‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 211 sur 348 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Séance et cérc'monie de tenir chapelle en Espagne. — Cérémonie de la Char deleur et celle «les Cendres. — Banquillo du capitaine des gardes en quartier. — Raison pourquoi les capitaines des gardes sont toujours grands. — Places distinguées à toutes l'èles et cérémonies pour les grands, leurs femmes, fils aines et belles-filles aînées. — Parasol des grands aux processions en dehors où le roi assiste et la reine. — Certes ou étals généraux. — Traitement par écrit dans les églises, hors Madrid. — Baplème de l'infant don Philippe. — Honneurs civils et militaires partout. — Honneurs à Rome. — Rangs étrangers inconnus en Espagne. — Egalité chez tous les souverains non rois. — Supériorité de M. le Prince sur don Juan aux Pas-Bays , et son respect pour le roi fugitif d'Angleterre, Charles II. — Bâtards des rois d'Espagne. — Grands nuls en toutes affaires. — Point de couronnement. — Nul habit de cérémonie, ni pour les rois d'Espagne, ni pour les grands. — Nulle préférence de rang dans les ordres d'Espagne, ni dans celui de la Toison d'or. — Grands acceptent des emplois fort petits. — Grandesses s'achètent quelquefois. • — Autre récapitulation. — Nul serment pour la grandesse. — Grand nombre de grands d'Espagne. — Indifférence d'avoir une ou plusieurs grandesses.

Lorsque le roi d'Espagne tient chapelle , ce qui arrive très-fréquemment , dont je parlerai ailleurs , sa cour l'attend à la porte de son appartement secret. Il passe environ deux pièces . puis se couvre. Les grands qui marchent sans ordre devant et autour de lui . le prince des Asturies qui le suit, le capitaine des gardes en quartier qui est toujours grand, et le patriarche des Indes . s'il est cardinal , qui marche à côté du capitaine des gardes . se couvrent tous. On fait un long chemin par de grands et magnifiques appartements . et on arrive ainsi à la chapelle . où chacun fait la révérence à la reine qui est dans la tribune; puis s'avançant, on la fait à l'autel ; celle-là est toujours à l'espagnole , c'est-à-dire comme sont les révérences de nos chevaliers du Saint-Esprit et de toutes nos cérémonies. Les ambassadeurs seuls la font à l'ordinaire; le roi la fait à l'espagnole vis-à-vis de sa place, et chacun prend la sienne. Le patriarche , s'il est cardinal . vis-à-vis du roi . laquelle [place] j'e.xpliquerai ailleurs . sinon sur le banc des évêques où il n'y en a presque jamais , parce que tous résident très-exactement, et que la difficulté de la croix, que la chapelle ne veut pas souffrir, empêche l'archevêque de Tolède de s'y trouver. De mon temps c'étoit le cardinal Borgia qui étoit patriarche des Indes.

Tandis que le célébrant commence la messe au bas de l'autel, le cardinal sort de sa place, où il n'a qu'un aumônier près de lui, debout à sa droite en surplis . et suivi des quatre majordomes du roi , de fro!:t derrière lui, va au milieu de l'autel sans monter aucune marche, le salue , puis le roi et le prince des Asturies de suite . se retourne le dos à l'autel, salue la reine, puis les ambassadeurs qui se lèvent et s'inclinent à lui. en dernier lieu les grands qui en font de même, et pour ne le plus répéter, toutes les fois qu'il sort de sa place et qu'il y rev'en ii fait les mêmes saluts en se baissant, comme font nos évêou , et les

majordomes derrière lui à l'espagnole dans le même temps. Il va au prie-Dieu du roi qui est debout, dire l'Introït à voix médiocre, puis revient. Il lui porte l'Évangile à baiser, et au prince: il va les encenser sans en être salué, et il leur porte la paix, puis à la reine. Lorsqu'il y va et en revient , et c'est toute la longueur de la chapelle , les ambassadeurs et les grands sont debout. En sortant de la chapelle, le roi se couvre et les grands, et retournent comme ils sont venus. Les pages qui portent les flambeaux au Sanctus font, en arrivant à leur place , la révérence à l'autel , au roi , et au prince en même temps . à la reine . au cardinal et aux ambassadeurs en même temps , enfin aux grands. C'est à l'espagnole . en baissant leurs flambeaux tous en même temps , et comme en cadence : c'est ua vrai exercice. Il y a toujours sermon en espagnol. Le prédicateur sort de la sacristie, et vient recevoir à genoux la b nédiction du cardinal, puis fait les révérences susdites, et monte en chaire, en s'en retournant de même.

Lorsqu'il y a procession, comme à la Chandeleur , il n'y a point d'ambassadeurs, parce qu'ils ne pourroient marcher que devant le roi ou après le roi , comme ils font ensuite du capitaine des gardes quand on va et revient des chapelles ordinaires. En avant n'est donc point leur place. En arrière ils couperoient la reine ou au moins les dames de sa suite , tellement que ces jours-là ils ne sont point avertis , et ne s'y trouvent jamais. La bénédiction des cierges finie par le cardinal , le roi , suivi du prince et de son capitaine des gardes, va au milieu de l'autel . où le cardinal est dans un fauteuil sur la plus basse marche . en sorte que le roi n'en monte aucune. Le n ajordome-niajor marche seul à sa droite . suivi d'un bas officier. Il trouve un majordome vers où est le cardinal qui lui présente un carreau. Le majordome-major le met devant le roi . qui reçoit à genoux le cierge du cardinal , le prince ensuite , puis le majordome-major ôte le carreau , et le rend au majordome , se met à genoux , reçoit le cierge , après lui le capitaine des gardes , et retournent en leurs places. Le roi étant déjà en la sienne, tous les grands ensuite, suivant qu'ils se trouvent placés sur leur banc , vont prendre le cierge à genoux , et tout de suite le clergé , à qui il en a été distribué avant le roi , sort de dessus ses bancs , et sort processionnellement , puis le clergé qui est à l'autel et le cardinal , après les grands deux à deux, enfin le roi ayant presque de front le majordome-major à sa droite , le prince derrière à côté du capitaine des gardes; tout cela trouve la reine à la porte de sa tribune en dedans , à qui le cardinal en passant a donné un cierge, et à tout ce qiù est dans la tribune. Les grands saluent la reine profondément. Le roi la salue aussi; elle laisse un court intervalle entre elle et le prince, et suit la procession entre son majordomemajor et son grand écuyer , suivie des infants. Après eux marche seule la camarera-mayor, les dames de la reine deux à deux, puis celle des infants. Le roi et les grands se couvrent hors la chapelle. Les seigneurs et les gens de qualité côtoient, les uns les grands les plus près du roi, la plus grande partie les dames: puis le commun suit. Il y a des officiers des gardes du corps des deux côtés du roi , et celui qui sert auprès de la reine lui porte la queue. On fait le **Hir des corridors du

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