‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 183 sur 348 · FERDINAND ET ISABELLE · texte numérisé non relu

FERDINAND ET ISABELLE

avec leurs armes si souvent chargées de bannières et de chaudières ea Espagne , pour marque de leur ancien droit , et qui ont passé avec les filles dans des familles étrangères à ces premiers ricos-hombres à l'infini , qui écartelèrent ' ces armes , et souvent les prirent pleines ; il est certain qu'il y avoit un grand nombre de ces ricos-hombrea dans les Espagnes , et qui , avec le nom , jouissoient de cet honneur de parler couverts au roi, par droit, par abus, ou par la nécessité de s'attacher les familles puissantes et d'éviter les mécontentements , lorsqu'y parurent les rois catholiques.

Les deux principales couronnes des Espagnes, la Castille etl'Aragon, qui peu à peu s'étoient réuni les autres, s'unirent entre eDes parle mariage de Ferdinand et d'Isabelle, et se confondirent dans leur successeur pour n'être plus séparées que par certaines lois , usages et privilèges propres à chacune d'elles. Ce sont ces deux époux qui , apportant chacun leur couronne, en conservèrent le domaine et toute l'administration indépendamment l'un de l'autre , et qui de là furent indistinctement appelés les rois, nonobstant la différence de sexe, ce qui a passé depuis eux jusqu'à nous dans l'usage espagnol pour dire ensemble le roi et la reine régnants , et qui enfin ne sont guère plus connus dans les histoires par leurs propres noms, et même dans le langage ordinaire, que par celui de rois catholiques , que Ferdinand obtint à bon marché des papes , et transmit à ses successeurs jusqu'à aujourd'hui , moins par la conquête de tout ce qu'il restoit aux Maures dans le continent des Espagnes , que par la proscription des juifs , la réception de l'inquisition, le don des papes, qu'il reconnut, des Indes et des royaumes de Naples et de Navarre, avec aussi peu de droit à eux de les conférer, qu'à lui de les occuper par adresse et par force.

Devenu veuf d'Isabelle, il eut besoin de toute son industrie pour éluder l'effet du peu d'affection qu'il s'étoit concilié. L'Aragon et tout ce qui y étoit annexé avoit des lois qui tempéroient beaucoup la puissance monarchique et en vouloit reprendre tous les usages , que l'union du sceptre de Castille avec le sien avoit affoiblis en beaucoup de façons. La Castille avec ses dépendances ne reconnoissoit plus guère Ferdinand que par cérémonie et par vénération pour son Isabelle qui l'avoit fait régent par son testament, et tous ne respiroient qu'après l'arrivée de Philippe I", dit le Beau, fils de l'empereur Maximilien I" et mari delà fille aînée des rois catholiques , à qui la tête avoit commencé à tourner d'amour et de jalousie de ce prince , et à laquelle la Castille étoit déjà dévolue du chef d'Isabelle , en attendant que l' Aragon lui tombât aussi par la mort de Ferdinand , qui n'eut point d'enfants de Germaine de Grailly , dite de Foix , sa seconde femme , sœur de ce fameux Gaston de Foix , duc de Nemours , tué victorieux à la bataille de Ravenne , sans alliance, à la fleur de son âge, tous deux enfants de la sœur de Louis XII.

Tout rit donc à Philippe , à ce soleil levant , dès qu'il parut dans les Espagnes , et presque tous les seigneurs abandonnèrent le soleil couchant , lorsque le beau-père et le gendre allèrent se rencontrer. Dans

♦ On appelle ecarteler, eo termes de blason, partiigi'v un (■eu on qiin'.r'--.

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