‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 22 sur 348 · CH.AMILLART FAIT CONTRÔLEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CH.AMILLART FAIT CONTRÔLEUR GÉNÉRAL

cher, et de là par toute la cour. Le courrier ne l'avoit pas trouvé à Paris et le fut chercher à Montferraeil qui ea est à quatre lieues , vers Cheiles et Livry. Il arriva le lendemain dimanche après midi.

C'étoit un grand homme, qui marchoit en dandinant, et dont la physionomie ouverte ne disoit mot que de la douceur et de la bonté, et tenoit parfaitement parole. Son père, maître des requêtes, mourut en 16*5 intendant à Caen, où il avoit été près de dix ans. L'année suivante . le fils fut conseiller au parlement. Il étoitsage, appliqué, peu éclairé, et il aima toujours la bonne compagnie. Il étoit de hon commerce et fort honnête homme. Il aimoit le jeu, mais un jeu de commerce, et jouoit bien tous les jeux. Cela l'initia- un peu hors de sa robe ; mais sa fortune fut d'exceller au billard. Le roi. qui s amusoit fortdjecejeui dont le goût lui dura fort longtemps, y faisoit presque tous les soirs d'hivei' des parties avec M. de Vendôme et M. le Grand . et tantôt le maréchal de Villeroy , tantôt le duc de Grammont. Ils surent que Chamill.irt y jouo t fort bien, ils voulurent en essayer à Paris. Ils en furent si contents, qu'ils en parlèrent au roi. et le vantèrent tant, qu'il diià M. le Grand de l'amener la première fois qu il iroit à Paris. Il vint donc, et le roi trouva qu'on ne lui en avoit rien dt de trop. M. de Vendôme et M. le Grand l'avoient pris en amitié et en protection encore plus que les deux autres, et firent en sorte qu'il fut admis une fois pour toutes dans la partie du roi , où il étoit le plus fort de tous. Il s'y comporta si modestement et si bien , qu'il plut au roi et au courtisan dont il se trouva protégé à l'envi au lieu d'en être moqué, comme il arrive à un nouveau venu inconnu et de la ville. Le roi le goiîta de plus en plus, et il en parla tant à Mme de Maintenon qu'elle le voulut voir. Il s'en tira si bien avec elle. que. peut-être pour flatter le goût du roi, elle lu; dit de la venir voir quelquefois . et à la fin elle le goûta autant p ..r le moins que le roi. Malgré ces voyages continuels à Versailles ou il ne couchoit point, il fut assidu les matins au palais, etconiinua d'y rapporter. Gela lui acquit l'afTection de ses confrères, qui lui surent gré de faire son métier comme l'un d'eux, et de vivre avec eux à l'ordinaire, sans donner dans l'impertinence qui suit souvent les distinctions en beaucoup de gens , et cela lui fil un mérite à la cour et auprès du roi. Peu à peu il se fit des ams. et le roi voulut qu'il fût maître des requêtes, pour être plus libre et plus en état d'être avancé. Alors , il lui donaa uu logement au château , chose fort extraordinaire pour un bon me comme lui , et même unique. C'étoit en 1680. Trois ans après il fut no:; mé intendant de Rouen. Il pria le roi, avec qui déjà l éto.t très-librement, de vouloi' bien ne le pas éloigner de lui ; mais le ro; lui dit que c'étoit pour cela même qu'il lenvoyoit à Rouen qui est si proche, et il lui permit de venir de temps en temps passer six se:i a nés à Versailles. Il le mena .'i Marly et le mit de son jeu au brelan et à d'autres. Il prit des croupiers parce que le jeu étoit gros : 1 y fut heureux.

Au bout de trois ans d'mtendance où il ne se méconnut pas plus qu'il avoit fait au parlement, il vaqua une charge d'intendant des finances que le roi lui donna de son mouvement en 1689. où, comme on voit, il demeura dix ans, et toujours sur le même pied avec le roi, quoique

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