‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 145 sur 348 · P. DAUBENTON CONFESSEUR DU ROI · texte numérisé non relu

P. DAUBENTON CONFESSEUR DU ROI

foule de flupes, il gagna beaucoup d'amis, et quoique ses progrès fus- -eut bientôt aperçus auprès du roi d'Espagne et dans la part aux affai- •es,il eut l'art de se maintenir longtemps dans cette première réputation qu'il avoit su s'établir. C'est un personnage avec qui il fallut compter , et en France à la fin comme en Espagne. Nous le retrouverons plus d'une fois.

Des autres François, Valouse ne se mêla que de faire sa fortune, qu'il fixa en Espagne • Montriel de rien , et qui revint comme il étoit allé; La Roche de presque rien au delà de son estampilla; Hersent de peu de choses, et encore de cour; ceux de la Faculté de rien, ni quelques valets intérieurs ou gens de la bouche françoise que d'amasser; et Louville de tout et fort à découvert. Mais son règne , très-utile aux deux rois et à l'Espagne , fut trop brillant et trop court pour leur bien.

Le comte d'Harrach , r^îïi'^î-r;;Uv^eur de l'empereur , étoit sur le point d'être relevé lorsque Charles II mourut. Il partit bientôt après d'un pays qui ne pouvoit plus que lui être très-désagréable, et le comte d'Aversberg lui succéda. Mais la junte, qui dans ces circonstances le prit moiu.' pour un ambassadeur que pour un espion, lui conseilla doucement de se retirer , jusqu'à ce qu'on sût à quoi l'empereur s'en tiendroit. Il résista jusqu'à proposer de demeurer en attendant, comme particulier, sans caractère; à la fin , il fut prié de ne pas attendre l'arrivée du roi d'Espagne, et il partit: mais il passa par Pans, gù il s'ar rèta en voyageur pour y voir les choses de plus près et eu rendre compte de bouche plus commodément encore que Zinzeudorf , envoyé ici d»l'empereur , ne pouvoit faire par ses amples dépèches.

Cependant les deux princes, frères du roi d'Espagne, continuoient leur voyage par la France, où, malgré la fâcheuse saison de l'hiver, les provinces qu'ils parcoururent n'oublièrent rien pour les recevoir avec les plus grands honneurs et les fêtes les plus galantes. Le Languedoc s'y distingua, le Dauphiné fit de son mieux. Ils logèrent à Grenoble dans l'évêché, et ils y séjournèrent quelques jours dans l'espérance de pouvoir aller de là voir la Grande-Chartreuse. Mais les neiges furent impitoyables, et quoi qu'on pût faire, elles leur en fermèrent tous les chemins. Le cardinal Le Camus . avec tout son esprit et cette connoissance du monde que tant d'années de résidence , sans sortir de son diocèse que pour un conclave , n'avoient pu eflacer , se surpassa dans la réception qu'il leur fit, sans toutefois sortir de ce caractère d'évèque pénitent et tout appliqué à ses devoirs qu'il soutenoit depuis si longtemps. Mais sa pourpre l'avoit enivré au pomt de lui faire perdre la tète dans tout ce qui la regardoit, jusque-là qu'un homme qui avoit passé ses premières années à la cour aumônier du roi, et dans les naeilleures compagnies, avoit oublié comment les cardinaux y vivoient, ri bien qu'il fut longtemps en peine, sur le point de l'arrivée des princes ffhez lui, si dans sa maison même il devoit leur donner la main. Ils •cassèrent en Provence où Aix, Arles, et surtout Marseille et foulon leur donnèrent des spectacles , dont la nouveauté releva pour eux la magnificence et la galanterie par tout ce que la mwine exécuta. Avignon se piqua de surpasser les villes du royaume par la réception qu'elle

Page 1