‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 191 sur 348 · SEPTIEME GRADATION · texte numérisé non relu

SEPTIEME GRADATION

tant de différents {gouvernements en Espagne , il ait été question de ;rraiidesse pour sa postérité à qui elle devoit passer, qui dure encore, et qui vit obscure dans sa province.

Telles ont été les différentes gradations de la grandesse, qui ne sont pas encore épuisées, sur lesquelles il faut remarquer que les étrangers, je veux dire les grands d'Espagne qui sont eu Flandre et eu Italie, y jouissent de toute leur dignité sans être obligés d'en aller prendre possession en Espagne-, mais s'ils y font un voyage, alors ils sont soumis à la cérémonie de la couverture, et en attendant suspendus de tout rang. Cette triste aventure arriva sous Philippe V au dernier comte d'Egmont, en qui cette illustre maison s'est éteinte, lequel, pour avoir perdu son certificat de couverture du secrétaire de l'estampille, fut obligé de la réitérer.

Mais ce n'est pas encore tout ce que l'autorité des rois s'est peu à peu acquis sur les grands d'Espagne. En voici une septième gradation. Ils y ont ajouté un tribut d'autant plus humiliant, que c'est celui de leur dignité même; cela s'appelle Vamiate et la mediannate. CeWe-ci se paye à l'érection d'une grandesse , et va toujours à plus de douze mille écus argent fort. Quelquefois ie roi la remet, et c'est une véritable grâce qui s'insère dans les patentes, en sorte que l'honneur de la dignité et la honte du tribut qui y est attaché se rencontrent dans le même instrument, dont mes patentes de grand d'Espagne de la première classe sont un exemple récent. Mais rien de [ilus ordinaire que le refus de cette grâce, et du temps que j'étois en Espagne, le duc de Saint-Michel de la maison de Gravina, l'une des plus grandes de Sicile, qui y avoit perdu ses biens lorsque l'emiiereur s'empara de ce royaume, et qui venoit d'être fait grand pour les services qu'il y avoit rendus , postuloit cette remise, et ne fit point sa couverture tant que je fus en Espagne, parce qu'elle ne lui fut point accordée , et qu'il ne se trouvoit point en pouvoir de payer. Je ne parle point encore des autres frais qui se font à l'occasion d'une érection de grandesse qui ne vont guère moins loin en salaires et en gratifications indispensables, mais dont la remise de la mediannate , quand ie roi la fait , supprime de droit les deux tiers.

L'annate est un tribut qui se doit tous les ans à cause de la grandesse , et si le revenu en est trop petit , parce qu'un simple fief mouvant nûment du roi suffit pour l'établissement d'une grandesse, ou nul comme celles qui sont seulement attachées au nom et point à une terre, comme récemment celle du duc de Bournonville; alors cela s'abonne à tant par an. Quelquefois encore celui qui est fait grand en est exempté pour sa vie . et alors cette grâce s'insère aussi dans les patentes, et les miennes en sont encore un exemple, mais jamais aucun des successeurs, dont l'annate est toujours plus forte que celle de l'impétrant, et il est arrivé à plusieurs d'être saisis, faute de payement d'années accumulées, et d'être encore suspendus de tout rang jusqu'à parfait payement. Outre ces deux sortes de droits, il y en a un troisième , faute duquel saisie et suspension de rang se font aussi. C'est un droit plus fort que l'annate ordinaire à chaque mutation de grand. De i'époque précise de ces usages, je n'eu suis pas instruit, mais il y a

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