‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 225 sur 348 · ABUS DES GRANBESSES FRANÇOISES · texte numérisé non relu

ABUS DES GRANBESSES FRANÇOISES

et de Soissoiis, qui tous deux conduisoient le légat à l'audience, n'ou- ,:)lièrent rien pour avoir permission de se couvrir ou de n'assister pas à l'audience. Ils ne purent obtenir ni l'un ni l'autre, et y demeurèrent tout du long et toujours découverts. On peut voir cela plus au long , et le récit de l'erreur réformée d'une tapisserie (t. I", p. 323 . .'{24) , ou plutôt du mensonge qui les y représente couverts. Il est donc vrai que la présence nécessaire des ducs fait tomber ce chapeau. Les deux seuls qui se trouvent aux audiences où on se couvre n'y sont que par la nécessite de leur charge, l'un en qualité de premier gentilhomme delà chambre, qui commande dans la chambre, et qui ne s'en peut absenter alors comme tel; l'autre de capitaine des gardes en quartier, et comme tel, en fonction nécessaire de sa charge , et nullement comme ducs.

Après ces éclaircissements, ne pourroit-on point remarquer que ce grand honneur de parler [couvert] au roi d'Espagne s'afîoiblit étrangement par les conditions qui y sont apposées? L'introduction de la nécessité de faire la couverture , avec toute suspension de rang , honneurs et distinctions jusqu'à ce qu'elle soit faite , et cependant le pouvoir et l'usage des rois de la différer tant qu'il leur plaît, et même toujours, est un grand contre-poids ; celui d'avoir un certificat de sa couverture du secrétaire de l'estampille , sous peine, si on le perd, d'avoir à recommencer et de courir les risques des délais du roi , et en attendant d'être suspendu de tout rang, honneurs et prérogatives, n'en est pas un moindre , et cela à toute mutation de père même à fils , et même pour la première classe. En France , le mort saisit le vif , sans que le roi y intervienne ; et à l'égard des pairs , dont la réception au parlement de celui en faveur duquel l'érection fixe le rang d'ancienneté pour lui et pour toute sa postérité, comme l'enregistrement le fixe pour les ducs vérifiés qui ne sont pas j)airs, les successeurs à la pairie ne dépendent point de leur réception au parlement, ni d'aucune autre chose pour jouir de tout leur rang, honneurs et prérogatives, soit qu'ils s'y fassent recevoir tard ou point du tout, et ne préjudicie en aucune sorte de choses à leurs successeurs.

En voilà bien assez, ce me semble, pour entendre quelle est la dignité des grands d'Espagne , [tant] dans son origine , son essence et son fond, que dans son écorce et son extérieur-, et le peu qui a été dit sur les ducs de France, parce qu'il auroit fallu un volume pour entrer à fond dans leur dignité, et que j'écris en France où on la doit connoître, et où on en trouve force mémoires et traités, suffit, ce me semble, pour montrer que les grands ne peuvent être comparés en rien aux pairs , et que les ducs d'Arcos et de Baiios ont ignoré la dignité des ducs quand ils se sont plaints de la parité de rang et d'honneurs donnée aux uns et aux autres dans les deux royaumes.

Mais après cet examen, il faut convenir aussi que i'abus qui s'en est fait est extrêmement étrange. Lorsque le feu roi et le roi son petit-fils sont convenus de cette parité, il est manifeste qu'ils n'ont entendu qu'une fraternité des grands des deux royaumes pour cimenter mieux celle des deux nations. Au lieu de s'en tenir à un règlement si raisonnable et si commode pour les ducs et les grands qui vont en Espagne

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