‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 212 sur 348 · CÉRÉMONIE DES CENDRES · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIE DES CENDRES

palais, ce que j'expliquerai ailleurs. En toutes les processions c'est le même ordre de marche. A ceile-là mon fils et moi étions sur le hano des grands , plusieurs entre nous deux , et c'est là où j'ai dit que le hasard fit qu'il me précéda. Le roi et tous baisent l'anneau du cardinal après avoir reçu le cierge.

Le jour des Cendres, les ambassadeurs y sont. La bénédiction faite, le cardinal, suivi du nonce et des majordomes, va au milieu de Tautel, comme ci-dessus, où tous deux prennent une étole d'un des assistants à l'autel; le célébrant donne des cendres au cardinal seulement incliné, qui lui en donne ensuite, mais le célébrant à genoux, puis au nonce incliné qui revient à sa place, après à tout le clergé. Le roi vient accompagné comme à la distribution des cierges , et le carreau lui est présenté de même. Lui et le prince en ayant reçu, et le carreau ôté comme lors des cierges, les ambassadeurs viennent recevoir les cendres, puis le majordorae-major qui étoit resté là; ensuite le capitaine des gardes, puis tous les grands, après quoi le cardinal en va porter à la reine, aux infants et à tout ce qui est dans la tribune. Elle n'assiste jamais ailleurs à aucune chapelle , les jours ordinaires c'est où le roi et elle entendent la messe, et où ils communient leurs jours marqués, et personne n'y entre que leurs grands officiers intérieurs et les dames de la reine et des infants. Au-dessus est une grande tribune pour la musique , qui est excellente et nombreuse , et , au-dessus de celle-là , une autre pour les duègnes et les criadas* du palais, où nul homme n'entre. Les caméristes sont à l'entrée et au fond de la tribune de la reine.

Il faut remarquer que les ambassadeurs ni les grands n'ont point de carreau à la chapelle: le tapis de leur banc et de celui des évêques, et du petit banc ras de terre devant les ambassadeurs , sont jusqu'à terre et d'assez vilaine tapisserie, la même pour tous. Le petit banc ras de terre , qui est devant le cardinal , est de velours rouge , et n'est pas plus étendu que les autres. Son fauteuil est de bois uni avec les bras tout droits; le siège et le dossier, qui ne lui appuie que les épaules, est de velours rouge avec un galon d'or et d'argent usé autour , de forme carrée, avec de larges clous dorés dessus, d'espace en espace, environné de petits, comme ces anciens fauteuils de château; son carreau est de velours rouge à ses pieds: les fauteuils, carreaux et drap de pied du prie-Dieu du roi et du prince . sont de velours avec beaucoup d'or ou d'argent, ou d'étoHé magnifique. Ils changent souvent, mais ceux du roi sont toujours beaucoup plus riches que ceux du prince, et tournéN en biais vers l'autel.

La place du capitaine des gardes du corps fit une grande dillficulté. Philippe V est le premier qui ait eu des gardes du corps et des capitaines des gardes, sur le modèle de la France. Ses prédécesseurs n'avoient que des hallebardiers , tels qu'il les a conservés, mais dont le capitaine n'a point de place nulle part comme tel, et des lanciers en petit nombre et fort misérables, dont le capitaine n'étoit rien. Les grands, qui sont les seuls laïques assis aux chapelles, ne voulurent paa

^ ■ Mol espagnol qui signifie servantes ou suivantes.

Danquillo du capitaine de? gardes en quartier. 29 1

souffrir que le capitaine des gardes en quartier le fût, ou s'il étoit grand, le fût hors de leur banc. Cette difficulté fut réglée pour ne jamais prendre de capitaine des gardes que parmi les grands. Mais cela ne les satisfit pas; ils vouloient que celui de quartier fût indifféremment assis avec eux sur leur banc , et le roi d'Espagne , qui s'en faisoit servir sur le modèle de notre cour , prétendit l'avoir assis derrière son fauteuil. Enfin, par composition, après beaucoup da bruit, il fat convenu qu'il auroit un banquillo , c'est-à-dire un petit banc à une seule place , couvert comme celui des grands , adossé en biais à la muraille , à la place où il est marqué dans le plan. A vêpres c'est la même séance . et au Retiro comme au palais , et en quelque lieu que le roi tienne chapelle. Il n'y a que la tribune de la reine qui ne peut être partout placée, ni de plain-pied, ni au bout de l'église; m-ais elle est toujours dans une tribune , et ce changement de sa place n'en apporte aucun autre. J'ai grossièrement expliqué la chapelle par rapport seulement aux grands ; je la détaillerai plus curieusement ailleurs. Lorsque le roi va en pompe à Notre-Dame d'Atocha, qui est à un dernier bout de Madrid, il es;t censé n'y être accompagné que de ses grands officiers . qui le précèdent ou le suivent dans ses carrosses . et la reine de même de ses dames. Les grands n'y sont point invités et n'y ont point de places.

Les fêtes dans la place Mayor , qui est fort grande et qui a cinq étages égaux, tous à balcons à toutes les fenêtres, sont assez rares. J"y en ai vu plusieurs à cause des deux mariages, et toutes admirables. J'en parlerai en leur temps. Il suffit ici de dire qu'il y a au milieu une maison distinguée pour le roi et sa cour; vis-à-vis la largeur de la place , entredeux, sont les ambassadeurs, et ce même étage, qui est le premier, est distribué tout autour de la place aux grands et à leu s femmes , à tous séparément , de façon qu'un grand a du moins quatre balcons de suite , à quatre ou cinq places chacun , c'est-à-dire quatre au large et cinq assez aisément , car ils sont tous égaux et sortent en dehors trois pieds. Si un grand a une ou plusieurs c'narges, qui lui donnent droit de places , on les ajoute de suite à ses balcons comme grand ; mais cela est assez rare. Le deuxième, et, s'il le faut, le troisième étage, sont distribués de même. C'est le majordome-major qui en donne les ordres, et les balcons désignés dans les billets , en sorte que chacun sait où aller sans se méprendre. Ce qui reste après de places jusqu'au cinquième étage est à la disposition du corrégidor de Madrid , tellement que ceux qui n'ont point de places par grandesses . ou , ce qui est fort rare , par cnarges , n'en ont qu'après tous les grands et les charges , ce qui fait qu'ils en ont de médiocres ou de mauvaises, et même difficilement par le peu qui en reste pour toute la cour et la ville, de manière que la plupart des personnes de qualité , hommes et femmes , en demandent aux grands de leurs amis sur leurs balcons. Les ministres étrangers en ont avant les seigneurs qui ne sont pas grands, par le majordomemajor. Cela se passe de la sorte dès que la fête est hors du palais. Quand elle se fait dans la place du palais , où j'en ai vu aussi d'admirables , les fenêtres se donnent par places aux mêmes , mais avec moins d'ordre et de commodité, et toujours par 'es ioajordomes sous les or-

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