TROIS ESPÈCES DE GRANDS
abdiquant; et cette maison toujours restée parfaitement unie, le même esprit a toujours conservé dans tous ces pays-là la même protection à la dignité de grand d'Espagne , et la même autorité au moins à cet égard , et pour des choses déjà établies , a maintenu les grands dans tout ce dont Charles-Quint les avoit mis en possession partout, dont l'enflure a semblé , même aux Espagnols , les dédommager de ce qui leur a été ôté de plus réel.
Philippe II, sous prétexte d'honneur, porta une atteinte à cette dignité pour se l'approprier davantage. Ce fut lui qui introduisit la cérémonie de la couverture , comme ils parlent en Espagne . ou de l'honneur de se couvrir. J'en remets la description et de ses différences pour ne pas interrompre le gros de cette matière. S'il n'osa tenter de donner des patentes , il exécuta pis : c'est que , laissant les grands qu'il trouva dans la possession de l'honneur qu'ils avoient de se couvrir avant de commencer à lui parler, il voulut que ceux qu'il fit commençassent découverts à lui parler, et n'en créa aucun que de cette sorte. Ce fut ainsi qu'il donna l'être à la seconde classe des grands, et par même moyen qu'il forma la première classe de ceux de Charles-Quint , qui jusqu'alors avoit été l'unique.
Pour résumer un moment avant de passer outre, jusqu'ici tiois espèces et deux classes de grands. Trois espèces : la première . ceux qui au couronnement impérial de Charles-Quint passèrent par insensible manière de l'état de ricos-hombres à celui de grands, en conservant sous un autre nom , le rang et les usages dont ils étoient en possession , et continuant à se eouvrir devant Charles-Quint sans qu'il leur dît le cobrios ' , ni qu'il parût de sa part aucune marque de concession . tandis que le reste des ricos-hombres demeura anéanti quant à ce titre , et à tout le rang, honneurs et usages qu'ils y prétendoient être attachés.
La seconde espèce, ceux tant Espagnols qu'étrangers, sujets de Charles-Quint , qu'il fît grands par ce seul mot cobrios , qu'il leur dit une fois pour toutes, sans cérémonie s'ils étoient présents, ou s'ils étoient absents par une simple lettre missive d'avis , par quoi ceux-là redevinrent ce qu'ils n'étoient plus, s'ils avoient été ricos-hombres, ou s'ils ne l'avoient pas été, ils devinrent ce qu'ils n'avoient jamais été: ces deux espèces , aussi sans concession en forme , ce qui vient d'être expliqué pour la deuxième n'en étant pas une, et la première encore moins , puisque ce ne fut que par une simple tolérance d'usage qu'elle continua de jouir des prérogatives dont elle se trouvoit en possession. La troisième espèce se trouvera ci-dessous.
Deux classes donc de grands : la première , tous ceux de Charles- Quint; la seconde, ceux de Philippe II, lesquels forment notre troisième espèce , et la troisième gradation de la dignité de grand d'Espagne.
Philippe III alla plus loin , et fit la quatrième gradation en donnant le premier des patentes. Il prit le prétexte que , trouvant deux classes de grands établies, et voulant se réserver d'en faire de l'une et de l'autre, jl étoit nécessaire ds pouvoir les discerner par un instrument public.