‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 261 sur 348 · PHILIPPE V A MILAN · texte numérisé non relu

PHILIPPE V A MILAN

voir, abrégea sa visite et s'en alla outré de dépit. Le lendemain, le roi l'alla voir, et les deux duchesses, avec lesquelles tout se passa le plus poliment , et même avec une sorte d'ouverture , surtout avec la fille de Monsieur. M. de Savoie parut respectueux et fort mesuré. Les quatre ou cinq jours de séjour se passèrent de la sorte , toujours debout et sans jamais aucun particulier. Au départ du roi , la cour de Savoie prit congé de lui ; M. de Savoie lui fit ses excuses de ne pouvoir faire la campagne comme il l'avoit projeté , et même de ne pouvoir fournir autant de troupes que l'année précédente. Ce prince ne mit guère [de t°mps], dans Alexandrie même, à découvrir d'où lui étoit venu le coup, et il n'oublia rien pour piquer Marsin et les seigneurs du despacho contre Louville , qui de sa part leur fit goûter ses excuses de n'avoir pas eu le temps de les avertir avant de détourner le roi de ce fauteuil. Les deux seigneurs du despacho, qui n'avoient cédé à Marsin que par crainte, étoient ravis ainsi que tous les autres grands que ce fauteuil eût avorté . et le bas et timide Marsin n'osa trouver rien mauvais du favori du roi d'Espagne qui avoit toute la confiance de notre cour. Nous verrons en son lieu que M. de Savoie , n'ayant pu réussir avec eux, prit d'autres mesures pour se venger de Louville. Il en fut averti par Phélypeaux, ambassadeur de France à Turin, sur la fin de la campagne ; mais la partie fut si bien liée , qu'au lieu de la récompense qu'il méritoit , il se trouva perdu , comme je le rapporterai en son temps.

M. de Vaudemont suivit le roi d'Espagne à Milan . dont il lui fit splendidement les honneurs. Ce fut en cette ville que le roi d'Espagne apprit par M. de Vendôme la conjuration ourdie par ce régiment des gardes napolitaines que j'ai déjà racontée: l'éclat qui en suivit, et qui retomboit si à plomb sur la cour de Vienne et sur le prince Eugène , engagea ce dernier à se justifier comme il put par une grande lettre qu'il écrivit à M. de Vendôme, qu'il lui envoya par un trompette. M. de Vendôme lui répondit du verbiage honnête, qu'il finit par ces mots remarquables : a Qu'il avoit trop bonne opinion de lui pour pouvoir soupçonner qu'il fût capable d'exécuter un si horrible complot quand bien même il en eût reçu les ordres. » Le roi , averti du danger , fit choisir dans toutes ses troupes six officiers de distinction, lieutenants-colonels, majors et capitaines , qu'il envoya au roi son petit-fils pour être toujours autour de lui. C'étoit en effet des gens de valeur, de conduite et de probité, et d'une fidélité éprouvée, et même des gens d'esprit dont quelques-uns l'avoient orné, et tous fort capables au delà de leur grade. Il est étrange que pas un d'eux n'ait fait la moindre fortune. C'étoit don Gaëtano Coppala, prince de Monlefalcone qui étoit colonel des gardes napolitaines. J'ai voulu raconter de suite tout ce qui regarde le roi d'Espagne depuis Barcelone jusqu'à Naples et à Milan.

J'ajouterai que la reine d'Espagne obtint à peu près ce qu'elle voulut des états d'Aragon à Saragosse . qui protestèrent sur ce qu'ils ne dévoient être tenus que par des rois et non par une reine. Elle s'en alla de là à Madrid, où pour la forme elle fut à la tête de la junte du gouvernement dont le cardinal Portocarrero étoit le véritable régent. Ce fut un grand accueil entre lui et la princesse d(»s TIrsins . son ancienne amie , qui , sous

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