ET SOM PLAN
\ I/oxempt des gardes du corps de semaine chez la reine.
2 La reine.
3 Son majordome-major.
4 Place où le nouveau grand se relire à la muraille.
5 Grands.
6 La camarera-mayor.
7 Les dames du palais et les femmes et belles-filles aînées de grands. S Les senoras de lionor et autres dames de qualité.
9 Seigneurs et gens de qualité.
4 9 Curieux de moindre distinction.
i\ Caméristes.
4 2 Officiers de la reine.
4 3 Première révérence du nouveau grand avec le majordome de semaine.
14 Place où se retire le majordome aprf's la première révéïcnce. \ 5 Deuxième révérence du nouveau grand seul.
16 Troisième révérence du nouveau grand , et place où il se couvre et parie.
0 Personne en toutes ces places.
Il faut remarquer que toutes les révérences que le nouveau grand, son parrain et le majordome de semaine, font à la couverture chez le roi et chez la veine , sont toutes à la françoise, même pour les Espagnols , ce qui s'est apparemment inUoduit lorsque Philippe V a défendu la golille et l'habit espagnol en sa présence à tout ce qui n'est ni robe, ni bourgeoisie, ni marchands et au-dessous.
Au moment que la reine s'ébranle pour se retirer . le nouveau grand va faire la révérence et un compliment à chacune de toutes les dames qui sont à la cérémonie et qui ont Y excellence, et point aux autres, commençant par la camarera-mayor, et ne s' arrêtant qu'un instant devant chacune, pour avoir le temps d'aller à toutes. Cette nécessité de se hâter a mis en usage le même compliment, très-bref, qin se répète à toutes, en glissant de l'une à l'autre on leur dit : A los puis de Vuestra Excelencia et rien que cela ; la dame sourit et s'incline : cela se fait plus posément aux unes qu'aux autres suivant leur qualité, leur faveur ou leur âge. Si la reine n'est pas encore rentrée, et on se hâte d'avoir fait auparavant , le nouveau grand court à la porte de la galerie qui donne dans son appartement intérieur et lui fait là encore un reraercîment. Je pris la liberté d'abuser peut-être de celle qu'elle m'avoit bien voulu donner auprès d'elle, je l'appelai pour Tari o:cr, lui faire mon remercîment, et donner le temps à mon fils de lui venir faire le sien. Cela ne lui déplut pas, et elle nous reçut et nous répondit avec beaucoup de bonté. Dès qu'elle est rentrée , compliments pêle-mêle , et félicitations d'hommes et de dames . comme on feroit en notre cour. Cela dure quelque temps, puis les dam.es suivent la reine, d'autres s'en vont chez elles , et les hommes s'écoulent.
Il ne reste plus à la cour d'Espagne trace aucune de cette tolérance
de la vanité prétextée de la galanterie espagnole de l'ancien temps , de personne qui s'y couvre sans autre droit que celui de son entretien avec la dame qu'il sert, dont l'amour le transporte au point de ne savoir ce qu'il fait, si le roi ou la reine sont présents, et s'il est couvert ou non. Cette tolérance étoit abolie longtemps avant l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espagne. Il n'en reste pas même d'idée. Il n'y a occasion ni prétexte qui laisse couvrir personne que les grands, les cardinaux et les ambassadeurs.
De chez la reine nous allâmes chez le prince des Asturies; il n'y a là aucune sorte de cérémonie. On l'environne en foule , ni lui ni personne ne se couvre ; mais le nouveau grand , son parrain , le grand ou les grands qu'il a menés le prendre , et ses plus familiers qui font les honneurs de la cérémonie sont les plus près du prince. Cela dure quelques moments. Il s'y trouva et s'y trouve toujours en ces occasions beaucoup de grands et d'autres seigneurs; on nous dit que chez la princesse des Asturies cela se seroit passé de même ; mais un érésipèle la retenoit au lit , et on n'y voit ni princesses ni dames. On ne va point chez les infants , et nous n'y fûmes point.
Je ne sais si la conduite que nous fit le duc de Popoli , grand d'Espagne et gouverneur du prince, jusque vers la fin de son appartement, fut irn honneur de politesse pour moi au caractère d'ambassadeur . ou une distinction due au nouveau grand, car il s'adressa toujours également à mon fils et à moi sur les compliments de cette reconduite; mais je pense qu'il y eut mélange de tout cela.
Quoique l'appartement du prince soit en bas de plain-pied à la cour, à quatre ou cinq marches près, nous passâmes en y entrant et en sortant à travers une longue haie des hailebardiers sous les armes, et la famille du roi nous attendoit et nous conduisit au carrosse qu'elle vit partir, comme elle nous avoit reçus à la descente, qui sont deux honneurs de la seule première classe, ainsi que les gardes espagnoles et wallones que nous trouvâmes encore sous les armes dans la place.
