GRANDESSE ÔTÉE A VASCONCELLOS
classe , fût-ce de père à fils , l'héritier donne part au roi par une lettre , même dfe Madrid à Madrid , de la mort du grand auquel il succède, et la signe sans prendre d'autre nom que le sien accoutumé , et point celui de grand qu'il doit prendre , ni faire sentir, en quoi que ce soit de la lettre, qu'il se répute déjà grand. Le roi lui fait réponse, et dans cette réponse, le nomme non de son nom accoutumé, mais de celui delà grandesse qui lui est échue , et le traite de cousin et avec toutes les distinctions qui appartiennent aux grands. Après cette réponse . et non plus tôt , l'héritier prend le nom de sa grandesse et les manières des grands ; mais il attend pour le rang et toutes les prérogatives la cérémonie de sa couverture. Ainsi le roi est non-seulement le maître de suspendre tant qu'il lui plaît l'effet de la grandesse de toute classe , eu suspendant ou refusant la couverture (comme il vient d'être montré par l'exemple da dernier duc de Medina-Sidonia. grand de première classe et de Charles-Quint) . mais encore le nom et le titre . dont les héritiers les plus incontestahies , même de père à fils . pour les grandesses qui ne sont pas de première classe , font nécessairement un acte si authentique de reconnoître qu'il ne leur appartient pas de le prendre , jusqu'à ce qu'il ait plu au roi par sa réponse de le leur donner, quoique sans concession nouvelle. De ce que ceux de la première classe n'y sont point assujettis, je me persuade encore davantage que cet usage est né sous Philippe II, avec la distinction des classes, et que Philippe III, qui, pour faire passer les patentes , se servit du prétexte de faire des grands des deux classes, n'osa envelopper dans cet usage les grands qu'il fit de la première à l'instar de ceux de Charles-Quint , qui n'avoit connu ni cet usage ni plus d'une classe de grands.
Voilà pour du possible ; mais du possible à l'effet il n'y a qu'un pas pour les rois, et cet effet s'est vu sous la dernière régence. Les histoires sont pleines des orages qui agitèrent le gouvernement de la reine mère de Charles II pendant sa minorité, et de ses démêlés avec don Juan d'Autriche, bâtard du roi son mari et d"une comédienne, qui, soutenu d'un puissant parti, la força de se défaire du jésuite Nitard qui, sous le nom de son confesseur, s'étoit fait l'arbitre de l'État, et qui. par un nouveau prodige, de proscrit, de chassé qu'il étoit à Rome, y devint ambassadeur extraordinaire d'Espagne , et en fit publiquement toutes les fonctions avec son habit de jésuite jusqu'à ce qu'il le changea en celui de cardinal. A sa faveur en Espagne succéda le célèbre Vasconcellos , fameux par son élévation et par sa chute , plus fameux par sa modération dans sa fortune et par son courage dans sa disgrâce , qui le fit plaindre même par ses ennemis. Don Juan, qui vouloit être le maître, et ne pouvoit souffrir de confidents serviteurs ni de ministres accrédités auprès de la reine, .s'irrita contre celui-ci, comme il avoit fait contre le confesseur, et il en vint pareillement à bout. Vasconcellos, qui venoit d'être fait grand , et dont la naissance , sans être fort illustre , n'étoit pourtant pas inférieure à celle de quelques autres grands, fut dépouillé de sa dignité , sans crimes , et fut relégué aux Philippines , où il dépensa tout ce qu'il avoit en fondations utiles et en charité , y ?écut longtemps et content , et y mourut saintement , sajos que , depuis tant de temps et