‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 267 sur 348 · DE M. ET DE MADAME DU MAINE · texte numérisé non relu

DE M. ET DE MADAME DU MAINE

contre les reproches les plus désireux que m'en fit Mme du Maine , a qui jamais je n'avois parlé . et qui s'arrêta à moi dans l'appartement du roi . et je les lassai enfin dans leurs poursuites. Ils sentirent que je ne vouiois me prêter à aucune liaison avec eux ; ils en furent d'autanl plus piqués qu'ils n'en firent aucun semblant, et redoublèrent, au contraire, à l'égard de Mme de Saint-Simon.

J'ai toujours cru que M. du Maine me voulut nuire dès lors, qu'il me mit mal dans l'esprit de Mme de Maintenon . de qui je n'étois connu en aucune sorte, et que je n'ai su que depuis la mort du roi . qu'elle me haïssoit parfaitement. Ce fut Chamillart qui me le dit alors; et qu'il en avoit eu des prises avec elle, pour me remettre en selle auprès du roi par des Marly et des choses de cette nature. Je me doutois bien par tout ce qui me revenoit qu'elle m'étoit peu favorable, mais je ne sus pas, tant que le roi vécut, caque j'en appris depuis. Chamillart sagement ne me voulut pas donner d'inquiétude . ni moins encore m'ouvrir la bouche trop facile et trop libre sur ceux que je croyois ne devoir pas aimer, et peu retenu par leur grandeur ni leur puissance. Pour achever ce qui me regarde pour lors avec M. du Maine . assez longtemps après . Mme la duchesse de Bourgogne retint à Marly Mme de Lauzun à jouer le jour qu'on en partoit. et que, venue avec Mme du Maine , elle devoit s'en retourner avec elle. Cette excuse qu'elle allégua n'arrêta point Mme la duchesse de Bourgogne , qui lui dit de mander à Mme du Maine qu'elle la ramèneroit. Mme du Maine eut la folie de s'en piquer assez pour en faire le lendemain une telle sortie à la duchesse de Lauzun . qu'elle sortit de chez elle pour n'y rentrer de sa vie. M. du Maine vint chez elle aux pardons. M. le Prince aux excuses. Ils tournèrent M. de Lauzun de toutes les façons, il étoit presque rendu, mais sa femme ne put être persuadée.

Je fus ravi d'une occasion si naturelle et si honnête pour Mme de Saint-Simon de se tirer d'un lieu où la compagnie peu à peu s'étoit plus que mêlée , et où sûrement, depuis ce que j'ai raconté , il n'y avoit rien à gagner pour nous , et depuis ce temps-là elle ne vit plus Mme du Maine qu'aux occasions, quoiqu'elle et M. du Maine n'eussent rien oublié pour l'empêcher de se retirer d'eux à cette occasion. Je pense qu'elle acheva de me mettre mal avec eux, s'il y avoit lors à y ajouter. Depuis cette aventure, Mme la duchesse de Bourgogne mena toujours Mme de Lauzun à Mariy -. c'étoit une distinction et qui piqua extrêmement Mme du Maine. Enfin, quelques années après, M. du Maine et M. de Lauzun voulurent finir cette brouillerie , et convinrent que Mme du Maine feroit des excuses à Mme de Lauzun chez Mme la Princesse à Versailles, qu'elles seroient reçues honnêtement, et que deux jours après Mme de Lauzun iroit chez Mme du Maine : cela fut exécute de la sorte et bien. M. du Maine se trouva chez Mme sa femme lorsque Mme de Lauzun y vint, pour tâcher d'ôter l'embarras et d'égayer la conversation: Mme de Lauzun en demeura à cette visite, et la vit depuis uniquement aux occasions; conséquemment Mme de Saint- Simon de même. Tout ce narre, qui semble maintenant inutile, retrouvera dans ia suite uu usage unponaut.

Page 1