Nous retournâmes chez moi en la même manière que nous étions venus, et parmi tout autant dé spectateurs. Il s'y étoit déjà rendu bonne et nombreuse compagnie par d'autres rues, presque tous les grands , beaucoup de leurs fils aînés , quantité de seigneurs et de gens de qualité. Nous étions plus de cinquante à table , et il y en eut plusieurs autres et nombreuses d'amis, de familiers et même de grands, de seigneurs et de gens de qualité qui voulurent s'y mettre. .Je me mis à la dernière place. Le duc del Arco, le duc d'Albe. mon deuxième fils, car l'aîné étoit malade, et ceux qui voulurent bien nous aider à faire les honneurs, comme le duc de Liria, le duc de Veragua, le prince de Masseran, le prince de Ghalais. et d'autres, se placèrent en différents endroits pour en être plus à portée. On fut content du repas. On y mangea, on y but. on y parla , on y fit du bruit , comme on auroit pu faire en France. Il dura plus de trois heures. Un grand nombre samusa chez moi jusque fort tard, et on servit force chocolat et force rafraîchissements. Les jours suivants tous les grands , leurs fils aînés , et quantité d'autres
DISTINCTION d'attelages. 283
seigneurs et de gens de qualité nous vinrent rendre visite , c'est la coutume ; et le lendemain , mon fils et moi allâmes remercier le duc del Arco et le duc d'Albe.
Il faut maintenant venir aux autres distinctions et prérogatives du rang des grands d'Espagne. Je n'y entamerai rien d'étranger qu'autant qu'il sera nécessaire pour les mieux expliquer.
Madrid est une belle et grande ville , dont la situation inégale et souvent en pentes fort roides a peut-être doimé lieu aux sortes de distinctions dont je vais parler.
J'ai déjà dit que personne, sans exception, hors le roi, la reine, les infants et le grand écuyer dans les équipages du roi, ne peut aller à plus de quatre mules dans la ville , mules ou chevaux c'est ds même ; mais presque personne ne s'y sert de chevaux pour les carrosses. Si on va ou si on revient de la campagne , on envoie à la porte de la ville deux ou quatre mules attendre , qu'on y prend et qu'on y laisse de même lorsqu'on y rentre. Le commun et peu au-dessus n'y peut aller qu'à deux mules, l'étage d'au-dessus à quatre mules, mais sans postillon. Les tilulados et plusieurs sortes d'emplois ont un postillon; mais rien n'est plus réglé que ces manières d'aller, et personne ne peut empiéter au delà de ce qui lui appartient. Ce grand nombre de personnes qui ont des postillons a peut-être été cause d'une autre sorte de distinction : c'est d'avoir des traits de corde très-vilains pour toutes conditions, mais qui sont courts pour les moindres de ceux qui ont un postillon; longs pour l'étage supérieur, et très-longs pour les grands, les cardinaux et les ambassadeurs , et fort peu d'autres , comme les conseillers d'Ëlat, les chefs des conseils, et, je crois, les chevaliers de la Toison , etc. : encore ne les ont-ils pas si longs que les grands. C'est uniquement à la qualité de l'attelage qu'on recounoît la qualité des personnes que l'on rencontre dans les rues, et cela s'aperçoit très-distinctement, et les cochers ont une adresse qui me surprenoit toujours à tourner court et dans les lieux les plus étroits, sans jamais empêtrer ni embarrasser leurs traits les plus longs. Je n'ai point vu que les cochers des grands les menassent têtes nues, sinon en cérémonie, comme à une couverture, ou quelque autre semblable; bien l'ai-je remarqué de ceux des femmes des grands , et du porteur de chaise de devant des grands, de leurs femmes et de leurs belles-filles aînées.
Chez la reine , les femmes des grands ont un carreau de velours , et leurs belles-filles aînées un de damas ou de satin , sans or ni argent. Elles s'asseyent dessus. Toutes les autres, de quelque distinction qu'elles soient^ sont debout ou s'assoient nûment par terre. Mais en Espagne on ne voit jamais de plancher nulle part; tous sont couverts de belles nattes de jonc qui y sont particulières; le feu n'y prend point, elles sont fort fines , souvent ouvragées de paysages en noir et en jaune , et d'autres choses faites exprès pour les lieux; elles durent toutes une infinité d'années , et il y en a de fort chères ; on les balaye , quelquefois on les ôte pour les secouer , rien n'est plus propre ni plus commode. Les pièces intérieures ont en tout temps des tapis par-dessus. Ceux du