‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 147 sur 348 · VIOLENTE INDIGESTION DE MONSEIGNEUB · texte numérisé non relu

VIOLENTE INDIGESTION DE MONSEIGNEUB

éloient à son coucher accoururent chez le roi chercher le premier luèdeciii et le premier chirurgien du roi avec le vacarme que je viens de dire. Le roi, tout déboutonné . se leva de son prie-Dieu à l'instant et descendit chez Monseigneur par un petit degré noir, étroit et diflicile, qui, du l'ond de l'antichambre qui joignoit aa chambre, descendoit tout droit dans ce qu'on appeloit le caveau , qui étoil un cabinot assez obscur sur la petite cour, qui avoii une porte dans la ruelle du lit de Monseigneur et une autre qui entroit dans son premier grand cabinet sur le jardin. Ce caveau avoit un lit dans une alcôve , où il couchoit souvent l'hiver; mais comme c'étoit un fort petit lieu, il se déshabilloit et s'habilloit toujours dans sa chambre. Mme la duchesse de Bourgogne, qui ne faisoit aussi que passer chez elle, arriva en même temps que le roi. et dans un instant la chambre de Monseigneur, qui étoit vaste, se trouva pleine.

Ils trouvèrent Monseigneur à demi nu que ses gens promenoient ou plutôt traînoient par la chambre. 11 ne connut ni le roi qui lui parla, ni personne, et se défendit tant qu'il put contre Félix qui, dans cette nécessité pressante, se hasarda de le saigner en l'air, et y réussit. La coniioissance revint; il demanda un confesseur: le roi avoit déjà envoyé chercher le curé. On lui donna force émétique, qui fut longteiaps à opérer, et qui sur les deux heures fit une évacuation prodigieuse haut et bas. A deux heures et demie, n'y paroissant plus de danger, le roi, qui avoit répandu des larmes, s'alla coucher, laissant ordre de l'éveiller s'il survenoit quelque accident. A cinq heures, tout l'efTet étant passé , les médecins le laissèrent reposer et firent sortir tout le monde de sa chamb.'-e. Tout y accourut toute la nuit de Paris. Il en fut quitte pour garder sa chambre huit ou dix jours, où le roi l'alloit voir deux fois par jour, et où, quand il fut tout à fait bien, il jouoit ou voyoit jouer toute la journée. Depuis , il fut bien plus attentif à sa santé et prit fort garde à ne se pas trop charger de nourriture. Si cet accident l'eût pris un quart d'heure plus tard, le premier valet de chambre qui couchoit dans sa chambre l'auroit trouvé mort dans son lit.

Paris airaoit Monseigneur, peut-être parce qu'il y alloit souvent à l'Opéra. Les harengères des halles imaginèrent de se signaler. Elles en députèrent quatre de leurs plus maîtresses commères pour aller savoir des nouvelles de Monseigneur. Il les fit entrer. Il y en eut une qui lui sauta au collet et qui l'embrassa des deux côtes; les autres lui baisèrent la main. Elles furent très-bien reçues. Bontems les promena par les appartements, et leur donna à dîner. Monseigneur leur donna de l'argent, le roi aussi leur en envoya. Elles se piquèrent d'honneur, elles en firent chanter un beau Te Deum à Saint-Eustache, puis se régalèrent.

Le roi, voyant que l'alliance unie contre lui à la dernière guerre se rejoignoit et se préparoit à y rentrer contre lui, en même temps que ces puissances essayoient de l'amuser pour se donner le temps de mettre ordre à leurs afl'aires, songea aussi à s'y préparer. Il augmenta son infanterie de cinquante mille hommes: il forma soixante-dix bataillons de milice, et augmenta sa cavalerie de seize mille et ses dragons à

proporlion Ces dépenses renouvelèrent ia capitation dont l'invention est due à Bâville. intendant ou plutôt roi de Languedoc. Elle eut lieu pour la première fois à la fin de la dernière guerre. Pontchartrain y avoit résisté tant qu'il avoit pu, comme au plus pernicieux impôt par la facilité de l'augmenter à volonté d'un trait de plume, l'injustice inévitable de son imposition, à proportion des facultés de chacun toujours ignorées . et nécessairement livrée à la volonté des intendants des provinces, et l'appât de la rendre ordinaire, comme il est enfin arrivé malgré les édits et les déclarations remplies des plus fortes promesses de la faire cesser à la paix. Mais à la fia il eut la main forcée par la nécessité des dépense^ , par les persécutions de Bâville, et par les mouvements des financiers. Celle-ci fut beaucoup plus forte que n'avoit été la première, comme sont toujours les impôts, qui vont toujours en augmentant.

Il y avoit plusieurs années que l'électeur de Bavière n'avoit été chez lui. Bruxelles lui plaisoit plus que le séjour de Munich, et après avoir passé toute la dernière guerre aux Pays-Bas dont il étoit gouverneur, il y demeura encore pendant la paix. A la fin , ses affaires d'Allemagne le pressèrent d'y retourner. Il le fit trouver bon au roi, et le pria en même temps de lui donner quelqu'un qui fût homme de guerre pour être témoin de ses actions , et à qui il pût communiquer les propositions de traités qui ne manqueroient pas de lui être faites , parce qu'il vouloit que le roi et le roi d'Espagne fussent informés de tout ce qui le regarderoit . et ne rien faire que de concert avec eux. On lui envoya Ricous. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, qui avoit servi avec valeur, ami particulier de M. et de Mme de Castries. qui étoit de Languedoc et qui avoit déjà eu quelques commissions en Allemagne. Castries , fort ami de Torcy , le lui avoit fait connoître , et par lui à Croissy. Depuis que Ricous étoit revenu , il s'étoit toujours entretenu fort bien avec Torcy , s'étoit fait des amis de considération , et il étoit souvent à Versailles dans les bonnes maisons, ou on étoit bien aise de le voir. L'électeur partit donc et se fit suivre par toutes ses troupes, et laissa le marquis de Bedmar, commandant général des Pays-Bas espagnols, en son absence.

On fit en même temps imprimer les propositions que les Hollandois et les Anglois avoient faites à d'Avaux dans les conférences de la Haye. Les premiers demandoient d'avoir leurs garnisons dans une douzaine de places, parmi lesquelles Luxembourg, Namur. Charleroy etMons: et les Anglois dans Ostende et Nieuport. Cela montroit qu'ils ne cherchoient qu'à rompre , et la faute si lourde de leur avoir renvoyé leurs vingtdeux bataillons. Ce n'étoit pas tout : ils ajoutoient qu'on donnât satisfaction à l'empereur, et cela n'étoit pas facile à un prince qui prétendoit tout, et qu'il entrât dans leur traité. Aussi ces conférences ne durèrent-elles pas longtemps après des propositions si sauvages. Les Hollandois. pour gagner temps, n'oublièrent rien pour amuser toujours; mais à la fin. Briord convalescent revint et d'Avaux peu après, qui ne laissa qu'un secrétaire à la Haye , lequel même n'y demeura pas lo?.stc:ïip3

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