SECONDE GRADATION
en apparence, en effet pour la tranquillité de l'Espagne, laissée à des lieutenants. Les ricos-hombres qui avoient suivi Charles-Quint préten dirent se couvrir à son couronnement impérial. Les principaux princes (l'Allemagne en firent difficulté, et Charles-Quint, déjà habile, .-^ut en profiter contre des gens éloignés de leur patrie, et qui. par ce comble de grandeur de toute la succession de Maximilien I" arrivée à leur jeune monarque, se crurent hors d'état de lui résister. C'est ici qu'a disparu le nom de ricos-hombres , et qu« s'éleva en son lieu celui de grands . nom pompeux dont Charles-Quint voulut éblouir les Espagnols , dans le dessein d'abattre en eux une grandeur innée, pour en substituer une autre qui ne pût être qu'un présent de sa main. La facilité que les ricos-hombres avoient eue pour Philippe le Beau fraya le chemin de leur destruction à son fils . qui dès lors en effaça les droits et jusqu'au nom, et qui rendit le titre de grand aux plus distingués d'entre eux, mais en petit nombre et avec grand choix . tant de ceux qui l'avoient suivi . que de ceux qui étoient demeurés en Espagne , et qui conservèrent l'usage de se couvrir, le traitement de cousin et d'autres prérogatives.
Charles-Quint n'osa pourtant faire expédier de patentes à aucun. II se contenta d'avoir changé le nom. l'usage et restreint infiniment le grand nombre de ces seigneurs privilégiés, mis leur dignité dans sa main, et exécuté cette hardie mutation comme par une transition insensible pour ceux qui étoient conservés dans leurs distinctions, tandis qu'il les laissa se repaître du vain nom. qui. sous une idée trop vaste, ne renfermoit rien de propre , et de l'imagination de se trouver d'autant plus relevés qu'ils étoient en plus petit nombre. Soit surprise, soit nécessité, comme il y a lieu de le croire, du moins de ceux qui, cessant d'être ricoshombres, virent des grands sans l'être eux-mêmes, soit appât et flatterie, ce grand changement se fit sans obstacle et sans trouble; à peine en fut-il parlé, même en Espagne, où les lieutenants de l'empereur avoient conquis ou soumis toutes les places et toutes les provinces, et réduit tous les seigneurs.
Charles-Quint fit dans la suite de nouveaux grands en Espagne et dans les autres pays de sa domination, tant pour s'attacher de grands seigneurs et donner de l'émulation , que pour anéantir toute idée de ricos-hombres , et pour marquer en effet et que la dignité de grand d'Espagne étoit la seule de la monarchie , et que cette dignité unique étoit uniquement en ses mains.
Mais pai une politique qui alloit à flatter toute la nation, et qui, à l'exemple de celle des papes sur les cardinaux, tournoittouteà sa propre grandeur . il l'établit dans un rang , des honneurs et des distinctions les plus grandes qu'il lui fut possible , et en même temps [qu'il lui fulj facile de faire admettre en Italie et en Allemagne . dictateur comme il étoit de celle-ci, et presque roi de celle-là , par les exemples éclatants que son bonheur et sa puissance surent faire des princes, des électeurs et des papes même, et plus encore des princes d'Italie qui ne respiroient qu'à l'ombre de sa protection , l'empire . l'Allemagne et l'Italie étant demeurés jusqu'à nos jours, depuis Charles-Quint, comme entre les mains de la maison d'Autricha , suivant le partage qu'il en fit lui-même en