NULLE PRÉFÉRENCE DE RANG DANS LES ORDRES
grand a aboli, sous le premier commencement de Charles-Quint, les ricos-hombres , il n'y a point eu d'habil particulier en aucune cérémonie m en aucune occasion . non plus qu'au roi d'Espagne.
Dans les divers ordres d'Espagne et dans celui de la Toison d'or, l'idée de l'ancienne chevalerie a prévalu à leur dignité, même à celle lies infants. Ces princes ni les grands n'y ont d'autre préférence de rang que celui de l'ancienneté de la réception , et entre ceux de même réception , que celui de l'âge. Philippe V est le premier qui ait donné lu prince des Asturies, mort roi d'Espagne, le rang au-dessus de tous les chevaliers de la Toison, et un carreau sous ses pieds au chapitre, mais assis à la première place du banc à droite avec les chevaliers , et coude à coude, sans distance ni distinction du chevalier son voisin, et faisant la fonction du plus ancien chevalier sans différence , qui est d'accommoder le collier du nouveau chevalier et l'attacher de son côté, tandis que le parrain l'attache sur l'autre épaule , et le chancelier de l'ordre par derrière, puis d'embrasser le nouveau reçu comme tous les autres chevaliers ; encore a-t-il fallu que le roi d'Espagne ait demandé cette préséance et ce carreau aux chevaliers qui l'ont accordé, et à qui pourtant cela a paru fort nouveau. Sur cet exemple , les autres infants ont eu le même avantage. J'ai vu ce que je raconte ici à la réception de mon fils aîné , mais il est vrai qu'à celle de Maulevrier , qui fut quelque temps après , le prince des Asturies attacha bien un côté de son collier, mais que, quand ce fut à Tembrassade, il ne se souleva seulement pas, Vic l'embrassa ni n'en fit pas même semblant, et se fit baiser la main. Au sortir de la cérémonie, la plupart des chevaliers m'en parlèrent, et s'en parlèrent entre eux comme d'une nouveauté sans exemple et trèsofiensantG, dont ils auroient été bien aises pour Maulevrier qui étoit fort haï , mais dont la conséquence pour les chevaliers qui seroient faits dans la suite , et de là pour l'ordre , les piquoit extrêmement. Je ne sais comme cela se sera passé depuis.
Avec toute la grandeur et la hauteur des grands d'Espagne , ils ne laissent pas de rechercher des emplois qu'on auroit peine à croire et qu'on voie rien à quoi cela les puisse mener. Ils en font même quelquefois des fonctions par eux-mêmes; d'autres fois ils subrogent quelqu'un ^ovir les faire en leur place, en leur absence; enfin, quelques autres ne les ont que par honneur. Ces emplois, sous d'autres noms, ne sont que des échevinages de villes, même médiocres, avec de simples gentilshommes et des bourgeois. Il y aura quelquefois deux ou trois grands et des plus distingués en tout, échevins de la même ville; il s'en trouve aussi à qui les plus petites défèrent ce bizarre honneur et qui ne le refusent pas. Mais n'en voilà peut-être que trop pour donner simplement une juste idée des grands d'E.spagne et de leur dignité , qui n'avoit ce semble que frappé les yeux et les oreilles, sans avoir encore passé fort au delà. Ils reviendront encore plus d'une fois en propos à l'occasion de différentes choses de mon ambassade.
Je n'ose pourtant finir ce qui regarde cette matière sans dire une vérité fâcheuse. C'est qu'il n'est pas inouï, il n'est pas nouveau, que les rois aient accordé la grandesse pour de l'argent. Cette sorte de marché
s'est fait plus d'une fois , et sous plus d'un règne , et j'ai vu en Espagne plus d'un grand de cette façon. Quand cela se fait , c'est tout uniment. On n'y met ni voile pour le temps ni masque pour l'avenir; on traite tout simplement, on convieni de prix, et ce prix est toujours fort; l'argent en est porté dans les coffres du roi , qui . au même instant , confère la grandesse. Il y en [a] même de tels de qualité distinguée , mais ceux de qualité distinguée qui ont acheté ne sont pas Espagnols.
Récapitulons maintenant ce qui vient d'être dit des usages de la grandesse, comme nous avons fait pour ce qui en regarde l'essence et le fond : en joignant l'une et l'autre . on aura le précis en peu de lignes de tout ce qui concerne cette dignité.
