‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 148 sur 348 · TRAITÉS ET FAUTES · texte numérisé non relu

TRAITÉS ET FAUTES

Tallarcl aussi quilta Londres et y laissa Poussin , espèce de secrétaire qui dans la suite fut subalternement employé et fit bien partout. Presque en même temps , Moles , ambassadeur d'Espagne à Vienne , fut congédié. Sous prétexte de pourvoir à ses dettes, il s'arrêta dans les faubourgs , et fit si bien qu'il y fut arrêté contre le droit des gens , quoiqu'il eût pris congé et dépouillé le caractère. Je dis qu'il fit si bien qu'il y fut arrêté , parce que la suite fit juger que ç'avoit été un jeu, qui finit en tournant casaque et se donnant à l'empereur.

En même temps le roi eut nouvelle de la signature de trois traités avantageux. Par l'un le Portugal faisoit avec lui une alliance offensive et défensive , interdisoit ses ports aux Anglois et aux Hollandois , et défendoit tout commerce avec eux à ses sujets. C'étoit un coup de partie que de fermer cette porte d'Espagne. Mais, faute d'argent et de troupes à temps pour joindre à celles que le Portugal fournissoit et qu'il réclama en vain, il fut forcé, le pied sur la gorge, à recevoir les vaisseaux et les troupes de ces deux nations, de se joindre à elles contre l'Espagne malgré lui, et de la prendre ainsi par le seul endroit en prise, et qui fit sentir tout le danger et toute la dépense de ce que nous avions manqué.

Cette faute et celle du renvoi des garnisons hoUandoises furent capitales et influèrent sur tout. Celle encore d'espérer toujours contre toute espérance, et cette délicatesse de ne vouloir pas paroître agresseur, et .le s'opiniâtrer à se laisser attaquer après tous les amusements et tous les délais qu'ils voulurent employer, fut une autre cause de ruine. Avec '/n parti pris et le courage et la célérité du début des précédentes guer- 'es , on les auroit déconcertés et réduits à l'impossible avant qu'ils se fussent arrangés, et on les eût réduits à cette paix qu'on désiroit tant par la posture où on se seroit mis de leur faire tout craindre pour euxmêmes. Mais nos ministres n'étoient plus les mêmes ; et on ne s'aperçut que trop après que c'étoit aussi d'autres généraux. L'autre traité "fut celui par lequel M. de Mantoue livra au roi ses places et ses États. Rien n'étoit plus important que Mantoue, ni rien de si pressé de s'en assurer. Enfin, par celui de M. de Savoie, il fut déclaré généralissime des forces des deux couronnes en Italie , et s'engagea à fournir dix mille hommes de ses troupes . outre tous les passages et toutes les facilités pour les nôtres , et il se flatta en même temps du mariage de sa seconde fille avec le roi d'Espagne.

M. de Savoie fut fort blessé de la loi que le parlement d'Angleterre venoit de faire pour régler l'ordre de la succession à la couronne de la Grande-Bretagne , et la fixer en même temps dans la ligne protestante , en faveur de Sophie , femme du nouvel électeur d'Hanovre , et mère de l'électeur roi d'Angleterre, et fille de l'électeur palatin roi de Bohême déposé et chassé de tous ses États , et d'une fille de Jacques I" , roi de la Grande-Bretagne , et sœur du roi Charles I" à qui ses sujets coupèrent la tète. Or, Charles étoit père de la première femme de Monsieur , dont la fille étoit épouse de M. de Savoie , et par conséquent excluoit de droit sa tante paternelle et les Hanovre ses enfants. M. de Savoie porta ses plaintes en forme en Angleterre, qui ne furent pas

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