‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 180 sur 348 · PHILIPPE V VA A BARCELONE · texte numérisé non relu

PHILIPPE V VA A BARCELONE

neur de la monarchie d'Espagne . avec ordre à tous ies conseils, i tous ses officiers de tous États, et à tous ses ambassadeurs et ministres dans les cours étrangères . de recevoir ses ordres et leur obéir comme aux siens mêmes. En partant il donna à Louville une clef de gentilhomme de la chambre en service , et le titre de chef de sa maison françoise, c'est-à-dire l'autorité sur tous les officiers françois de sa bouche , pour en être mieux servi. Il fit force grâces sur sa route. Saragosse lui fit une magnifique entrée. Il confirma tous les privilèges de l' Aragon et de la Catalogne. Quelques réjouissances que fissent les provinces dépendantes de l'Aragon , et surtout la Catalogne , il n'y parut pas la même franchise et la même afi'ection que dans celles qui dépendent de la couronne de Castille . quoique le roi , qui ne fit pas semblant de le remarquer, se les attirât par toutes sortes de bienfaits.

La reine d'Espagne , que les galères de France avoient amenée à Nice, se trouva si fatiguée de la mer , qu'elle voulut achevé^ son voyage par terre à travers la Provence et le Languedoc. Ses grâces , sa présence d'esprit , la justesse et la politesse de ses courtes réponses , sa judicieuse curiosité surprit dans une princesse de son âge , et donna de grandes espérances à la princesse des Ursins.

Sur les premières frontières du Roussillon , Louville vint lui faire les compliments, et lui apporter les présents du roi, qui vint au-devant d'elle jusqu'à Figuères, à deux journées de Barcelone. On avoit envoyé au-devant d'elle toute sa maison au delà , d'où Louville la joignit , et on avoit renvoyé toute sa maison piémontoise. Elle parut plus sensible à cette séparation que Mme la duchesse de Bourgogne. Elle pleura beaucoup , et se trouva fort étonnée au milieu de tous visages dont le moins inconnu lui étoit celui de Mme des Ursins , avec qui la connoissance ne pouvoit pas être encore bien faite depuis le bord de la mer où elle l'avoit rencontrée. En arrivant à Figuères , le roi , impatient de la voir, alla à cheval au-devant d'elle et revint de même à sa portière , où , dans ce premier embarras, Mme des Ursins leur fut d'un grand secours, Quoique tout à fait inconnue au roi , et fort peu connue encore à la reine.

En arrivant à Figuères , l'évêque diocésain les maria de nouveau avec peu de cérémonie , et bientôt après ils se mirent à table pour souper , servis par la princesse des Ursins et par les dames du palais , moitié de mets à l'espagnole, moitié à la françoise. Ce mélange déplut à ces dames et à plusieurs seigneurs espagnols , avec qui elles avoient comploté de le marquer avec éclat ; en effet . il fut scandaleux. Sous un prétexte ou un autre , de la pesanteur ou de la chaleur des plats , ou du peu d'adresse avec laquelle ils étoient présentés aux dames . aucun plat françois ne put arriver sur la table , et tous furent renversés . au contraire des mets espagnols . qui y furent tous servis sans malencontre. L'affectation et l'air chagrin , pour ne rien dire de plus , des dames du palais étoient trop visibles pour n'être pas aperçus. Le roi et la reine eurent la sagesse de n'en faire aucun semblant, et Mme des Ursins, fort étonnée , ne dit pas un mot.

Après un long et fâcheux repas , le roi et la reine se retirèrent. Alors ce qui avoit été retenu pendant le s débanda. La reine se mita

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