‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 220 sur 348 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Comparaison des dignités des ducs de France et des grands d'Espagne. — Comparaison du fond des deux dignités dans tous les âges. — Dignité de grand d'Espagne ne peut être comparée à celle de duc de France, beaucoup moins à celle de pair de Frauce. — Comparaison de l'estérieur des dignités des ducs de France et des grands d'Espagne. — Spécieux avantages des grands d'Espagne. — Un seul solide. — Désavantages effectifs et réels des grands d'Espagne. — Désavantage des grands d'Espngne jusque dans le droit de se couvrir. — Abus des grandesses françoises.

Après cette connoissance de la dignité de grand d'Espagne dans son fond, dans son origine, et de son état présent, il faudroit en donner une de celle des ducs de France, pairs, vérifiés et non vérifiés, ou à brevet, comme on appelle improprement ces derniers. Mais ce n'est pas ici le lieu des dissertations et des histoires particulières . quelque obscurcissement qu'on ait pris à tâche de jeter . surtout depuis quelque temps , sur la première dignité du royaume de France. Elle y est encore trop connue pour avoir besoin d'entrer dans un détail qui feroit un volume. Je me contenterai donc de supposer ce qui est vrai . et démontré par tous les auteurs, et par toutes les images qui restent de la grandeur de cette dignité , et que l'ignorance , la jalousie , l'envie , la malice . j'ajouterai la folie de ces derniers temps . n'ont pu étouffer. Il faut se souvenir de l'occasion de cette digression , c'est l'égalité convenue entre le roi et le roi son petit-fils, des ducs de France et des grands d'Espagne, et de leur donner réciproquement les mêmes rangs et honneurs ; le mémoire présenté au roi d'Espagne, pour s'en plaindre, par les ducs d' Arcos et de Banos , et la punition que ces deux frères en subirent , et l'examen s'ils ont été bien ou mal fondés dans cette plainte, ce qui ne se peut faire que par la comparaison des deux premières dignités des

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deux monarchies ; mais en même temps qu'il ne s'agit pas de faire un livre , ni de s'écarter trop loin et trop longtemps des matières historiques de ces Mémoires.

En quelque temps que l'on considère la moi-archie françoise depuis sa fondation, et les divers États des Espagnes jusqu'à leur réunion sous Ferdinand et Isabelle , ou plutôt sous Charles-Quint qui hérita d'eux, pour ne faire de toutes les Espagnes, excepté le Portugal, qu'une seule monarchie, elle ne peut entrer en aucune comparaison avec la nôtre. Des provinces séparées, quoique avec titre de royaume, dont aucun ne l'a porté que longtemps après la France, n'ont pas plu: de similitude avec ce grand et vaste tout, réuni sous un seul chef. qu« par la différence d'antiquité de couronne. Conséquemment nulle proportion entre les grands vassaux : les vassaux immédiats de la couronne de France , et ceux des différentes pièces qui composoient les Espagnes sous différents chefs , connus sous le titre de rois beaucoup plus tard que les nôtres. Quelques fonctions qu'aient originairement eues ces premiers grands feudataires des Espagnes . elles n'ont pu être plus importantes et plus relevées que celles de nos premiers grands vassaux , et la différence en a toujours été infinie par celle du cercle étroit de chacun de ces petits États ou royaumes indépendants les uns des autres dans les Espagnes , de la vaste étendue du royaume de France sous un seul roi dans tous les temps, el la part que les uns et les autres ont eue aux affaires, soit intérieures, soit extérieures de l'État dont ils relevoient immédiatement, a été conforme pour le poids et pour le nombre à l'étendue de ces mêmes États , ce qui met encore une différence infinie entre les grands vassaux françois et espagnols.

Si de ces temps reculés on descend au moyen âge , on ne voit dans les Espagnes que la confusion qu'avoit faite la domination des Maures , la nécessité de se défendre et de se soutenir contre eux où étoient les rois des différentes provinces des Espagnes, et trop souvent les usurpations de ces mêmes rois les uns sur les autres. On ne voit plus que force , que nécessité , que multiplication sans mesure des ricos-hombre.; sans fiefs. Leur part , je dis nécessaire et par droit , dans les afiaires s'évanouit , et depuis il n'en est resté ni ombre ni vestige , eu quoi les grands d'Espagne successeurs de leur dignité ne sont pas devenus de meilleure condition qu'eux.

Tout au contraire en France. Les grands vassaux ont toujours eu de droit et de fait part aux grandes affaires du dehors et du dedans. Cette part est demeurée aux pairs par essence, aux officiers de la couronne qui, par leurs offices, étoient grands vassaux , puisqu'ils en rendoient foi et hommage particuliers au roi. à d'autres grands vassaux, mais quand . et à ceux qu'il plaisoit aux rois d'y appeler. Cette transmission dure jusqu'à nos jours, et sans parler de tant de grands actes de pairie (les temps anciens, il n'y a point de règne qui n'en fourmille jusqu'au dernier le plus absolu de tous. Témoin tous les lits de justice que le feu roi a tenus, el en dernier Lieu la convocation des pairs par le gi-and maître des cérémonies au nom du feu roi . pour l'acte des renonciations qui a précédé la mort de Sa Majesté de si peu.

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