‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 231 sur 348 · SIGNATURE DE LA GRANDE ALLIANCE · texte numérisé non relu

SIGNATURE DE LA GRANDE ALLIANCE

ibis le roi son père, au haut du degré, comme iui-méme en avoit été reçu et conduit. Il lui donna toujours la droite; ils furent assis quelque temps dans des fauteuils. Mme la duchesse de Bourgogne le reçut et le conduisit seulement à la porte de sa chambre , comme elle en avoit été reçue et conduite. Il ne vit ni Monseigneur ni les princes ses fils, qui. dès le matin de ce même jour, étoient allés à Fontainebleau. Au sortir de cette visite, le roi s'en alla coucher à Sceaux avec Mme la duchesse de Bourgogne, et de là à Fontainebleau. Incontinent après, le nouveau roi d'Angleterre fut aussi reconnu par le roi d'Espagne.

Le comte de Manchester, ambassadeur d'Angleterre, ne parut plus à Versailles depuis la reconnoissance du prince de Galles comme roi d'Angleterre, et partit, sans prendre congé, quelques jours après l'arrivée du roi à Fontainebleau. Le roi Guillaume reçut en sa maison de Loo, en Hollande, la nouvelle de la mort du roi Jacques II et de cette reconnoissance , pendant qu'il étoit à table avec quelques princes d'Allemagne et quelques autres seigneurs; il ne proféra pas une seule parole outre la nouvelle, mais il rougit, enfonça son chapeau et ne put contenir son visage. Il envoya ordre à Londres d'en chasser Poussin surle-champ . et de lui faire repasser la mer aussitôt après. Il faisoit les affaires du roi en absence d'ambassadeur et d'envoyé , et il arriva incontinent après à Calais.

Cet éclat fut suivi de près de la signature de la grande alliance offensive et défensive contre la France et l'Espagne, entre l'empereur. l'empire . qui n'y avoit nul intérêt . mais qui . sous la maison d'Autriche , n'avoit plus de liberté ; l'Angleterre et la Hollande . dans laquelle ensuite ils surent attirer d'autres puissances; ce qui engagea le roi de faire une augmentation dans ses troupes.

En même temps le cardinal d'Estrées , qui n'avoit plus rien à négocier à Venise , ni avec les princes d'Italie , s'en retourna à Rome. On venoit d'étouffer une révolte à Naples : Sassinet. neveu du baron de Lisola. chargé des procurations de l'empereur, l'avoit conduite. Il fut pris. Le prince de Muccia et le duc de Telena en étoient les principaux chefs, et se sauvèrent. Le prince de Montesarchio , à quatre-vingts ans , monta à cheval au premier bruit avec le duc de Popoli. et, avec leurs amis, dissipèrent la canaille qui s'étoit assemblée . par où la révolte devoit commencer. Cela contint ceux qui avoient à perdre, et tout fut étouffé dans l'instant. Le duc de Gaëtano , qui en étoit . sortit de Rome dans le carrosse de l'ambassadeur de l'empereur, quoique le pape le lui eût défendu sous peine de cinquante mille écus d'amende. Le duc de Medina-Cceli , vice-roi, s'y conduisit très-bien. Cependant le comte d'Estrées. qui étoit à Cadix, eut ordre de mener son escadre à Naples, où tout fut très-promptement mis en sûreté. Le prince Eugène avoit ordre d'y envoyer dix mille hommes si la révolte avoit réussi: et pour acliever de suite , le duc de Medina-Cœli fut rappelé en Espagne tout à la fin de l'année, avec la présidence du conseil des Indes, riche et importai! i emploi. Le duc d'Escalona, plus ordinairement nommé marquis de Villena, dont il a été parlé souvent à l'occasion du testament (!e Charles II, et qui avoit été vice-roi de Catalogne, où on l'a vu battu par

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