GRANDS EXPRESSÉMENT INVITÉS
ailleurs; point de fêtes publiques, soit au palais ou ailleurs auxquelles le roi assiste, point de cérémonie ou de fonction quelle qu'elle soit, ni que le roi fasse ou qu'il s'y trouve, que les ^'rands, leurs fils aînés, et leurs femmes n'y soient à chacune expressément conviés. Si c'est une occasion où on se couvre , les fils aînés ne le sont pas , ni aux chapelles, parce qu'ils n'y ont point do place. L'invitation est si fréquente, et en tant de lieux par Madriii, parce que nul de ceux qui le doivent être n'est omis , même su malade , que cela se fait assez peu décemment. Le majordome de semaine fait les billets d'avertissement, datés sans les signer, et les envoie porter par les hallebardiers de la garde qui en sont chargés. Ils se partagent par quartiers. Il n'y a que la chose en deux mots, sans compliment ni cachet, et le dessus mis pour chacun. Lorstiu'il y a quelque cérémonie purement de grandesse hors du palais . où le roi ne se trouve point , ce qui est fort rare . quoique j'en aie vu une depuis que je fus grand , l'avertissement se porte de même en la même forme et par les mêmes ordres. Je l'étois toujours ainsi comme duc de France, avant que je fusse grand, même de celles où le roi me faisoit lui-même l'honneur de me commander de me trouver, et de celles encore où je devois assister par mon caractère et en place d'ambassadeur, hors d'avec les grands , comme aux chapelles: et depuis que mon second fils eut fait sa couverture, lui et moi fûmes toujours invités, et nous nous sommes trouvés ensemble parmi les grands , comme grands : de cela il résulte que les grands sont l'accompagnement du roi partout, et son plus naturel comme son plus illustre cortège. Personne autre n'est jamais invité, si ce n'est les ambassadeurs en beaucoup d'occasions, comme les fêtes et les chapelles , et de celle-ci , le plan en expliquera mieux tout'.
\ . On peut ajouter ici, comme complément des indications bibliographiques données plus haut, plusieurs ouvrages modernes qui reiracent les révolutions politiques de l'Espagne et la situation de la noblesse de cette contrée; entre autres le Tableau de la morutrchie espagnole au xvi« siècle, par Lt-opold Ranke (A'e Spanische Monarcliie, Castilieii , Granden.) , ouvrage traduit en français par Haiber.
M. Mignet, dans l'Introduction aux Négociations relatives et la succession d'Espagne , a exposé l'organisation politique de ce pays au xvn° siècle. Il résume rapidement les progrès de la royauté aux dépens de la noblesse espagnole : «Ferdinand le Catholique avait donné l'exemple. Sans détruire les ordres de chevalerie de Calatrava, d'Alcantara, de Monteza, de Saint-Jacques, qui avaient fait leur temps depuis que les Maures étaient expulsés, il leur enleva l'indépendance dont ils jouissaient, en devenant lui-même leur grand maître. » Charles-Quint et Philippe II complétèrent cette révolution, œ Les grandes familles, dit M. Mignet, comme celles des Guzman, des Mendoza, des Enriquez, des Pacheco , des Girone, etc., avaient d'immenses richesses, des cours constituées sur le modèle des cours féodales au moyen âge, des gardes, des sujets en grand nombre et la pelile noblesse sous leurs ordres. Elles furent laissées à l'écart; et les fils des conquérants espagnols, réduits au rôle de grands propriétaires, n'aspirèrent liienlôt plus qu'au privilège de se couvrir devant le roi ou dans sa chapelle. »