‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 271 sur 348 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Le roi de Pologne défait par le roi de Suéde, qui y perd le duc d'Holslein- GoUorp, son beau-frère. — Landau investi par les Impériaux. — Désertion du prince d'Auvergne, pendu en Grève en effigie. — Artifices iniuiles des Bouillon. — Siège de Landau par le prince Louis de Bade, défendu par Mélac, où le roi des Romains arrive et le prend. — Electeur de Bavière se déclare pour la France et l'Espagne. — Jîort du comte de Soissons: son caractère et sa famille. — Canaples et son mariage avec Mlle de Vivonne. — Mort du duc de Coislin ; son caractère; ses singularités. — Duc deCoislin et Novion, premier président du parlement, à une thèse. — Novion premier président. — Mélac ; sa récomiense; son caractère: sa Dn. — Mort de Petit, mé lecin de Monseigneur; Boudin en sa place. — Maréchal de YUIeroy libre sans rançon. — Madame à la comédie publique.

Il y avoit longtemps que la Pologne étoit le théâtre des plus fâcheux troubles. Les succès du roi de Suède, à qui le czar, allié du roi de PO'

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loyue , n'avoit pu résister , tirent naître à ce jeune conquérant le dessein de détrôner son ennemi. Il remporta sur lui une victoire complète, vers la mi-août, à dix lieues de Cracovie, qui achemina fort ce grand dessein, et le roi de Pologne, ne s'y croyant plus en sûreté, se liàla de gagner la Saxe avec peu de suite. La victoire fut sanglatitë , et acheva d'irriter le roi de Suède par la mort du duc d'Hoistein-Goltorp, son beau-frère, tué à ses côtés, qu'il aimoit uniquement, et dont, dans le transport de sa douleui , il jura de tirer la plus grande vengeance.

Le roi ne recevoit pas de meilleures nouvelles du Rhin que de Flandre. Brisach, Fribourg, le fort de Kehl , Philippsbourg. rendus par la paix de Ryswick, resserroient extrêmement notre armée, et le palatin, beau-frère de l'empereur, intimement lié à lui et mal avec le roi, qui avoit protégé hautement contre lui les droits de Madame , avoit farci son pays deçà le Rhin de troupes, et favorisé les relranchemeuts du Spirebach qu'on a vus si glorieux au maréchal de Choiseul, et qui présentement nous arrètoient tout court , et ôtoient à notre armée la communication de Landau et la subsistance des vastes et fertiles plaines qui de là s'étendent jusqu'à Mayence. Le marquis d'Hiixeiles et Mélac, gouverneur de Landau, en avoient écrit tout l'hiver voyant ces préparatifs. Landau ne valoit rien; on l'avoit augmente, par l'avis de M. le maréchal deLorges, d'un ouvrage sur une hauteur qui commandoit, mais avec cela la place étoit encore mauvaise. Huxeiles vint lui-même remontrer le danger de laisser accommoder le Spirebach aux ennemis, et de ne pas mieux garnir Landau , dont la garnison n'étoit presque que do régiments nouveaux. On étoit encore dans ce désir efiréné de paix qui en donnoit espérance contre toute raison, et, pour le Rhin comme pour la Flandre, dans cette léthargie qui devint sitôt après funeste. On répondit au marquis d'Hu.\elles qu'on n'étoit eu peine de rien de ce côté-là, et qu'on étoit bien assuré que le siège de Landau étoit une chimère à laquelle il ne seroit seulement pas songé. On s'y trompa comme sur la Flandre.

Catinat n'eut pas plutôt assemblé sa médiocre armée sous Strasbourg, que sur la fin de juin il apprit que Landau étoit investi, et qu'il sut que le Spirebach étoit une barrière qui de la montagne au Rhin lui ôtoit toute communication avec cette place , et ne lui laissoit d'espace à se promener que le court espace depuis Strasbourg jusqu'à ce retranchement accommodé et garni à ne rien craindre. Ce fut donc à y pirouetter , et à subsister aux dépens de la basse Alsace , que Catinat passa la campagne.

