‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 282 sur 348 · DISPOSITIONS DE VILLARS · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DE VILLARS

trouva réduite à dix bataillons et à fort peu d'escadrons, en sorte que Catinat se mit dans Strasbourg, en attendant tristement le succès du passage que Villars alloit tenter , le départ du roi des Romains pour retourner à Vienne , et ce que deviendroit son armée après la prise de Landau.

Villars marcha droit à Huningue , visita les bords du Rhin , et choisit /établissement de son pont vis-à-vis d'Huningue , à l'endroit d'une île assez spacieuse pour s'en servir utilement, le grand bras du Rhin entre lui et l'île, et le plus petit entre elle et l'autre côté du Rhin où étoit la petite ville de Neubourg, retranchée et tenue par les Impériaux qui avoient là un camp volant , et qui avoient donné pendant toute la campagne , l'inquiétude à Catinat de passer le Rhin et de faire le siège d'Huningue, sans toutefois avoir songé à l'exécuter, pour ne rien détacher de celui de Landau. Ce parti pris . Villars fit travailler tout à son aise, mais fort diligemment, à son pont jusqu'à l'île. Il étoit arrive le 30 septembre; ce pont fut l'affaire de moins de vingt-quatre heures. Le 1" octobre . à midi . il fit passer dessus quarante pièces de canon avec Champagne et Bourbonnois qu'il établit dans l'île, et fit travailler à son autre pont. Dès qu'il fut achevé, il fit passer des travailleurs sou tenus par ses grenadiers qui tirèrent une ligne parallèle au Rhin à la tète du pont, ma'.gré les foibles efforts des ennemis pour l'empêcher, incommodés du feu de l'artillerie et des quinze cents hommes qui étoient dans l'île , et de force petits bateaux chargés de grenadiers. Dans cette posture , Villars , maître d'achever de passer le Rhin , voulut attendre des nouvelles de l'électeur de Bavière , et cependant le prince Louis de Bade et la plupart de ses officiers généraux vinrent se retrancher à Friedlingen. Le 12 octobre Laubanie . avec un détachement de la garnison de Neuf-Bris ch , passa le Rhin dans de betits bateaux, et emporta la petite ville de Neubourg l'épée à la main, s'y établit et y fut suivi par notre pont de M. de Guiscard avec vingt escadrons et dix bataillons. Le prince Louis sur cette nouvelle ne douta pas que Villars ne voulût faire là son passage, quitta Friedlingen et marcha à Neubourg le 14 au matin. Ce même matin, à sept heures, Villars, averti de cette marche, sortit de Huningue, fit diligemment passer tout ce qu'il avoit de troupes en deçà par son pont dans l'île. La cavalerie passa à gué l'autre petit bras du Rhin et l'infanterie sur le second pont, qu'il avoit remué à temps et porté vis-à-vis Friedlingen avec son artillerie.

Là-dessus le prince Louis, qui étoit en marche, fit retourner toutes ses troupes, qui étoient quarante-deux escadrons avec son infanterie: cinq de ses escadrons firent le tour d'une petite montagne escarpée de notre côté, pour en gagner la crête par derrière, et les trente-sept autres marchèrent à Villars plus tôt qu'il ne s'attendoit à les voir. Il n'avoit que trente-quatre escadrons, parce qu'il en avoit détaché six pour aller joindre Guiscard à Neubourg. Trois charges mirent en dé.^ordre la cavalerie impériale, qui fut reçue par six bataillons frais qui la soutinrent. Leurs autres bataillons s'étoient postés sur la montagne, dont il fallut les déloger en allant à eux nnr les vignes et l'escarpement

Page 1