‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 226 sur 348 · ABUS DES GRANDESSES FRANÇOISES · texte numérisé non relu

ABUS DES GRANDESSES FRANÇOISES

ou viennent en France , on en a fait des grands d'Espagne françois et en France : d'abord une reconnoissance digne du roi d'Espagne pour le duc de Beauvilliers son gouverneur; après, le crédit des Noailles et du cardinal d'Estrées, aidé de l'amusement que prenoit le roi des enfances de la comtesse d'Estrées, dans la familiarité des particuliers, des dames du palais, trouve le chausse-pied du passage du roi d'Espagne de Barcelone en Italie sur une escadre commandée par le comte d'Estrées pour le faire faire grand d'Espagne , sans qu'il y ait eu soupçon seulement de la moindre opposition à ce passage. En France , il ne faut que des exemples : sur ceux-là un voyage du comte de Tessé en Espagne, où ses succès furent nuls à l'armée . avec le manège qui l'a si bien servi dans les cours , lui procurèrent la grandesse. Je ne parle point du duc de Berwick , qui . par la bataille d'Almanza, rétablit la couronne sur la tête du roi d'Espagne; c'est en Espagne que les terres de sa grandesse sont situées, et c'est en Espagne que les grands de sa postérité se sont fixés. Trois ou quatre seigneurs flamands, grands d'Espagne, dont les pères ni eux-mêmes n'étoient jamais sortis des Pays-Bas ou d'Espagne , se viennent fixer à Paris, trouvent plus agréable d'y jouir du premier rang de l'Etat et de s'y établir que de demeurer chez eux. Le duc de Noailles, neveu de Mme de Maintenon, va en Espagne et y est fait grand tout de suite, puis revient disgracié des deux cours, et, longue? années après, fait passer sa grandesse à son second fils, à quoi d'aborr il n'avoit pas songé: ainsi, en deux voyages courts, la Toison au pre mier, la grandesse en l'autre. M. de Chalais, neveu du premier mai de Mme des Ursins, sans aucun service eu France, se dévou? à elle, et est employé en d'étranges commissions, dont la grandesse est la récompense, malgré le feu roi, qui, loin de lui permettre de l'accepter, s'en irrita jusqu'à déclarer qu'il ne souffriroit jamais qu'il en eût le rang ni les honneurs en France. Croiroit-on, après ses aventures à l'égard de M. le duc d'Orléans , et l'éclat entre ce prince et Mme des Ursins , que ce fut ce prince qui, dans sa régence, lui permit de revenir en France et d'y jouir du rang et des honneurs?

J'avoue que, voyant tant d'abus, je crus en pouvoir profiter comme les autres, mais sans dissimuler à M. le duc d'Orléans combien je les désapprouvois. J'ose dire que si, après les grandesses de MM. de Beauvilliers et de Berwick. il y en a une pardonnable, c'est celle qui me fut donnée à l'occasion de mon ambassade extraordinaire pour demander , conclure et signer le mariage du roi avec l'infante.

De là Mme de Ventadour , qui fut sa gouvernante , obtint une grandesse pour le comte de La Mothe , qu'on avoit mis à même d'être fait maréchal de France . et que son incapacité en repoussa toujours , qui de sa vie n'avoit servi l'Espagne. . et qui étoit parfaitement éloigné de devenir duc. Le mariage arrête de l'infant avec une fille de .M. le duo d'Orléans fit le grand prieur re France, son bâtard reconnu, grand d'Espagne. Cette élévation donna de l'émulation à l'électeur de Bavière pour le sien , attaché au service de France. Il fit si bien valoir tout ce que lui avoit coûté son attachement au service des deux couronnes , et l'honneur qu'il avoit d'être fieie de Mme !a Dauphine . mère du ro;

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