Le prince d'Auvergne servoit dans cette armée avec son régiment de cavalerie : c'étoit un gros garçon fort épais et fort désagréable . extrêmement rempli de sa naissance et des chimères nouvelles de sa famille. De quatre frères, il étoit, pour ainsi dire, le seul par l'exhérédation, et tout à l'heure par la mort de l'aîné , et par la prêtrise des deux autres. Son père avoit avec lui des procédés fort durs, et bien que juridiquement condamné en plusieurs tribunaux de faire raison à ses enfants des biens de leur mère, ils n'eu pouvoient rien arracher. Une visite que le prince d'Auvergne alla faire au cardinal de Bouillon dans son exil.

384 DÉSERTION DU PRINCE d'aUVERGNE. [1702]

en entrant en campagne , lui tourna apparemment la tête. Un beau jour qu'il étoit de piquet, il alla visiter les gardes du camp, et quand il y fut, piqua des deux et déserta aux ennemis comme un cavalier. Il avoit laissé sur sa table une lettre pour Chamillart, par laquelle d'un style haut et troublé il lui marquoil que, ne pouvant obtenir de quoi vivre, il s'en alloit en chercher en Bavière, auprès de la sœur de son père, veuve sans enfants d'un oncle paternel de l'électeur. Cen'étoit pas pourtant qu'il n'eût six mille livres de pension du roi. Il alla en effet à Munich; il y fut peu, passa eu Hollande, et dans le cours de l'hiver fut fait major général dans les troupes de la république.

S'il ne se fût agi que de subsistance , il auroit pu représenter sa situation au roi , lui en demander , ou la permission d'aller vivre à Bergop-Zoora sans servir contie lui. Mais les chimères de son oncle l'avoient séduit. Il voyoit trois fils au duc de Bouillon. Il pouvoit être dangereux de trop multiplier une suite de cadets, dont le rang de prince étranger pourroit fatiguer, et qui seroit mal soutenu par des établissements. Celui de Berg-op-Zoora, qui n'étoit rien en France qu'un revenu en temps de paix, avoit une décoration en Hollande . par l'étendue et la dignité de ce marquisat. Le prince d'Auvergne illustroit encore par le rang que sa maison avoit en France , et par les établissements de son père et de ses oncles. Il se flattoit surtout d'y être distingué par sa parenté avec le feu roi Guillaume et le prince de Nassau , gouverneur héréditaire de Frise, étant arrière-petit-fils de la maréchale de Bouillon, liUe du célèbre prince d'Orange , fondateur de la république des Provinces-Unies. Enfin il comptoit de rassembler en sa faveur les créatures du roi Guillaume dans les troupes et dans l'Ëtat, et d'y pouvoir être aidé et décoré par les nombreux parents de la maison de Hohenzollern, dont étoit sa mère, répandus dans la basse Allemagne. Il espéra de faire .-lisément une figure considérable avec tous ces appuis, et pour se concilier la faveur du pensionnaire Heinsius, maître en Hollande, et des autres principales créatures du roi Guillaume, qui lui étoient unies, et qui comme Heinsius avoient hérité de la haine de leur stathouderpour le roi et pour la France , et ôter de plus toute sorte d'ombrage , il préféra la voie de la désertion cà toute autre de s'aller établir en Hollande.

J'avance ici de près d'une année la suite de cette désertion, pour n'avoir plus à y revenir. Elle fit grand bruit; les Bouillon la blâmèrent, mais plaignirent son malheur. Ils appuyèrent sur sa retraite à Munich, pour la rendre moins criminelle ; ils trouvèrent que la manière uétoit que sottise sans mauvaise intention. Le roi, qui ne crut pas y perdre grand'chose, et qui aimoit M. de Bouillon, laissa tomber la chose, et le monde , séduit par cet exemple et par les amis des Bouillon , se tourna à la compassion et bientôt au silence. Il se rompit quand on le vit au service de Hollande; le roi en fut piqué. Cette démarche lui fut présentée par M. de Bouillon, comme le comble de leur douleur, mais en même temps comme l'effet d'une jeunesse brave, et honteuse de l'oisiveté au milieu des feux de la guerre, et toujours parmi des gens de guerre. Avec ce tour adroit, la colère du roi fut cpaoussée ; mais bientôt

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