Nulle marque extérieure de la grandesse aux carroses ni aux armes. La reine même n'a point de housse. Depuis la fraternité d'honneurs des ducs et des grands , plusieurs . même de ceux qui ne sont point sortis d'Espagne , ont pris le manteau ducal . mais presque aucun Espagnol naturel. De marques dans leurs maisons, nulles, excepté le dais. Ils l'ont de velours et souvent leurs armes brodées dans la queue , etc. Les conseillers d'État et les titulados , et il y en a de fort étranges , en ont aussi, mais de damas, avec un portrait du roi dans la queue, comme le dais étant là pour le portrait ; de balustres , le roi et la reine même n'en ont point.
Démissions des grandesses inconnues , mais les fils aînés des grands ont des distinctions , et leurs femmes ne diffèrent presque en rien de celles des grands; toutefois deux exemples sous Philippe V, l'un après la bataille d'Almanza pour le duc de Berwick, l'autre pour moi à l'occasion du double mariage : deux cas uniques, deux étrangers, deux hommes qui, comme ducs de France, jouissoient déjà de tous les honneurs de la grandesse , et ces deux exceptions portées par la concession même; inutilité abusive de celui du comte de Tessé.
Couverture d'un grand majestueuse , semblable à la première audience solennelle d'un ambassadeur.
Différence des trois classes :
La première trouve la famille du roi , c'est-à-dire ses bas ofticiers , à la descente du carrosse , le majordome de semaine au bas du degré , et le degré entier bordé des ballebardiers de la garde sous les armes jusqu'à i'eutrce de l'appartement , quelques grands au haut du degré qui eu descendent deux marches; se couvre avant de parler au roi, et ayant fini et fait la révérence , se couvre avant que le roi commence à lui répondre et l'écoute couvert; la garde des régiments des gardes espagnoles et wallones sous les armes dans la place du palais ; reçoit les mêmes aonneurs en sortant comme en entrant.
La seconde n'en a aucun en entrant ni en sortant, trouve le majordome de semaine au haut du degré et quelques grands un peu plus loin . parle au roi découvert, se couvre avant qu'il lui réponde.
La troisième trouve le majordome de semaine à la porte de l'appartement du roi; nuls grands au-devant de lui; parle au roi et attend sa réponse, découvert, qui ne lu; dit eob'ic^ qu'après lui avoir baisé la
main, et ne se couvre qu'à la muraille. Toutes trois gardent chey la reine les mêmes différences de se couvrir.
Le roi est debout , la reine chez elle est assise dans un fauteuil , et ne dit point cobrios parce qu'elle ne fait pas les grands. Point de fonctions de parrain chez elle. Son majordome n'accompagne le grand que jusqu'à sa première révérence, qu'il fait avec lui; à la seconde salue les dames avant les grands , et point les seigneurs ni les gens de qualité, non plus que chez le roi; va faire un comiiliraent aux dames qui ont l'excellence lorsque la reine se relire: chez le prince des Asturies, visite de respect sans se couvrir et sans cérémonie.
Nulle cérémonie, nul acte public, nulle fonction , nulle fête publique que le roi donne au palais ou ailleurs, à laquelle il assiste au dehors, que les grands ne soient invités, leurs femmes, s'il y a des dames, et leurs belles-filles aînées, et s'il n'y a point à se couvrir, les maris de celles-ci , et partout en ces occasions , qui sont très-fréquentes , ils ont tous beaucoup d'avantages en nombre et en distinctions de places.
Eurent, eux et leurs femmes, leurs fils et belles-filles aînées, les premières et plus proches places au mariage du prince des Asturies, et conviés d'y venir à Lerma , pareillement à Madrid au baptême de don Pliilippe, où j'ai remarqué le dégoût qu'ils eurent d'y porter les honneurs.
Les grands furent tous mandés et assistèrent , seuls , avec le service le plus étroit et le plus indispensable , à la lecture et à l.i signature du contrat de mariage du roi et de l'infante.
Ont aux chapelles un banc couvert de tapis en suite du roi , et y sont salués autant de fois que le roi.
Sont couverts aux audiences solennelles et publiques, et toutes les fois partout que le roi l'est, sans qu'il le leur dise.
