‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 19 sur 348 · PONTCHARTRAIN FAIT CHANCELIER · texte numérisé non relu

PONTCHARTRAIN FAIT CHANCELIER

dernier secret. Outre de grandes sommes réglées aux pauvres de leur paroisse, en tous lieux ils étoient ingénieux à assister: et ce tour, et cette galanterie qu'elle avoit dans l'esprit, elle l'employoit toute à secourir des personnes qui cachoient leurs besoins, qu'elle faisoit semblant d'ignorer elle-même. C'étoit une grosse femme, très-laide, et d'une laideur ignoble et grossière, qui ne laissoit pas d'avoir de l'humeur qu'elle doraptoit autant qu'il lui étoit possible. Jamais il n'y eut de meilleurs parents, ni de meilleurs amis que ce couple, ni de gens plus polis, on pourroit ajouter quelquefois plus respectueux, et qui se souvenoient le mieux de ce qu'ils étoient et de ce qu'étoient les autres, quoiqu'à travers ce levain que mêlent en tout la faveur, l'autorité et les places.

Ils furent longtemps parfaitement bien avec Mme de Maintenon: mais peu à peu il y eut des froideurs entre elle et Poiitchartrain qu'elle ne manioit pas avec la facilité qu'elle vouloit. Sa femme, qu'elle goûta toujours, et dans tous les temps, tâchoit de rendre Pontchartrain plus complaisant, et pour l'amour d'elle, Mme de Maintenon en soulTrit des roideurs qu'elle n'eût jamais passées à un autre: mais la pelote grossit tant qu'elle fut ravie de s'en défaire honnêtement par les sceaux. Il fut ministre d'Ëtat fort peu après avoir été fait secrétaire d'fîtat: il avoit lu assez pour être instruit de beaucoup de choses à travers son application et son assiduité à ses fonctions et son goût pour le monde et la bonne compagnie. Il étoit élevé dans le parlement et dans ses maximes, duquel il n'étoit rien moins qu'esclave: mais il en avoit pris le bon sur les maximes de France à l'égard de Rome. Ces matières, qui se présentoient souvent au conseil sous divers aspects, ne lui échappoient sous aucun. L'extrême facilité de son appréhension, et l'agilité ferme et forte de son élocution. hlessoient souvent le duc de BeauviUiers là-dessus; dont l'esprit et la conscience ne pouvoient être d'accord sur ces matières, et qui, en gros, étoit toujours pour les maximes de France, mais dans le détail s'en échappoit toujours en faveur de Pvome. Cela les avoit aigris l'un contre l'autre, et quelquefois jusqu'à l'indécence de la part de Pontchartrain qui , ayant plus de fond (]ue le duc. ne le ménageoit pas en ces occasions, et les rendit ennemis autant que des gens de bien le peuvent être. Le nombre immense de créations d'offices et d'affaires extraordinaires, auxquelles la nécessité de la guerre engagea, ne laissa pas de tomber en partie sur Pontchartrain , et c'étoit ce qui le pressoit sans cesse de quitter les finances. Il le fut d'établir la capitation et le dixième' inventés l'un et l'autre par le puissant Bâville, le maître du Languedoc sous le nom d'intendant, et qui les proposoit sans cesse pour en faire sa cour. Pontchartrain p-ut horreur de deux impôts que leur facilité à imposer et à augmenter rendroit continuels et d'une pesanteur extrême. Il rejeta le dernier, sans soutïrir qu'on le mît en délibération, et ne put éviter l'autre.

I. Yoj. sur la capilation, t. 1", p. <4), note. L'impôt du dixième consistait ilans la dime ou dir.ième partie dos revenus de loule espèce. Tous les Français, nobles et roturiers, y étaient soumis.

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