PHILIPPE V A ALEXANDRIE
d'assez courts compliments. Le roi lui fit excuse de ne pouvoir lui offrir une place dans une si petite voiture , et ajouta qu'il espéroit le revoir dans peu, et lui donner à souper le soir même. Le duc fut d'autant plus aise de cette invitation qu'il compta consolider par là d'une manière plus authentique et plus publique l'usurpation qu'il s'étoit adroitement ménagée.
Marsin n'étoit pas né pour être instruit du cérémonial. Il étoit poli jusqu'à la bassesse et. de plus, fort étourdi. M. de Savoie, en le faisant pressentir sur la manière dont il seroit reçu, et ne mettant pas en doute qu'il n'eût qu'un fauteuil, fit valoir sa déférence de ne prétendre pas la main , quoique le fameux Charles-Emmanuel eût eu l'une et l'autre en Espagne ou il alla en personne épouser la fille de Philippe IL Marsin gagné , les deux seigneurs du despacho n'osèrent s'opposer à son consentement, mais tous trois en firent un secret à Louville.
Le prince de Vaudemonl attendoit aussi le roi d'Espagne à Alexandrie. Il fut averti du fauteuil comme ce prince arrivoit, et un moment après il s'en alla chez lui. Il rencontra LouvUle. En entrant dans l'appartement, blessé à l'excès de ce fauteuil à cause du duc de Lorraine son père, pour qui il n'en avoit jamais été question en Espagne, il attaqua Louville là-dessus ; celui-ci n'en vouloit rien croire , et ne se rendit que lorsque , avançant tous deux dans l'appartement , ils virent les deux fauteuils préparés.
Louville entra dans le cabinet du roi d'Espagne, où il apprit ce que je viens de raconter; piqué pour la grandeur de son maître peut-être encore du secret qu'on lui avoit fait, [ilj représenta au roi d'Espagne la différence de la maison de France dont pas un prince du sang ne cédoit aux électeurs ni aux ducs de Savoie comme il étoit arrivé au même Charles-Emmanuel à Lyon et à Paris avec le prince de Condé sous Henri IV , duquel il n'avoit jamais prétendu le fauteuil . d'avec la maison d'Autriche qui ne connoît point, dès qu'on s'assied, de distinction de sièges , qui donne le fauteuil aux infants , et qui avoit traité Charles-Emmanuel en infant à cause de son mariage : que l'électeur de Bavière à qui M. de Savoie cédoit, et avoit toujours cédé à Venise où ils s'étoient trouvés tout un carnaval ensemble , n'avoit jamais eu qu'un tabouret devant le roi Guillaume sans avoir prétendu mieux . quoique j empereur lui donnât un fauteuil; que ce seroit dégrader et sa maison et sa couronne que d'être la dupe des artifices de M. de Savoie , et de fonder par cette foiblesse la même prétention pour les électeurs, et sans doute pour d'auti'es souverains qui ne l'imaginoient pas jusqu'à cette heure. Avec ces raisons très-pertinentes , Louville convainquit le roi d'Espagne qui ordonna d'ôter les deux fauteuils.
Un demi-quart d'heure après, M. de Savoie arriva, et fut reçu debout; et comme le roi d'Espagne ne parla point de s'asseoir, il sentit bien qu'il y avoit du changement; il le voulut sonder jusqu'au bout par le souper auquel il avoit été convié , mais dans le courant de la conversation, le roi l'en éconduisit par des excuses, sous prétexte que ses officiers n'étoient pas arrivés. Alors le duc de Savoie comprit qu'il n'avoit plus de fauteuil à espérer. Il œ fit aucun semblant de s*en aperce-