‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 152 sur 348 · MORT DU COMTE DE STAREMBERG · texte numérisé non relu

MORT DU COMTE DE STAREMBERG

Tallart, qui ne faisoit qu'arriver d'Angleterre, eut le gouvernement du pays de Foix , et d'autres petites charges à vendre , et fut déclaré chevalier de l'ordre, pour être reçu à la Pentecôte avec les deux prélats. 11 parut fort content, mais le duché d'Harcourt émoussoit fort h joie de ces faveurs. A un mois de là il perdit sa femme . du nom da Groslée , fille de Virville , qui avoit été longtemps capitaine de gendarmerie. C'étoit une femme fort d'un certain monde à Paris . dont la réputation étoit médiocre, et qui ne partageoit en rien avec son mari: elle n'alloit jamais à la cour et ils ne vivoient comme point ensemble.

La diiches.se d'Arpajon. sœur de Beuvron . et Mme d'Hauterive. cidevant duchesse de Chaulnes, et sœur du maréchal de Vilieroy , moururent en même temps. J'ai tant parlé d'elles que je n'ai rien à y ajouter.

Mme de Bournon ville qui, faute de tabouret, très-mal à propos prétendu , n'alloit point à la cour , et s'en dépiquoit à Paris par ses charmes, mourut fort jeune aussi. EMe étoit sœur du second lit de M. de Chevreuse, et son mari cousin germain de la maréchale de Noailles. Elle laissa un fils et une fille fort enfants. Le père de Mme de Noailles, frère du sien, avou été duc à brevet après son père. Le père de M. de Bournonville étoit l'aîné, et eut de grands emplois en Espagne, où il mourut. Le cadet, père de Mme de Noailles, s'attacha à la France, et y eut des charges considérables. Le brevet de duc lui fut renouvelé. Ils ne sont point héréditaires; ainsi M. de Bournonville, dont il s'agit ici, n'y avoit pas ombre de droit.

Segrais , poète françois illustre , élevé chez Mademoiselle , fille de Gaston, et retiré à Caen dans le sein des belles-lettres, étoit mort fort ▼ieux auparavant.

La France perdit le plus grand homme de mer, de l'aveu des Anglois et des Hollandois , qui eût été depuis un siècle , et en même temps le plus modeste. Ce fut le maréchal de Tourville , qui n' avoit pas encore soixante ans. Il ne laissa qu'un fils, qui promettoit, et qui fut tué dès sa première campagne, et une fille fort jeune. Tourville possédoit en perfection toutes les parties de la marine, depuis celle du charpentier jusqu'à celles d'un excellent amiral. Son équité , sa douceur , son flegme , sa politesse, la netteté de ses ordres, les signaux et beaucoup d'autres détails particuliers très-utiles qull avoit imaginés , son arrangement , sa justesse , sa prévoyance , une grande sagesse aiguisée de la plus naturelle et de la plus tranquille valeur , tout contribuoit à faire désirer de servir sous lui , et d'y apprendre. Sa charge de vice-amiral fut donnée à Châteaurenauld , qui étoit lors en Amérique pour en ramener les galions.

L'Allemagne à son tour perdit un homme moins nécessaire et plus vieux, mais qui s'étoit immortalisé par la défense de Vienne, dont il étoit gouverneur , assiégée par les Turcs , le célèbre comte de Stareraberg, qui étoit président du conseil de guerre , la plus belle et la plus importante charge de la cour de l'empereur.

Le roi d'Angleterre, qui n'oublioit rien pour rearesser promptement son ancienne grande alliance et la bien organiser contre nous, avoit

