‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 168 sur 348 · ARMENONVILLE ET ROUILLÉ · texte numérisé non relu

ARMENONVILLE ET ROUILLÉ

Chamillart ne put enûn suffire au travail des finances et à celui de la guerre à la fois , que celle où on alloit entrer augmentoit très-considérablement l'un et l'autre; mais il avoit peine à réduire le roi qui n'aimoit pas les visages nouveaux. Pour réussir à se faire soulager, il en fit une affaire de finance qui valut au roi un million cinquante mille iivres d'argent comptant. Pour cela on fit deux charges nouvelles qu'on appela directeurs des finances, qui payèrent huit cent mille livres chacune, et eurent quatre-vingt mille livres de rente, qui furent données à deux personnages fort dissemblables , Armenonville et Rouillé.

Le premier, qui ne donna que quatre cent mille livres, parce qu'on supprima sa charge d'intendant des finances qui lui avoit coûté autant, étoit un homme léger , gracieux , respectueux quoique familier , toujours ouvert, toujours accessible, qu'on voyoit peiné d'être obligé de refuser, et ravi de pouvoir accorder, aimant le monde, la dépense et surtout la bonne compagnie, qui étoit toujours nombreuse cliez lui. Il étoit frère très-disproportionné d'âge de la femme de Pelletier le ministre d'Étit, qui l'avoit fait intendant des finances pendant qu'il étoit contrôleur général. Outre cet accès et la faveur publique. Saint-Sulpice le portoit auprès de Mme de Maintenon à cause du supérieur de tous ses séminaires, qui étoit fils de Pelletier, le ministre, et il avoit auprès du roi le crédit des jésuites à cause du P. Fleuriau son frère qui rétoit.

Rouillé, procureur général de la chambre des comptes, dont il accommoda son beau-frère , Bouvard de Fourqueux, petit-fils du premier médecin de Louis XIII, étoit un rustre brutal, bourru, plein d'humeur, qui, sans vouloir être in.solent, en usoit comme font les insolents, dur, d'accès insupportable, à qui les plus secs refus ne coûtoient rien, et qu'on ne savoit comment voir ni prendre: au reste, bon esprit, travailleur, savant et capable, mais qui ne se déridoit qu'avec des filles et entre les pots, où il n'admetloil qu'un petit nombre de familiers obscurs. M. de Noailles qui tout dévotement étoit sournoisement dans le même goût sous cent clefs, étoit son ami intime, et la débauche avoit fait cette liaison. Il cultivoit fort tout ce qui sentoit le ministère, surtout celui de la finance et lui, ou plutôt sa femme qui avoit plus d'esprit et de vrai manège que lui , avoient toujours affaire à ceux qui s'en mèloient. Ils n'étoient pas encore riches ; leur fille de Guiche mouroit de faim; ils avoient si bien fait auprès de Mme de Maintenon, que le roi avoit ordonné à Ponchartrain , puis à Chamillart, quand il lui succéda aux finances, de faire en faveur de la mère et de la fille toutes les affaires qu'elles présenteroient, et de lui en procurer tant qu'ils pourroient, et il est incroyable ce qu'elles en ont tiré. Ce fut donc pour M. de Noailles un coup de partie et d'intérêt et d'amitié, de porter Rouillé en cette place, et c'est ce qui lui donna la protection de Mme de Maintenon. La fonction des deu.v directeurs fut de faire aL conseil des finances tous les rapports dont le contrôleur général étoit chargé, après le lui avoir fait en particulier, tellement que cela le déchargea de l'examen et du rapport d'une infinité d'affaires, et de travailler aYÊC lui. La charge d'intem^ant des finances, qu'avoit eue pour

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