M. DE CHARTRES REFUSÉ DE SERVIR
ciiai (le Bûufflers, et en Allemagne sous le maréchal de Villeroy. Monseigneur le duc de Bourgogne fut destiné un moment à commander celle de ce dernier, mais cela fut changé sur le dépit que témoigna Monsieur de ce que M. de Chartres fut refusé de servir.
Le roi y avoit consenti dans Tespèrance que Monsieur, piqué de ce qu'on ne lui donnoit point d'antnee, n'y consentiroit pas, et y mit la condition que ce seroit avec l'agrément de Monsieur. Monsieur et M. le duc de Chart:es, qui comprirent que. servant toujours, il n'etoit plus possible à son âge de lui refuser le commandement d'une armée l'année suivante, s'ils ne le pouvoienl obtenir celle-ci, aimèrent mieux sauter le bâton du service subalterne encore cette campagne. Le roi . qui pour cette mèrae raison ne vouloit pas que son neveu servît, fut surpris de trouver Monsieur dans la même volonté que M. son fils, et, si cela s'ose dire, fut pris pour dupe; mais il ne la fut pas, et monira la corde par le refus chagrin qu'il fit tout net pour qu'on ne lui en parlât plus. Il s'y trompa encore. M. de Chartres fit des escapades peu mesurées , mais de son âge , qui fâchèrent le roi et l'embarrassèrent encore davantage. Il ne savoit que faire à son neveu qu'il avoit forcé à être son gendre, et [à] qui, excepté les conditions écrites, [il] n'avoit rien tenu, tant de ce qu'il avoit laissé espérer que de ce qu'il avoit promis. Ce refus de servir qui éloi!,'noit sans fin, pour ne pas dire qui anéantissoil, toute espérance de commandement d'armée, rouvrit la plaie du gouvernement de Bretagne , et donnoit beau jea à Madame d'insulter à la foiblesse que Monsieur avoit eue, qui n'eu étoit pas aux premiers repentirs. Il laissoit donc faire son fils en jeune homme , qui , avec d'autres jeunes têtes, se proposoit de faire un trou à la lune, tantôt pour l'Espagne et tantôt pour l'Angleterre; et Monsieur, qui le connoissoit bien et qui n'étoit pas en peine qu'il exécutât ces folies, ne disoit mot, bien aise que le roi en prît de l'inquiétude , comme à la fin il arriva.
Le roi en parla à Monsieur, et, sur ce qu'il le vit froid , lui reprocha sa foiblesse de ne savoir pas prendre autorité sur son fils. Monsieur alors se fâcha , et , bien autant de résolution prise que de colère , il demanda au roi à son tour ce qu'il vouloit faire de son fils à son âge; qu'il s'ennuyoit de battre les galeries de Versailles et le pavé de la cour, d'être marié comme il l'étoit; et de demeurer tout nu vis-à-vis ses beauxfrères comblés de charges , de gouvernements , d'établissements et de rangs sans raison, sans politique et sans exem; !;•: que son fils étoit de pire condition que tout ce qu'il y avoit de gens en France de son âge qui servoient et à qui on donnoit des grades bien loin de les en empêcher; que l'oisiveté étoit la mère de tout vice: qu'il lui étoit bien douloureux de voir son fils unique s'abandonner à la débauche . à la mauvaise compagnie et aux folies, mais qu'il lui étoit cruel de ne s'en pouvoir prendre à une jeune cervelle justement dépitée , et de n'en pouvoir accuser que celui qui l'y précipiloit par ses refus. Qui fut bien étonné de ce langage si clair? Ce fut le roi. Jamais il n'etoit arrivé à Monsieur de s'échapper avec lui à mille lieues [irès de ce ton , qui éloii d'autant plus fâcheux qu'il étoit appuyé de raisons sans réplique, auxquelles toutefois le roi ne ve»*loit pas céder. Dans la surprise de cet embarras.