Sont traités de cousins quand le roi leur écrit; ont avec difTérence des classes des distinctions dans le style de chancellerie; en ont tous aussi dans les lettres ordinaires. Les fils aînés des grands sont traité» par le roi de parents ; les femmes le sont comme leurs maris.
Ont, hors Madrid et des lieux où le roi se trouve, un tapis à l'église et double carreau pour les coudes et pour les genoux. Ont tous les honneurs civils et militaires; la première visite du vice-roi et la main chez lui; s'ils sont sujets et habitués dans la vice - royauté , ou officiers de guerre, une fois et puis plus. Pareillement à l'armée, une garde et la main chez le général, une seule fois, puis servent de volontaires ou dans l'emploi qu'ils ont; de même font leur cour au vice-roi avec les honneurs et les distinctions que les grands du pays ont chez lui.
Les femmes des grands ont chez la reine des carreaux de velours en tout temps , et leurs belles-filles aînées de damas ou de satin , de même à l'église pour se mettre à genoux, à la comédie pour s'asseoir; et maintenant des tabourets au bal: toutes les autres debout ou par terre.
Distinction d'aller par la ville à deux et quatre mules avec ou sans postillon, à traits courts, longs, ou très- longs. Ces derniers ne sont que pour les grands , leurs fils aînés , leurs femmes , les cardinaux , les ambassadeurs et le orésident du conseil de Gastille.
Leurs cochers les mènent quelquefois tète nue , toujours leurs femmes ût leurs belles -filles aînées, et en chaise, le porteur de devant toujours découvert aussi pour les grands qu'il porte.
Grande précision et distinction à la réception et conduite des visites.
Les grands ne cèdent à personne, excepté ce que j'ai dit du président ou gouverneur du conseil de Castille, du majordome -major du roi, et rarement des cardinaux et des ambassadeurs; nul autre rang que le leur et pour eux, et maintenant donné aux ducs de France. Princes étrangers faits grands à vie à cause de cela. Souverains sans avantages sur eux en Espagne, même ducs de Savoie. Ceux qui y furent accordés au célèbre Charles -Emmanuel, depuis duc de Savoie, médiocres, et en considération de son mariage réglé avec l'infante. Prince de Galles, depuis roi Charles I" d'Angleterre, hors de pair et d'exemples. Duc d'Orléans visita toutes leurs femmes, eut le traitement d'infant, traita les grands comme il traite les ducs de France. Princes du sang de même, et les infants , comme font les fils de France. On remet à parler de l'usurpation de la princesse des Ursins et du duc de Vendôme . qui ne leur fut pas heureuse, à l'exemple des deux don Juan expliqués. Personne même de ce qui n'étoit point grand ne voulut céder au prince ni à la princesse d'Harcourt, qui menèrent la reine, fille de Monsieur. Ils n'eurent aucuns honneurs particuliers, ni la comtesse de Soissons depuis.
Les grands sont traités d'égaux chez les électeurs et les autres souverains . comme les souverains d'Italie chez le pape , et dans Rome comme les princes du Soglio.
Ont cependant en Espagne plusieurs désavantages qui ont été marqués avec le gouverneur du conseil de Castille, les cardinaux, les ambassaileurs, le majordome-major du roi, et en carrosse avec le grand écuyer.
N'ont ni voix ni séance en aucun tribunal , ni part nécessaire aux lois ni au gouvernement de l'État , ni distinction en la manière d'être jugés en aucun cas.
Ont séance au-dessus de tous les députés aux cortès ou états généraux , lesquels ne font que prêter hommage . et n'ont rien des prétentions de ceux de France. Un seul pour tous, mais sans nécessité, a quelquefois été nommé dans les testaments des rois pour être du conseil de régence. Très-peu ont eu part au testament de Charles II. Tous furent appelés à son ouverture, et tous sans opiner pour s'y soumettre, cas unique en singularité et nécessité qui ne leur ajoute aucun droit.
Nul couronnement des rois d'Espagne depuis les rois catholiques, et nul habillement royal en aucune occasion; nul habit distinctif ni particulier aux grands ni à leurs femmes.
Nul rang ni distinction dans l'ordre de la Toison, ni dans les autres d'Espagne. Rang avec tous par ancienneté dans l'ordre, et en même réception par âge.
Prennent des emplois municipaux fort au-dessous d'eux, et qui ne les piènent à rien.
r>àtards devenus grands.
Exemnles, et plusieurs, et de olusieurs règnes, et d'Espagnols et