roi de Portugal, un fils unique qui lui succéda, qui fut don Pierre le Cruel, si fameux par ses crimes, qui révoltèrent enfin tout contre lui, qui n'eut point de fils de la sœur du duc de Bourbon, qu'il tua et qui fut tué lui-même en [1368] par Henri, comte de Transtamare, son frère bâtard, qui lui succéda , et dont la couronne passa à saposérité, Henri H, Henri HI, Jean H. père d'Isabelle . qui épousa Ferdinand d'Aragon son cousin issu de germain paternel. Il étoit petit-fils de Ferdinand le Juste, second fils de Henri comte de Transtamare, qui fut roi après avoir tué Pierre le Cruel, dont il étoit frère bâtard, comme je viens de le dire.
Ce Ferdinand , père du Catholique . fut appelé le Juste . pour avoir opiniâtrement refusé la couronne de Castille , qui lui fut plus qu'ofl"erte à la mort du roi Henri III son frère , qui ne laissa qu'un lils en très-bas âge . dont son oncle fut le défenseur et le tuteur , et qui fut père de la reine Isabelle. Il fut des ce monde récompensé de sa vertu par l'élection qui fut faite de lui en 1390 par Martin, roi d'Aragon et de "Valence et prince de Catalogne . frère de sa mère . mourant sans enfants . confirmée par les états de tous ces pays . pour lui succéder. Alphonse \' et Jean II , ses deux fils , l'aîné sans enfants , régnèrent l'un après l'autre , et Ferdinand II. fils de Jean II, lui succéda, et réunit toutes les Espagnes . excepté le Portugal , par son mariage avec Isabelle , reine de Castille. si connue sous le nom de rois catholiques, dont la fille, héritière de leurs couronnes , fut mère de l'empereur Charles-Quint et de l'empereur Ferdinand I'" , desquelles sont sorties les branches d'Espagne et impériale de la maison d'Autriche.
Alphonse II , roi de Castille , père de Pierre le Cruel , eut d'Éléonore de Guzman , sa maîtresse , deux bâtards jumeaux. L'un fut ce comte de Transtamare qui vainquit , tua et succéda à Pierre le Cruel . et fui de père en fils bisaieul d'Isabelle, reine de Castille et de Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, son mari: l'autre jumeau fut la tige d'où est .ortie légitimement et masculinement celte suite d'amirantes de Castille Il s'appeloit Frédéric. Son fils Pierre . comte de Transtamare comme lui fut connétable de Castille, dont les enfants n'en eurent point. Mais Alphonse , son frère , leur succéda : il fut le premier amirante de Castille
de sa maison, à laquelle il donna pour lui et pour sa postérité le nom de Enriquez en mémoire du roi de Castille. Henri II, frère de son père, laquelle est directe (dont l'amirante, qui fait le sujet de cette dissertation , est la dixième génération) , n'a presque été connue que par le nom d'amirante, parce qu'ils l'ont tous été et que cette charge, dont je parlerai ailleurs, leur étoit devenue héréditaire. Le deuxième amirauté fut premier comte de Melgar. Il maria sa fille à Jean, roi d'Aragon, fils du Juste, et elle fut mère du roi Ferdinand le Catholique, mari d'Isabelle, reine de Castille. Le quatrième amirauté [étoit] fils du frère de cette reine d'Aragon et cousin germain de Ferdinand le Catholique, outre qu'ils étoient de même maison et issus de germain , de mâle en mâle , des rois de Castille, père d'Isabelle, et d'Aragon, père de Ferdinand le Catholique, lesquels deux rois étoient fils des deux frères, cousins germains de son père ; et cette parenté ainsi rapprochée étoit d'autant plus illustre que les Enriquez n'avoient que la même bâtardise du comte de Transtamare devenu roi de Castille , père de ces rois , et frère jumeau de Frédéric, tige des Enriquez.
Le cinquième amirauté, cousin issu de germain de Charles-Quint, fut fait par lui duc de Rioseco et grand d'Espagne. Celui-ci, que je compte le cinquième, parce qu'il eut un frère aîné amirante, qui n'eut point d'enfants et fut chevalier de la Toison d'or. Le sixième épousa A. de Cabrera, et la postérité de ce mariage joignit depuis le nom de Cabrera à celui d'Enriquez. Le septième et le huitième eurent la Toison d'or. Le neuvième fut vice-roi de Sicile, et le dixième eut d'une Ponce de Léon l'amirante dont je vais parler , qui est l'onzième amirante . le sixième duc de Rioseco, grand d'Espagne de la première classe, et la dixième génération de Frédéric , frère jumeau du comte de Transtamare , qui détrôna et tua Pierre le Cruel, dont il étoit frère bâtard . fut roi de Castille en sa place et en transmit la couronne à sa postérité. Le père de notre amirante mourut en 1680.
