‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 161 sur 348 · VISITE CURIEUSE · texte numérisé non relu

VISITE CURIEUSE

serviroit point. Le monde est plein de gens qui aiment à faire leur cour aux dépens des autres , Monsieur en fut bientôt averti : il s'en plaignit au roi fort en colère, qui lui répondit que cela ne valoit pas la peine de se fâcher, mais bien celle de trouver occasion de s'en faire serrir. et. s'il le refusoit , de lui faire un affront. Monsieur , assure du roi , épia l'occasion. Un matin qu'il se levoit à Marly , où il logeoit dans un des quatre appartements bas , il vit par sa fenêtre M. le Duc dans le jardm , il l'ouvre vite et l'appelle. M. le Duc vient . Monsieur se recule , lui demande où il va , l'oblige toujours reculant d'entrer et d'avancer pour lui répondre , et de propos en propos dont l'un n'attendoit pas l'autre , tire sa robe de chambre. A l'instant le premier valet de chambre présente la chemise à M. le Duc, à qui le premier gentilhomme de la chambre de Monsieur fit signe de le faire. Monsieur cependant défaisant la sienne , et M. le Duc . pris ainsi au trébuchet . n'osa faire la moindre difficulté de la donner à Monsieur. Dès que Monsieur l'eut reçue, il se mit à rire, et à dire: «Adieu, mon cousin, allez- vous-en, je ne veux pas vous retarder davantage. » M. le Duc sentit toute la malice et s'en alla fort fâché , et le fut après encore davantage par les propos de hautour que Monsieur en tint.

G'étoit un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étoient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets, de pierreries partout avec une longue perruque tout étalée en devant, noire et poudrée, et des rubans partout où il en pouvoit mettre, plein de toutes sortes de parfums, et en toutes choses la propreté même. On l'accusoit de mettre imperceptiblement du rouge. Le nez fort long, la bouche et les yeux beaux, le visage plein mais fort long. Tous ses portraits lui ressemblent. J'étois piqué à le voir qu'il fît souvenir qu'il étoit fils de Louis XIII à ceux de ce grand prince, duquel, k la valeur près, il étoit si complètement dissemblable.

Le samedi 11 juin, la cour retourna à Versailles, où. en arrivant, le roi alla voir Madame, M. et Mme de Chartres, chacun dans leur appartement. Elle, fort en peine de la situation où elle se trouvoit avec le roi dans une occasion où il y alloit du tout pour elle, et avoit engagé la duchesse de Ventadour de voir Mme de Maintenon. Elle le fit: Mme de Maintenon ne s'expliqua qu'en général . et dit seulement qu'elle iroit chez Madame au sortir de son dîner . et voulut que Mme de Ventadour se trouvât chez Madame et fût en tiers pendant sa visite. C'étoit le dimanche, le lendemain du retour de Marly. Après les premiers compliments ce qui étoit là sortit , excepté Mme de Ventadour. Alors Madame fit asseoir Mme de Maintenon , et il falloit pour cela qu'elle en sentît tout le besoin. Elle entra en matière sur l'indifférence avec laquelle le roi l'avoit traitée pendant toute sa maladie , et Mme de Maintenon la laissa dire tout ce qu'elle voulut: pu-is lui répondit que le roi lui avoit ordonné de lui dire que leur perte commune elTaçoit tout dans son cœur, pourvu que dans la suite il eût lieu d'être plus content d'elle qu'il n'avoit eu depuis quelque temps, non-seulement sur ce qui regardoit ce qui s'étoit passé à l'égard de M. le duc de Chartres , mais sur d'autres choses encore plus intéressantes dont il n'avoit p^s voulu parler, et qui étoient la vraie cause de l'indifférence qu'il avoit voulu

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