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peine à rajuster ensemble tant de pièces une fois désunies et à trouver les fonds nécessaires à ses projets, dans la disette d'argent où l'empereur se trouvoit. Il tâchoit donc d'amuser toujours le roi des flatteuses espérances d'une tranquillité que tout démentoit. Pour tenir toujours tout en suspens en attendant que ses machines fussent tout à fait prêtes, il avoit engagé les Hollandois, qu'il gouvernoit pleinement, à reconnoître le roi d'Espagne, et à la fin, il le reconnut aussi, tellement que ce prince le fut de toute l'Europe, excepté de l'empereur. Quoique le roi goûtât extrêmement des démarches si précises en faveur de la paix, il ne laissoit pas de se préparer puissamment; et comme il disposoit de l'Espagne comme de la France, elle ne perdoit pas de temps aussi à se mettre en état de bien soutenir la guerre. Le comte d'Estrées étoit dans la Méditerranée. Le roi d'Espagne le fit capitaine général de la mer , qui répond à la charge qu'il avoit ici . tellement qu'il commanda également aux forces navales des deux couronnes. Ce prince, en même temps excité par Louville . dépêcha un courrier au duc de Beauvilliers, avec la patente d'une grandesse de la première classe pour lui et pour les siens, mâles et femelles. Le duc, qui n'y avoit pas songé, et qui, comme ministre d'État et comme ayant été gouverneur du roi d'Espagne, ouvroit librement les lettres qu'il recevoit de ce prince, trouvant cette patente et une lettre convenable au sujet qui lui en donnoit la nouvelle , les porta au roi l'une et l'autre , qui approuva fort cette marque de sentiment du roi son oetit-fils, et qui ordonna à M. de Beauvilliers de l'accepter.

Presque en même temps le mariage du roi d'Espagne fut déclaré avec la seconde fille de M. de Savoie, sœur cadette de Mme la duchesse de Bourgogne, pour qui ce fut une grande joie comme un grand honneur et un grand avantage à M. son père, d'avoir pour gendres les deux premiers et plus puissants rois de l'Europe. Le roi crut fixer ce prince dans ses intérêts par de si hautes alliances redoublées , et par la confiance du commandement général en Italie.

Le roi aussi , pour mieux cimenter l'union des deux couronnes et des deux nations , convint avec le roi d'Espagne que les grands d'Espagne auroient désormais en France le rang, les honneurs, le traitement et les distinctions des ducs; et que réciproquement les ducs de France auroient en Espagne le rang, les honneurs, le traitement et les distinctions qu'y ont les grands. Rien de mieux ni de plus convenable, si on s'en étoit tenu là. On verra en son lieu ce que quelques grands d'Espagne en pensèrent, et l'abus étrange d'une si sage convention.

L'abbé de Polignac qui, depuis son arrivée de Pologne, étoit demeuré exilé en son abbaye de Bonport , près le Pont-de-l'Arche . eut permis- • ioû de revenir à Paris et à la cour. Torcy son ami , et bien des gens qui s'intéressoient en lui , avoient travaillé en sa faveur.

Le duc de Popoli, frère du cardinal Canteloni, archevêque de Nazies, y retournant d'Espagne . fut présenté au roi par l'ambassadeur d'Espagne. C'est une maison ancienne et illustre qui est puissante à Naples, et le cardinal Canteloni avoit très-bien fait pour le roi d'Espagne. Le roi traita donc fort bien le duc de Popoli, et si bien, que o»

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seigneur, qui désiroit fort l'ordre et (\\ù avoit pris ses précautions sur cela avant de quitter Madrid . se crut en état de le pouvoir demander. Le roi le lui promit, et lui dit qu'il lui en coûteroit un voyaj<e , parce qu'il seroit bien aise de le revoir, et qu'il vouloit le recevoir lui-même. Nous lui verrons faire une grande fortune en Espagne, et il donnera lieu d'en parler plus d'une fois. Il fut très-peu ici . et s'en alla à Naples.

La Touane et Saurion, trésoriers de l'extraordinaire des guerres, culbutèrent et firent banqueroute. Ils en avertirent Chamillart, qui, par l'examen de leurs affaires . la trouva de quatre millions. On les mit à la Bastille; le roi prit ce qu'il leur restoit. et se chargea de payer les dettes pour conserver son crédit à l'entrée d'une grosse guerre, pour laquelle cette faillite ne fut pas de bon augure. On enfui fort surpris par le soin avec lequel ils avoient soutenu et caché leur désordre jusqu'à rien plus sous la sérénité et le luxe des financiers.

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