TABOURET DE LA CHANCELIÉRE
œent à Monseigneur, qui fut obligé de demeurer en attendant dans le sien. Celui de la reine mère lui auroit mieux convenu qu'aucun, mais il etoit occupé tout le milieu de ciiaque voyage, et celui-ci encore par le roi et la reine d'.Angleterre, et demeuroit vide le reste du temps.
Il vint à Fontainebleau du fond de la Silésie une fille de la maison de Wirteraberg. d'une arrière-branche de Montbéiiard-Eltz . et c'est celte principauté d'Eltz qui est en Silésie. Elle avoit perdu son père il y avoit six mois . et sans .savoir que M. de Chaulnes avec l'héritière de Picquigny sa mère avoit tout donné au second fils de M. de Chevreuse, s'il mouroit sans enfants, elle venoit recueillir la succession d'Ailly dont elle avoit eu une mère; elle étoit dans un deuil à faire peur, et ne marchoit que dans un carrosse drapé comme en ont les veuves et sans armes, et ses chevaux caparaçonnés et croisés de blanc jusqu'à terre, ses gens des manteaux longs et des crêpes traînants : on lui demanda de qui un si grand deuil? « Hélis I dit-elle en sanglotant ou faisant semblant, c'est de monseigneur mon papa. 55 Cela parut si plaisant que chacun lui fit la même question peur donner lieu à la réponse, et voilà comme sont les François. Ce qui leur parut si ridicule, et qui l'étoit en effet à nos oreilles, ne l'étoit en soi qu'à demi. Personne de quelque distinction , même fort éloignée de celle des maisons souveraines d'Allemagne . en parlant de ses parents en allemand, ne dit jamais autrement que monsieur mon père, madame ma mère, mademoiselle ma sœur, monsieur mon frère, monsieur mon oncle, madame ma tante, monsieur mon cousin, et supprimer le monsieur ou le madame seroit une grossièreté pareille à tutoyer parmi nous. De monseigneur il n'y en a point en allemand, de papa voilà le ridicule, surtout entre cinquante et soixante ans qu'avoit cette bonne Allemande: mais cela, joint aux sanglots, à l'équipage d'enterrement, fit le ridicule complet. Elle vit le roi le matin un moment, puis Mme la duchesse de Bourgogne, à qui le roi avoit mandé de la baiser et de la faire asseoir la dernière de toutes les duchesses; etSainctot, introducteur des ambassadeurs, la mena partout par ordre du roi. Ce fui la duchesse du Lude qui la présenta; elle demeura deux jours à Fontainebleau et une quinzaine à Paris, puis s'en retourna comme elle étoit venue.
Mme la chancelière prit son tabouret à la toilette de Mme la duchesse de Bourgogne le samedi 19 septembre, après laquelle elle suivit dans Sô cabinet, où il y eut audience d'un abbé Rinini en cercle. La duchesse èa Lude, son amie, et encore plus des places et de la faveur, avoit arrangé cela tout doucement pour étendre ce tabouret. Le roi qui le sut lui lava la tète et avertit le chancelier que sa femme avoit fait une sottise, qu'il ne trouveroit pas bon qu'elle recommençât: aussi s'en gardat-elle bien depuis. Cela fît grand bruit à la cour. Pour entendre ce fait, il faut remonter bien haut, et savoir qu'aucun office de la couronne ua donne le tabouret à la femme de l'officier, non pas même celui de connétable.
Le chancelier Séguier avoit donné sa fille aînée , très-riche , à un parti très-pauvre , et qui d'ailleurs n'y auroit pas prétendu. C'étoit au père des duc et cardinal de Coisliu , pour faire sa cour au cardinal de Riche-