‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 272 sur 348 · ARTIFICES INUTILES DES BOUILLON · texte numérisé non relu

ARTIFICES INUTILES DES BOUILLON

après , le prince d'Auvergne se lâcha en propos fort licenciexix pour plaire à ses nouveaux maîtres, se montra plus cruel qu'aucun des ennemis au sac de Venloo , qu'ils reprirent cette même campagne, et alloit partout montrant son épée, qu'il crioit être celle de M. de Turenne , et qu'il rendroit aussi fatale à la France qu'elle y avoit été victorieuse. Ce coup ne put être paré , et le roi voulut que le procès fût fait et parfait à ce déserteur.

Les Bouillon hors d'espérance de Fempêcher , et accoutumés à tirer des honneurs et des distinctions des félonies et des ignominies , osèrent travailler à obtenir que ce procès fût fait en forme de pairie, ou au moins avec des différences d'un particulier. C'est ce qui étoit inconnu au parlement et contre toutes ses règles. Le rang de prince étranger, accordé par l'échange de Sedan , étoit le principal obstacle qui en avoit jusqu'alors empêché l'enregistrement au parlement, qui ne reconnoît la qualité de prince que dans les princes du sang, ni de rang et de distinction que ceux du royaume. Cette barrière n'ayant pu s'enfreindre , MM. de Bouillon se rabattirent à faire pitié au roi par leur douleur, et par celle qui se renouvelleroit longtemps tous les jours, si i'afiaire, d'abord instruite et jugée au Châtelet , puis portée au parlement, leur en faisoit essuyer toutes les longueurs, et firent si bien par leur artifice qu'elle alla droit au parlement. Elle n'y dura pas : il y fut rendu un arrêt qui condamna ce déserteur, dans les termes les plus communs à tous les plus simples particuliers, à être pendu, et, en attendant qu'il pût être appréhendé au corps, à être pendu en effigie, ce qui fut exécuté en place de Grève , en plein jour-, et le tableau insr.rit de son nom et de l'arrêt y demeura trois jours à la potence. Mais pour que MM. de Bouillon ne pussent tirer avantage d'avoir évité le Châtelet , le premier président , avisé par ses amis les Noailles , de longue main en procès et enn-emis des Bouillon, fit écrire sur les registres du parlement, que ce procès criminel avoit été directement porté à la grand'chambre , et jugé par elle et la Tournelle ' assemblées seulement, ce qui se pratique à l'égard de tout noble accusé de crime , non par aucune distinction particulière . mais eu égard à la qualité du crime , comme on en use aussi pour celui du duel : tellement que MM. de Bouillon n'eurent que les deux potences des deux fils du comte d'Auvergne , à peu d'années de distance l'une de l'autre , sans que leur hardiesse et leur intrigue en ait pu tirer aucun fruit.

Le siège de Landau n'avançoit pas autant que le prince Louis de Bade qui le faisoit l'avoit espéré, et Mélac. gouverneur de la place, profitoit de tout pour en allonger la défense. On se repentit trop tard de n'y avoir pas pourvu à temps. On voulut le réparer. Villars eut ordre de mener un très-gros détachement de l'armée de Flandre a Catinat , etceiui-ci de tout tenter pour secourir la place. Le roi des Romains y étoit arrivé pour faire à ce siège ses premières armes , et , suivant la coutume alle-

4. La Tournelle élait une chambre criminelle du parlement de Paris, qui tirait son nom de ce que les membres qui la composaient étaient fournis à tour de rôle par les autres chambres du parlement de Paris.

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