‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 158 sur 348 · DIVERSES SORTES DE SENTIMENTS · texte numérisé non relu

DIVERSES SORTES DE SENTIMENTS

joueurs, tellement qu'il ne se contraignit pas plus que les autres. Mgr le duc de Bourgogne et M. le duc de Berry ne voyoient Monsieur qu'en représentation , et ne pouvoient être fort sensibles à sa perle. Mme la duchesse de Bourgogne la fut extrêmement. C'étoitson grami-père, elle aimoit tendrement Mme sa mère , qui aimoit fort Monsieur, et Monsieur marquoit toutes sortes de soins, d'amilié et d'attentions à Mme la duchesse de Bourgogne, et l'amusoit de toutes sortes de divertissements. Quoiqu'elle n'aimât pas grand'chose, elle aimoit Monsieur, et elle souffrit fort de contraindre sa douleur , qui dura assez longtemps dans son particulier. On a vu ci-dessus en deux mots quelle fut la douleur de Madame.

Pour M. de Chartres la sienne fut extrême , le père et le fils s'aimoient tendrement. Monsieur étoit doux . le meilleur homme du monde , qui n'avoit jamais contraint ni retenu M. son fils. Avec le cœur, l'esprit étoit aussi fort touché. Outre la grande parure dont lui étoit un père frère du roi, il lui étoit une barrière derrière laquelle il se mettoit à couvert du roi, sous la coupe duquel il retomboit en plein. Sa grandeur, sa considération , l'aisance de sa maison et de sa vie en alloient dépendre sans milieu. L'assiduité , les bienséances . une certaine règle , et pis que tout cela pour lui , une conduite toute différente avec Mme sa femme , alloient devenir la mesure de tout ce qu'il pouvoit attendre du roi. Mme la duchesse de Chartres, quoique bien traitée de Monsieur, fut ravie d'être délivrée d'une barrière entre le roi et elle qui laissoit à M. son mari toute liberté d'en user avec elle comme il lui plaisoit , et des devoirs qui la tiroient plus souvent qu'elle ne vouloit de la cour pour suivre Monsieur à Paris ou à Saint- Cloud , où elle se trouvoit tout empruntée comme en pays inconnu, avec tous visages qu'elle ne voyoit jamais que là, qui tous étoient pour la plupart fort sur le pied gauche avec elle , et sous les mépris et les humeurs de Madame qui ne les lui éparL;noit pas. Elle compta donc ne plus quitter la cour , n'avoir plus affaire à la cour de Monsieur, et que Madame et M. le duc de Chartres seroient obligés à l'avenir d'avoir pour elle des manières et des égards qu'elle n'avoit pas encore éprouvés.

Le gros de la cour perdit en Monsieur : c'était lui qui y jetoit les amusements, l'âme, les plaisirs, et quand il la quittoit tout y sembloit sans vie et sans action. A son entêtement près pour les princes , il aimoit l'ordre des rangs, des préférences, des distinctions; il les faisoit garder tant qu'il pouvoit, et il en donnoit l'exemple: il aimoit le grand monde , il avoit une affabilité et une honnêteté qui lui en attiroient foule, et la différence qu'il savoit faire, et qu'il ne manquoit jamais de faire, des gens suivant ce qu'ils étoient, y contribuoit beaucoup. A .sa réception . à son attention plus ou moins grande ou négligée, à ses propos, il faisoit continuellement toute la différence qui flattoit de la naissance et de la dignité , de l'âge et du mérite , et de l'état des gens, et cela avec une dignité naturellement en lui . et une facilité d3 tous les moments qu'il s'étoit formée. Sa familiarité obligeoit, et se conservoit sa grandeur naturelle sans repousser , mais aussi sans tenter les étourdis d'en abuser. 11 visitoit et euvoyoil où il le devoit faire , et il donnoit chez lui une

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