‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 217 sur 348 · POINT DE COURONNEMENT · texte numérisé non relu

POINT DE COURONNEMENT

de digûité. Les testaments des rois laissant des fils mineurs ont quelquefois mis un grand dans le conseil qu'ils nommoient pour et au nom de tous les autres, mais par eux exprimé et choisi, et s'il est dit comme grand, ce n'est pas, comme on le voit, par ce qui vient d'être remarqué qu'un grand comme tel y fût nécessaire, mais par égard pour eux, et ne sembler pas n'en trouver aucun digne d'y être admis.

Dans le fameux testament de Charles II , qu'on peut dire avoir été l'ouvrage de quelques grands qui le signèrent , et d'autres grands qui le surent , et dans la régence qui y fut établie en attendant l'arrivée du successeur nommé , on voit des égards pour les charges , les places , les emplois, les personnages, rien ou presque rien donné à la dignité de grand , dont le concours et l'autorité ne paroît point nécessaire en dispositions de si grand poids , et qui décidoit le sort de cette grande monarchie. On voit les grands appelés à l'ouverture du testament de Charles II après sa mort , qui est peut-être la plus auguste et la plus solennelle action où ils l'aient été. Mais je dis action, et non pas fonction , puisqu'ils n'y en eurent aucune . et qu'il n'y fut question que d'apprendre les premiers , et avec décence pour les premiers seigneurs de la monarchie, en faveur de qui le roi défunt en disposoit. la forme de gouvernement qu'il prescrivoit. ceux qu'il admettoit, et s'y soumettre sans aucune forme d'opiner ni de délibérer. Cela fut fait de la sorte par ceux-là mêmes qui , en les convoquant , savoient bien ce qu'on alloit trouver. Mais un cas unique et sans exemple de la monarchie sans successeur connu demaudoit bien une telle formalité en faveur des plus grands , des plus distingués , et des premiers seigneurs de cette même monarchie revêtus de la plus grande dignité , pour livrer cette même monarchie à celui que le testateur y avoit appelé sans les consulter ni leur en parler. Ce cas donc si extraordinaire . ou plutôt si unique , ne constitue point par lui-même aucun droit délibératif ni judiciaire en quoi que ce soit aux grands , qui même n'y jugèrent et n'y délibérèrent . mais écoutèrent, apprirent les dispositions, et s'y soumirent sans qu'aucun entamât aucun discours que d'approbation, et la plupart en un mot, ou par leur silence. Ainsi rien d'acquis par là ni en matière de lois intérieures ni en matière d'État. De ce grand et unique exemple . exemple si signalé, et de tout ce qui a été rapporté auparavant, il faut donc conclure que la dignité de grand consiste uniquement en illustration cérémonielle de rangs, prééminences, prérogatives, honneurs et distinctions , et en accompagnement très-privilégié et nécessaire de décoi-ation du roi.

Depuis les rois catholiques, aucun roi d'Espagne n'a été couronné, aucun n'a porté d'habit royal ni particulier, en aucune occasion. Les rois catholiques, c'est-à-dire Ferdinand et Isabelle, l'avoient été. et avant eux tous les rois particuliers l'étoient dans les Espagnes. Je n'ai aucune notion que les ricos-hombres eussent, en ces occasions, des habits propres à leur dignité, ou des fonctions à eux particulières. Ces royaumes étoient petits , peu puissants . toujours troublés entre eux et par les Maures: il y a lieu de croire que tout s'y passoit militairement «t simplement. Quoi qu'il en soit, depuis que le nom et la dignité de

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