‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 196 sur 348 · ET LEURS DIFFERENCES EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

ET LEURS DIFFERENCES EN ESPAGNE

de Linarès, mort sans enfants vice-roi du Mexique, sous le commencement du règne de Philippe V, et frère de l'évêque de Cuença, devenu duc d'Abrantès par la mort de ce frère et de son père , duquel j'ai parlé à propos du plaisant adieu qu'il fit à l'ambassadeur de l'empereur le jour de l'ouverture du testament de Ch:irles II. Cet évèque , qu'on n'appelle jamais que le duc d'Abrantès . a trouvé le crédit à mon départ d'Espagne , c'est-à-dire fort peu après , de faire faire grand ce frère bâtard , pour soutenir la maison éteinte , que j'ai expliquée plus haut . et on le nomme le duc de Linarès. Ce sont ces usages plus qu'abusifs qui ont donné cette distinction aux grands mariés comme aux non mariés, que leurs bâtards, et comme tels, sont admis dans l'ordre de Malte, comme chevaliers de justice, sans différence des légitimes. Il faut sur cela remarquer qu'après la perte de Rhodes , cet ordre . devenu errant et prêt à se (îissiper, fut protégé et recueilli par Charles-Quint, qui lui donna l'île de Malte en toute souveraineté, fors l'hommage annuel de quelques oiseaux pour la chasse, et qu'encore aujourd'hui l'ambassadeur de Malte ne se couvre point en aucun cas devant le roi d'Espagne , bien qu'il le reçoive en audience publique où les grands assistent couverts, et où je ne suis trouvé comme grand avec eux , quoique cet ambassadeur jouisse à Madrid , et par toute l'Espagne , de toutes les autres prérogatives du caractère d'ambassadeur, excepté aux chapelles, où il n'a ni place ni i'onction. Or, cette obligation envers la couronne d'Espagne, jointe aux usages particuliers à ce seul pays sur les bâtards , peut avoir eu grande part à l'admission de ceux des grands dans l'ordre de Malte. Je dis ce .seul pays, les comtes de Guldenlew ne pouvant faire exemple dans ce recoin du Nord, demi-païen encore dans sa domination, puisque ces bâtards des rois de Danemark n'en font pas même pour la Suède , ni pour tout le reste du Nord, qui n'abhorre pas moins la bâtardise qu'on la déteste et qu'on l'anéantit dans toute l'Allemagne.

Pour les doubles adultérins , ils demeurent dans toute l'Espagne dans une entière obscurité , faute de ne pouvoir nommer leur mère , et d'avoir trouvé un jurisconsulte comme Harlay , lors procureur général du parlement de Paris , qui ait appris à faire reconnoître des enfants sans mère. Quels que soient ces restes de mceurs maurisques ' qui infectent encore l'Espagne , elles n'y vont pas jusqu'à connoître ceux-ci , pour lesquels toute l'horreur et le néant dû à la naissance illégitime s'est rassemblé sur les doubles adultérins , dont la monstrueuse espèce ne peut être censée' dans aucune sorte d'existence.

Les exemples des don Juan , bâtards de filles et de leurs rois , confirment ce que je viens d'expliquer, et qui s'entendra et s'expliquera mieux encore par là . en se souvenant que ceux des particuliers ont les mêmes droits, proportion gardée, qui est ce qui élève tant ceux des grands , et qui met ceux des rois comme au niveau des princes légitimes.

Ramassons en deux mots ce qui vient d'être expliqué de l'essence de la dignité de grand d'Espagne.

Nulle mention d'elle avant Charles-Quint.

4. On £^pelait Maurisques les descendants des Maures. — 2. Comptée.

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