‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 232 sur 348 · CONTRE LA FRANCE ET L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

CONTRE LA FRANCE ET L'ESPAGNE

M. de Noailles , et après encore par M. de Vendôme . fut envoyé à Naples vice-roi ; et le cardinal del Giudice , frère du duc de Giovenano . grand d'Espagne de troisième classe et conseiller d'État, eut ordre à Rome d'aller par intérim vice -roi de Sicile, d'où le duc de Veragua fut rappelé.

Tout à la fin du voyage de Fontainebleau, Louville y arriva de Barcelone , où il avoit laissé le roi et la reine d'Espagne avec la princesse des Ursins , et Marsin, ambassadeur de France. Il veaoit en apparence pour rendre compte au roi de ce qui s'étoit passé de plus intérieur en Espagne pendant la longue et dangereuse maladie du duc d'Harcourt, surtout du nouveau mariage de Leurs Majestés Catholiques; mais le but effectif de son voyage étoit d'obtenir que le roi trouvât bon que le roi son petit-fils passât à Naples sur l'escadre du comte d'Estrées. qui alloit revenir à Barcelone, et qu'au printemps il se mît à la tète de l'armée des deux couronnes en Italie. Louville eut plusieurs audiences du roi fort longues, seul avec lui dans son cabinet, quelquefois chez Mme de Mainteaon,en sa présence. M. de Beauvilliers et Torcy l'entretinrent beaucoup , et Mgr le duc de Bourgogne. Ce qu'il y avoit de plus distingué à la cour s'empressa de le voir. Je m'en saisis à mon tour, et satisfis avec lui ma curiosité à fond. Je me chargeai de le ramener à Paris le jour que le roi partit, mais avec une plaisante condition. Le roi d'Espagne l'avoiî expressément chargé de faire le tour du canal. Pendant les cinq ou six jours qu'il avoit été à Fontainebleau, il n'en avoit pas eu le temps , tellement que le matin du lundi 14 novembre que nous partîmes , je le menai tête à tète faire cette promenade. Au retour, nous prîmes Mme de Saint-Simon et l'archevêque d'Arles, depuis cardinal de Mailly, et nous nous en allâmes d'une traite à Paris en relais. Je fus ravi de la promenade pour m'entretenir avec lui plus à mon aise de choses particulières , et dans le chemin de Paris , je lui fis tant d'autres questions qu'il arriva sans voix et ne pouvant plus parler.

J'ai ci-devant parlé de la déroute de La Touane et de Saurion . trésoriers de l'extraordinaire des guerres . et que le roi fit face pour eux afin lie soutenir son crédit. En conséquence , il s'empara de leurs biens. La Touane avoit à Saint-Maur la plus jolie maison du monde . dont le jardin donnoit dans ceux de la maison de Gourville . que Catherine de Médicis ivoit faits , et bâti un beau château. Gourville l'avoit donnée à M. le Prince, qui en avoit fait présent à M. le Duc. Rien ne lui convenoit davantage que de joindre les jardins de La Touane aux siens, et d'avoir sa maison pour en faire à Saint-Maur une petite maison particulière à ses plaisirs , et souvent une décharge au château quand il y étoit avec Mme la Duchesse et bien du monde. Il l'eut donc pour peu de chose du roi pendant Fontainebleau. Peu après qu'on en fut revenu, il y fut coucher avec cinq ou six de ses plus familiers. Le comte de Fiesque en étoit un depuis fort longtemps. A table , et avant qu'il pût y avoir de vin sur jeu . il s'éleva une dispute sur un fait d'histoire entre M. le Duc et le comte de Fiesque. Celui-ci. qui avoit de l'esprit et de la lecture, soutint fortement son opinion, M. le Duc la sienne, à qui peut- être

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