‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 182 sur 348 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Uigrossion sur la dignité de grands d'Espagne et sa comparaison avec cellft de nos diics. — Son origine. — Jiicos-hombres, el leur muilipiicalion. — Idée dès Iprs de trois sortes de classes. — Leur part aux afTaires et comment. — Parlent couverts an roi — Ferdinand el Isabelle dits les rois caïkctiques.

— Philippe 1"' ou le Beau. — Flatterie des ricns-hombres sur leur couverture.— AtToihIiPsementdece droit el de leur nombre. — Première gradation.

— Charles-Quinl. — Deuxième gradation : ricos-hombres abolis en tout. — Grands d'Espagne commencent el leur sont substitués. — Grandeur de la grandesse au dehors des Etats de Charles-Qumt. — Troisième gradation : couverture et seconde classe de grands par Philippe 11. — Trois espèces do grands et deux classes jusqu'alors. — Quatrième gradation : patentes d'érection et leur enregistrement de Philippe 111. — Nulle aneienneté observée entre les grands, et leur jalousie sur ce point et sa cause. — Troisième classe de grands. — Grands à vie de première classe. — Nul aulre rang séculier en Espagne en la moindre compélence avec ceux du pays. — Seigneurs couverts en une seule occasion sans être grands. — Cinquiènje gradation : certificat de couverture. — Suspension de grandesse en la main du roi. — Exemple enlre autres du duc de Medina-Sidonia. — Sixième gradation : grandesses devenues amovibles et pour les deux dernières classes en besoin de confirmation à chaque mulalioa. — Grandesse ôlée au marquis de Yasconcellos el à sa posiérilé. — Septième gradation : tributs pécuniaires pour la grandesse. — Mystère affecté des trois différentes classes.

L'occasion de parler un peu de la dignité de grand d'Espagne et de la comparer avec celle de nos ducs est ici trop naturelle pour n'y pas succomber. Ce n'est pas un traité que je préiends donner ici de ces dignités, mais, à l'occasion du mécontentement et du mémoire des ducs d'Arcos et de Baiios, donner une idée des grands d'E-spagne, d'autant plus juste que je me suis particulièrement appliqué à m'en instruire par eux-mêmes en Espagne, et que je n'ai pas vu qu'on se l'ait formée telle qu'elle est. Quoique les digressions soient d'ordinaire importunes, celle-ci s'excusera elle-même par sa curiosité.

La dignité des grands d'Espagne tire son origine des grands fiefs relevant immédiatement de la couronne, et comme la totalité de ce que nous appelons aujourd'liui l'Espagne étoit divisée en plusieurs royaumes, tantôt indépendants, tantôt tributaires, tantôt membres les uns des autres , selon le sort des armes ou celui du partage des familles des

< . Les chapitres suivants xxi-xxv ont été transposés par les anciens éditeurs qui les ont rep rtés au tome XIX, et en ont surchargé le récii de l'ambassade du duc de Saint-Simon en Espaiçne. Nous les rétablissons à la place que l'auteur l^ur ^ assignée daps son oti(auscrii.

252 DIGRESSION SDR LES GRANDS DESPAGNE.

rois , chaque royaume avoit ses grands ou premiers vassaux relevant immédiatement du grand fief, qui étoit le royaume même, et qui de tout temps avoient le droit de bannière et de chaudière. Le premier est trop connu dans nos histoires et dans notre France pour avoir besoin d'être expliqué. Celui de chaudière marquoit les richesses suffisantes pour fournir à l'entretien de ceux qui étoient sous la bannière levée par le seigneur banneret. Ces seigneurs étoient plus ou moins considérables, non-seulement par leur puissance particulière, mais encore par celle des royaumes dont ils étoient vassaux immédiats C'est ce qui a fait que la couronne de Castille ayant toujours tenu le premier lieu dans les Espagnes depuis que de comté dépendant du royaume de Navarre elle devint royaume elle-même , et bientôt supérieure à tous les autres , même à celui dont elle étoit sortie, et encore à celui de Léon, ses premiers vassaux furent aussi les plus considérés parmi les premiers vassaux des autres royaumes, et par la même raison ceux d'Aragon après eux.

Les fréquentes révolutions arrivées dans les Espagnes par les différentes divisions et réunions qui se firent sous tant de rois séparés . et qui furent encore augmentées par l'espèce de chaos que l'invasion des Maures y apporta , par la rapidité de leurs conquêtes , et les événements divers de l'étendue de leur puissance, altéra l'économie des fiefs immédiats à proportion de celle des dynasties , trop souvent plus occupées à s'agrandir aux dépens les unes des autres que de se défendre ensemble de l'ennemi commun de leur religion et de leur État, tandis que cet ennemi en profitoit avec autant d'adresse que de force. Cette confusion , qui dura jusque bien près du temps des rois qui ont usurpé le nom de catholiques ^a.T excellence, qu'ils ont transmis à leurs ajccesseurs, ne laisse voir rien de bien clair ni de bien réglé parmi ces premiers vassaux des divers royaumes des Espagnes, sinon la part qu'ils avoient aux affaires, plus par l'autorité de leur personne, soit mérite, soit grandes alliances , soit grands biens , que par la dignité de ces biens mêmes. Le nom de grand étoit inconnu dans les Espagnes , celui de ricos-hombrrs passoit pour la seule grande distinction . comme qui diroit puissanti \ommes , et ce nom , devenu commun à tous ceux des familles des ricosnombres , s'étoit peu à peu extrêmement multiplié. La foiblesse et le besoin des rois les obligeoit à souffrir cet abus dans les cadets subdivi ses de ces ricos-hombres , ou dans des sujets dont le mérite ou les services ne permettoient pas de leur refuser un titre que l'exemple de ces cadets avoit détaché de la possession des fiefs immédiats, enfin aux premières charges de leur maison ; ce qui a peut-être donné la première idée , dans la suite , de la distinction des trois classes des grands que nous y voyons aujourd'hui.

Soit que l'usage de parler couvert aux rois pour les gens d'une certaine qualité fût de tout temps établi dans les Espagnes , comme il l'étoit constamment dans notre France d'être couvert devant eux jusqu'au milieu pour le moins des règnes de la branche de Valois: soit que cet honneur , d'abord réservé aux premiers vassaux pères de famille . eût peu à peu été communiqué à leurs cadets et aux enfants des cadets

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