Notre amirante de Castille avoit, en premières noces, épousé la fille du duc de Medina-Celi, ambassadeur à Rome, puis vice-roi de Naples, où nous avons dit qu'il fut relevé par le marquis de Villena, pour revenir à Madrid, où Philippe V le fit président du conseil des Indes. Il n'eut point d'enfants d'aucune ; mais le comte d'Alcanizès , son frère , eut un fils.
Cet amirante , homme de cinquante-cinq ans à l'avènement du roi d'Espagne , étoit un composé fort extraordinaire : de l'esprit infiniment, de la politesse , l'air et les manières aimables, obligeant, insinuant, caressant, curieux, prenant toutes sortes de formes pour plaire, haut, libre , ambitieux à l'excès , et très-dangereux sans son extrême paresse de corps qui n'influoit point sur l'esprit. Pour donner un trait de sa hauteur, le cardinal Portocarrero , qui le haïssoit fort, eut le crédit de le faire exiler à Grenade, quoique intimement attaché à la rein.' qui dominoit alors, et que lui-même fût en grande autorité auprès de Charles II pendant beaucoup d'années. Il avoit eu une afl'aire avec le comte de Cifuentès, dont il s'étoit mal tiré, et s'étoit perdu d'honneur; ce qui fut roccasion de son exil. En y allant, il s'arrêta à Tolède, dont le
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cardinal étoit archevêque et y donna une superbe fêle de taureaux. A Grenade, il se logea dans i'Alhambra, qui est le palais des rois, où, après avoir demeuré assez longtemps, il se mit lans la ville pour être plus commodément. Déshonoré sur le courage, il ne l'étoit pas moins sur la probité. Personne ne se fioit à lui , et il en rioit le premier , et avec cela fort haï du peuple. Il ne se soucioil ni de sa maison ni d'avoir des enfants, mais avoit la rage de gouverner et une haine mortelle contre tous les gens qui gouvernoient, et par cette seule raison. Ami intime du prince de Vaudemont, extrèmemetit faits l'un pour l'autre, ennemi déclaré du duc de Medina-Sidonia et de tous les Guzman,et passionné pour les jésuites, dont il avoit toujours quatre chez lui, san. lesquels il ne mangeoit point, ni ne faisoit aucune chose. Il avoit dau;- Madrid quatre palais, tous quatre superbes et superbement meublés, d'une étendue très-vaste, que par grandeur il ne louoit point, etlogeoit dans chacun par saison trois mois de l'année. Ce sont presque les seuls de Madrid où j'aie vu cour et jardin, et les plus grands qu'il y ait. G'étoit un personnage, malgré de tels défauts, très- considérable, le plus grand seigneur d'Espagne, et, quoique fort laid, [il] avoit le plus grand air. Il fut pourtant la dupe du testament , et , avec tout son attachement à la reine et à la maison d'Autriche , il n'osa proférer un seul mot. Nous le reverrons bientôt sur la scène.
Le comte de Frigilliane (don Roderic Manrique de Lara), devenu grand d'Espagne par son mariage avec i.iarie d'Avellano, comtesse d'Aguilar, héritière, s'appeloit le comte d'Aguilar, et quoique veuf et que le comte d'Aguilar son fils fût grand d'Espagne, il continuoit d'en Kio'ir le rang et les honneurs , qui ne se perdent point en Espagne quand on les a eus, et de porter ainsi que son fils le nom de comte d'Aguilar, quoique le plus souvent on l'appelât Frigilliane. G'étoit un grand seigneur, haut, fier, ardent, libre, à mots cruels, dangereux, extrêmement méchant avec infiniment d'esprit et de capacité. Il étoit accusé d'avoir empoisonné dans une tabatière le père du duc d'Ossone. Il etoit fort autrichien et fort attaché à la reine. Le cardinal Portocarrero et lui se haïssoient à mort. Aussi le testament fut-il pour lui un mystère impénétrable. Il plaisantoit le premier de sa laideur, qui étoit extrême, et de sa méchanceté , et disoit que son fils étoit dans l'âme ce que lui portoit sur le visage , et avouoit que sans son fils il seroit le plus méchant homme d'Espague, et je pense qu'il avoit raison.
Le comte de Monterey , grand d'Espagne par sa mère , second fils du célèbre don Louis de Haro , avec lequel le cardinal Mazarin conclut 1;^ p:iix des Pyrénées et le mariage du roi en 1660 dans l'île des Faisan de la petite rivière de Bidassoa. Il avoit été gouverneur des Pays-Bas et étoit lors président du conseil de Flandre. G'étoit un génie supérieui m tout, mais haut, méchant et dangereux. Quoiqu'on lui eût caché le testament, il parut s'attacher au roi, quoique grand ennemi du cardinal Portocarrero. Qu'eût dit son père s'il eût vu ce que [son fils] voyoit, avec toutes ses précautions pour les renonciations de aotre reine Marie-Thérèse? Monterey n'avoit point d'enfants.
Le marquis del Tresno, grand d'Espagne de la maison de "Velasco,