‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 24 sur 348 · MARIAGE DE DREUX, [1699J · texte numérisé non relu

MARIAGE DE DREUX, [1699J

terre, et le maria à la fille de Guyet. bien faite, sage et raisonnable, mais dont le père, qui fut intendant des finances, étoit un sot et un impertinent ponimé, et sa femme un esprit aigre, qui se crovoit une merveille. Ce gendre, dont la cervelle de plus étoit mal timbrée, vécut fort mal avec eux. Rebours, cousin germain de Chamillart et de sa femme, travailla sous lui d'abord, puis devint intendant des finances. O'étoit . je pense , le véritable original du marquis de Mascarille , et fort impertinent au fond. L'abbé de La Proustière, aussi leur cousin germain , suppléoil pour le ménage . les affaires et l'arrangement domestique à Tmcapacité de Mme Chamillart : c'étoit le meilleur homme et le plus en sa place . et le plus respectueux du monde, mais grand bavard, et savoit fort rarement ce qu'il disoit ni même ce qu'il vouloit dire. Avec de tels entours , 11 falloit toute l'amitié du roi et de Mme de Maintenon pour soutenir Chamillart. dont les talents ne suppléoient pas aux appuis domestiques. Il éprouva encore un autre malheur fort singulier.

Dreux et lui étoient conseillers eu la même chambre et intimes amis; Dreux fort riche, et Chamillart fort peu accommodé. Leurs femmes accouchèrent en même temps d'un fils et d'une fille. Dreux, par amitié, demanda à Chamillart d'en faire le mariage. Chamillart en âge d'avoir d'autres enfants le représenta à son ami , et qu'en attendant que ces enfants qui venoient de naître fussent en état de se marier . il trouveroit avec ses biens des partis bien plus convenables que sa fille. Dreux, homme droit, franc, et qui aimoit Chamillart. persévéra si bien qu'ils s'en donnèrent réciproquement parole. Avec les années . la chance avoit tourné. Dreux étoit demeuré conseiller au parlement, et Chamillart devenu tout ce que nous venons de voir, mais toujours amis intimes. Sept ou huit mois avant que Chamillart devînt contrôleur général . il alla trouver Dreux , et avec amitié lui dit que leurs enfants étoient en âge de se marier et de les acquitter de leur parole. Dreux . très-touché d'une proposition qui . par la fortune . étoit si disproportionnée de la sienne , et qui faisoit celle de son fils . fit tout ce qu'un homme d'honneur peut faire pour le détourner d'une airairequi n'étoit plus dans les termes ordinaires, et qui dans les suites feroit l'embarras de sa famille, lui rendit sa parole, refusa et dit que c'étoit lui-même qui lui en manquoit . parce qu'il lui en vouloit manquer. Ce combat d'amitié et de probité dura plusieurs jours de part et d'autre. A la fin Chamillart bien résolu à partager sa fortune avec son ami l'emporta, et le mariage se fit. Il obtint pour son gendre l'agrément du régiment d'infanterie de Bourgogne . et tôt après sa :ortune , de la cha ge de grand mître des cérémonies que Blainville lui vendit, et le roi prit prétexte de cette charge pour faire entre- Mme Dreux dans les carrosses et manger avec Mme la duchesse de Bourgogne. C'est le premier exemple de deux noms de bourgeois se décorer d'eux-mêmes, et s ns prétexte de terres, du nom de marquis et de comte, car tout aussitôt M. Dreux devint M. le marquis de Dreux ' , et Chamillart le

i. Voy. à l;i tin du volume une noie de MM. de Drcux-Nancrr oi dr Dreux- Brezé, qui établit que M. de Dreux était de grande et ancienne maison.

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