‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 251 sur 348 · SOURDIS MARIE SA FILLE · texte numérisé non relu

SOURDIS MARIE SA FILLE

Lorraine de la main de l'empereur , à qui il étoit fort attaché , avoit suivi son pupille dans ses États à la paix de Ryswick; il étoit grand maître de sa maison et à la tète de son conseil. Devenu feld-maréchal de l'empereur, il désira retourner à Vienne. M. le Grand, qui avoit beaucoup d'enfants et peu de patrimoine , trouva jointure à mettre le P. Camille à la place de Carlingfort pour la charge et pour de plus fortes pensions encore. Il le fit trouver bon au roi . et le P. Camille s'alla fixer en Lorraine, où il ne fut pas plus goûté qu'il l'étoit ici. C'étoit un homme de peu d'esprit, fort glorieux, particulier, qui avala toute sa vie beaucoup de vin fort tristement: une espèce de fagot d'épine, mais ruminant toujours à part soi la grandeur de sa maison, et qii n'avoit des Guise, qu'il regrettoit, que la valeur et la volonté. Il avoit toujours servi et n'étoit point marié , du reste honnête homme.

Saint-Pouange fit un grand mariage pour son fils avec la fille unique de Sourdis. chevalier de l'ordre . dont il avoit toute sa vie été ami intime. La débauche les avoit unis, et cette amitié suppléa au mérite pour l'avancement. Sourdis se fit battre auprès de Nuits avec tant d'ignorance , et s'en tira si honteusement à l'ouverture de la guerre précédente, en l'i89. que M. de Louvois . n'osant plus l'employer dans les armées . mais pressé par Saint-Pouange . l'envoya comjnander en Guyenne. Il s'y conduisit avec tant de crapule, et si misérablement d'ailleurs, qu'il ne put y être soutenu davantage. Le commandement de la province lui fut ôté, et un successeur envoyé à sa place. Sourdis, enchanté de sa maîtresse à soixante-dix ans , ne put quitter Bordeaux parce qu'elle y vouloit demeurer, et y survécut ainsi à lui-même. A la fin la honte de sa vie obligea à l'en faire sortir. Il ne put s'en éloigner et se confina dans une de ses terres en Guyenne. Un homme si peu soigneux de son honneur donna sa fille au fils de son ancien ami et protecteur, sans compter pour rien l'inégalité du mariage de son héritière, à qui il devoit laisser de grands biens qu'elle eut en effet , et qu'il ne lui fit pas longtemps attendre. Il mourut en grand affoiblissement d'esprit . et fort vieux et veuf depuis longues années sans s'être remarié.

Le duc de Richelieu, vieux et veuf deux fois, épousa en troisièmes noces une Rouillé, veuve du marquis de Noailles. frère du duc. du cardinal et du bailli de Noailles. dont elle avoit une fille unique. Elle étoit fort riche et vouloit un tabouret. M. de Richelieu, qui l'étoit fort aussi, mais qui. avec des biens substitués et une conduite toujours désordonnée . en étoit toujours aux expédients , lui donna le sien pour se remettre à flot, et n'avoit aussi qu'un fils unique. En s'épousant. ils arrêtèrent le mariage de leurs enfants, dont ils passèrent et signèrent le contrat en attendant qu'ils fussent en âge de se marier. Le vieux couple avoit de l'esprit, mais l'humeur de part et d'autre peu concordante, qui donna des scènes au monde. Malgré ce second mariage de la duchesse de Richelieu, elle demeura toute sa vie dans l'union la plus intime avec la famille de son premier mari , surtout avec le cardinal de Noailles.

Celle du comte d'Auvergne , et lui-même . se trouvèrent fort soula-'és par la mort du bailli d'Auvergne, son fils aîné, que l'indignité de tout»

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la suite de sa vie , et celle de soa combat avec Caylus dont j'ai parlé en son temps, avoient chassé du royaume, fait déshériter et jelé malgré lui dans l'ordre de Malte , menaçant souvent de réclamer contre ses vœux.

Il sembla que les flatteurs du roi prévissent alors que le terme des prospérités de son règne fût arrivé, et qu'ils n'auroient désormais aie louer que de sa constance. Ce grand nombre de médailles frappées en toutes sortes d'occasions , où les plus communes n'étoient pas même oubliées, fut ramassé, gravé et destiné à une histoire métallique. L'abbé Tallemant, Tourel ' et Dacier, trois savants principaux de l'Académie françoise, avoient été chargés de l'explication de ces médailles, à mettre à côté de chacune dans un gros volume de la plus magnifique impression du Louvre. Il fallut une préface, et comme cette sorte d'histoire commençoit à la mort de Louis XIII , sa médaille fut nécessairement mise à la tète du livre, et engageoit ainsi à dire quelque chose de ce prince dans cette préface. Quelqu'un de leur connoissance s'avisa de ma juste reconnoissance , et crut qu'elle me prèteroit ce que je n'avois pas de moi-même pour le morceau de la préface qui devoit regarder Louis XIII, ou pour mettre sous sa médaille, qui devoit être à la tète de celles de Louis XIV. On me proposa de le faire. L'esprit fut la dupe du cœur, et, sans consulter mon incapacité, j'y consentis . à condition qu'on m'en épargneroit le ridicule dans le monde , et qu'on m'en garderoit fidèlement le secret.

Je le fis donc, et je m'y tins en garde contre moi-même, toujours occupé de ne pas obscurcir le fils par le père dans un ouvrage tout à la gloire du premier et où le second n'entroit que par accident et par nécessité de l'introduction '■'. Mon thème fait, et il ne me fallut guère qu'une matinée, parce qu'il ne devoit pas être fort étendu, je le donnai. J'eus le sort des auteurs : ma pièce fut louée , et ne parut excéder en rien. Je m'en applaudis, ravi d'avoir consacré deux ou trois heures à ma juste reconnoissance. car je n'y en mis pas davantage.

Quand ce fut pour l'examen pour l'insérer, ces messieurs furent effrayés. Il est des vérités dont la simplicité sans art jette un éclat qui efl'ace tout le travail d'une éloquence qui grossit ou qui pallie : Louis XIII fournit de celles-là en abondance. Je m'étois contenté de les montrer, mais ce crayon ternissoit les tableaux suivants , à ce qu'il parut à ceux qui les ornoient. Ils s'appliquèrent donc à élaguer , à affoiblir, à voiler tout ce qu'ils purent pour n'obscurcir pas leur héros par une comparaison qui se faisoit d'elle-même. Ce travail leur fut ingrat; ils s'aperçurent enfin que ce n'étoit pas moi qu'ils avoient à corriger, mais la chose même dont le lustre naissant de soi-même ne se pouvoit éteindre que par la suppression ; ils sentirent le mensonge de cette sorte de correction; que, taisant certains faits, certaines vérités ils ne pouvoient les omettre toutes , et toutes à leurs yeux étoient de

t. Ce membre de l'Académie française, dont le nom est ainsi écrit par Saint-Simon, s'appelait Jacques de Toureii 2. Voyez ce court éloge, page ià des Pièces. (A'ore de Saint-Simon.) Saint-Simon n. 23

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