‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 16 sur 348 · NOUVELLES DISTINCTIONS AUX BATARDS · texte numérisé non relu

NOUVELLES DISTINCTIONS AUX BATARDS

La reine de Portugal, sœur de l'impératrice, de la reine d'Espagne et de l'électeur palatin, mourut aussi, et laissa plusieurs enfants. Elle étoit seconde femme du roi don Pedro . qui avoit de concert avec la reine sa belle-sœur détrôné son frère comme fou et imbéci e. qu'il tint enfermé aux Terceires en 1G69. puis à Cintra à sept lieues de Lisbonne, jusqu'à sa mort en 1683. Il épousa en même temps cette même reine, sœur de la duchesse douairière de Savoie, grand'raère de Mme la duchesse de Bourgogne, qui prétendit que ce premier mari ne l'avoit jamais été. Elles éloient filles du duc de Nemours tué en duel à Paris, pendant les guerres civiles . par le duc de Beaufort , frère de sa femme ; et ce duc de Nemours étoit frère aîné du duc de Nemours mari de la Longueville . qu'on a vue perdre ce grand procès contre M. le prince de Conti , et faire ensuite le voyage de Neuchàtel. De ce mariage . don Pedro, qui ne prit que le titre de régent du vivant du roi son frère, n'eut qu'une seule tille qui mourut prête à être mariée ; sa mère mourut trois mois après son premier mari.

Le roi donna encore des distinctions à ses bâtards dont il ne perdoit point d'occasions. M. du Maine, grand maître de l'artillerie, comme ordonnateur en cette partie , avoit à être reçu à la chambre des comptes , et sa place devoit être au des.sus du doyen comme l'avoient eue les autres grands maîtres de l'artillerie. Le roi voulut qu'il la prît entre le premier et le second président, et cela fut exécuté ainsi. Il accorda aussi à Mme la princesse de Conti que ses deux filles d'honneur mangeassent avec Mme la duchesse de Bourgogne. Jamais dame d'honneur de princesse du sang n'avoit entré dans les carrosses . ni mangé. Le roi donna celte distinction à celles de ses bâtardes, et la refusa toujours à celles des autres princesses du sang. Pour les filles d'honneur de Mme la princesse de Conti (et Mme la Duchesse n'en avoit plus depuis longtemps), elles obtinrent d'abord d'aller à Marly. puis de manger à table quand Madame n'y étoit pas, avant le mariage de Mme la duchesse de Bourgogne . à la fin de manger avec elles.

En accordant de nouveaux honnsurs. privativement à tous autres, à ce qui sortoit de sa personne, elle-même sembloit aussi en mériter de nouveaux. Mais tout étoit épuisé en ce genre : on ne fit donc que recommencer ce qui s'étoit fait à sa statue de la place des Victoires, en découvrant, le 13 août, après midi, celle qu'on avoit placée dans la place (ie Vendôme. Le duc de Gesvres. gouverneur de Paris, à cheval, à la tète du corps de ville, y fit les tours, les révérences, et les autres cérémonies tirées et imitées de la consécration de celles des empereurs romains. Il n'y eut à la vérité ni encens ni victimes; il fallut bien donner quelque chose au titre de roi très-chrétien. Il y eut un beau feu le soir sur la rivière, que Monsieur et Madame allèrent voir du Louvre. Monseigneur en pompe, la seule fois de sa vie. avoit été spectateur de la dédicace de la statue de la place des Victoires, de chez le maréchal de La FeuiUade ciui en avoit été l'inventeur. Son fils, mal avec le roi, se lassa en ce temps-ci de la dépense dont il étoit chargé par le testament de son père, de faire allumer tous les soirs les falots des quatre coius de cette place. Le roi voulut bieu l'eu décharger.

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Il refusa presque en même temps audience au comte de Zinzendorl', envoyé de l'empereur, nouvellement arrivé: parce qu'il prctendit n'en point prendre des fils de France puînés . à cause que les envoyés du roi à Vienne ne voient pas l'archiduc, et le roi veut qu'ils prennent toutes ces audiences en sortant de la sienne. Villars. comme on a vu . eut ordre de voir l'archiduc , chez lequel on ajusta le cérémonial qui en em- /ecn^^^t après au'iJ fut i:ecu chez lui la satisl'action du prince de Lich - .enstein ; ainsi la Jilficuite ae Zinzendorf tomba d'elle-même.

Une autre difficulté suivit celle-là de près. Le roi de Danemark mourut. Le prince royal devenu roi en donna part au roi, et n'en voulut ras recevoir la réponse sans le traitement de Majesté . que jamais ceux de Danemark n'ont eu des nôtres, et se sont toujours contentés de la Sérénité ; le roi à son tour refusa de prendre le deuil qu'il a toujours porté des têtes couronnées, même sans piarenté, comme il n'y en a point avec le roi de Danemark. Cela dura quelques mois de la sorte ; à la fin , le roi de Danemark céda , et reçut la lettre du roi en réponse dans le style accoutumé . et le roi prit le deuil , comme s'il n'eût pas été passé depuis longtemps.

La vieille duchesse de Modène de la maison Barberine . mourut aussi , mère du duc de Modène. et seconde femme de son père, qui de son premier mariage avec la Martinozzi , sœur de la mère du prince de Conti, et toutes deux filles de la sœur aînée du cardinal Mazarin. avoit eu la reine d'Angleterre qui est à Saint-Germain.

M. Boucherat, chancelier et garde des sceaux de France, mourut à Paris le mercredi 2 septembre l'après-dînée . et sur les huit heures du soir. MM. d'Harlay et de Fourcy, ses gendres, rapportèrent les sceaux au roi qui partit le lendemain jeudi , et alla coucher à Fontainebleau, où il emporta les sceaux. Le père et le grand-père de M. Boucherat étoient auditeurs des comptes à Paris, et son bisaïeul avocat au parlement. Il ne faut pas aller plus loin. Il avoit un frère conseiller au parlement, fort épais, qui lui resseinbloit beaucoup qu'il fit conseiller d'honneur. Lui fut d'abord correcteur à la chamlTre des comptes, puis con.seiller aux requêtes du palais, et en 1643 maître des requêtes. Il fut en cette charge connu de M. de Turenne qui prit confiance en lui et le chargea de ses affaires, qui, dans l'éclat et le crédit où il étoit, n'étoient pas difficiles à gérer. Cet attachement fit sa fortune. M. de Turenne lui procura des intendances, des commissions extraordinaires en plusieurs grandes provinces où il le soutint fort . une pilace de conseiller d'État en l(i62 , et une de conseiller d'honneur au parlement en 1671. Il n'est pas de l'étendue de ces Mémoires d'expliquer comment il fut fait chancelier à Fontainebleau , le jour de la Toussaint IsSb . par la mort de M. Le Teliier. A celle ae M. de Louvois, il eut le râpé' de

4. Saint-Simon explique plus loin ce qu'on entendait par rdpé des ordres du roi. «Ce nom, dii-il, est pris de l'eau qu'on i);issc sur le marc du raisin après qu'il a été pressé, et loul le jus ou le moût tiré qui est ic vin. Celte eau fermente sur ce marc el y prend une couleur et une impr("ssion de petit vin ou piquette, et cela s'appelle un rdpe de vin. On va voir une la compa-

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