Ô6 P. DAUBÊNTON CONFESSEUR DU ROI
approuva non-seulement la conduite de Louville. mais il trouva qu'il avoit rendu au roi le plus important service. Il dépêcha là-dessus un courrier qui rapporta les mêmes louanges à Louville. Monteléon cependant accourut se jeter aux pieds du roi. et remercier son libérateur de lui avoir sauvé l'honneur, les biens et la vie: mais Louville se défendit toujours prudemment d'une chose dont il vouloit que le roi eût tout l'honneur . et dont l'aveu l'eût trop exposé au cardinal ; mais toute la cour , et bientôt toute l'Espagne . ne s'y méprit pas , et ne l'en aima et estima que davantage.
Avant de sortir d'Espagne, il faut dire un mot du P. Daubenton, jésuite françois . qui y suivit le roi pour être son confesseur. Ce fut aa grand regret des dominicains , en possession de tout temps du confessionnal des rois d'Espagne, appuyés de l'inquisition, chez lesquels, comme partout ailleurs où elle est établie, ils tenoient le haut bout, et soutenus de toute la maison de Guzman , une des plus grandes d'Espagne , de laquelle étoient plusieurs grands , et plusieurs grands seigneurs , qui tous se faisoient un grand honneur de porter le même nom que saint Dominique. Le crédit des jésuites fit que le roi ne balança pas d'en donner un pour confesseur au roi son petit-fils, bien que persuadé que ce choix n'étoit pas politique. On se figuroit l'autorité des dominiiCains tout autre qu'«lle étoit en Espagne. Il se trouva qu'avec tout ce jqui la leur devoit donner principale, ils y avoient moins de crédit, de ; considération et damis puissants et nombreux que les jésuites, qui î avoient su les miner et s'établir à leurs dépens. L'Espagne fourmilloit I de leurs collèges, de leurs noviciats, de leurs maisons professes: et 'comme ils héritent en ce pays-là comme s'ils n'étoient pas religieux, toutes ces maisons , vastes , nombreuses , magnifiques en tout , sont extrêmement riches. Ce changement d'ordre du confesseur ne fit donc pas la moindre peine , sinon à des intéressés tout à fait hors de moyens de s'en ressentir.
Ce P. Daubenton fut admirablement bien choisi. C'étoit un petit homme grasset . d'un visage ouvert et avenant , poli . respectueux avec tous ceux dont il démêla qu'il y avoit à craindre ou à espérer, attentif à tout, de beaucoup d'esprit, et encore plus de sens, de jugement et de conduite, appliqué surtout à bien connoître l'intrinsèque de chacun, et à mettre tout à profit, et cachant sous des dehors retirés , désintéressés, éloignés d'affaires et du monde, et surtout simples et même ignorants, une finesse la plus déliée, un esprit le plus dangereux en intrigues, une fausseté la plus innée , et une ambition démesurée d'attirer tout à soi et de tout gouverner. Il débuta par faire semblant de ne vouloir se mêler de rien , de se soumettre comme sous un joug pénible à entrer dans les sortes d'affaires qui eu Espagne se renvoient au confesseur, de ne faire que s'y prêter avec modestie et avec dégoût, d'écarter d'aborr' beaucoup de choses qu'il sut bien par où reprendre , de ne recommander ni choses ai personnes, et de refuser même son général là-dessus. Avec cette conduite qui se pourroit mieux appeler manège, et une ouverture et un liant jusqu'avec les moindres, qui le faisoit passer pour aimer à obliger , et qui iusoit regretter qu'il ne se voulût pas mêler , il fit un«