CARACTÈRF; OE LA PRINCESSE D'HARCOURT
stances , et de pardo> demandés] pour lui [de la part] de tous les Lorrains ■ , qu'il lui per::;;t enfin en ce temps-ci de le venir saluer.
Sa femn>.'- ; qui ét'iit de tous les voyages, favorite de Mme de Maintenon, ^c.' .:■ Iciie et sale raison qu'on en a vue ailleurs, échoua pour lui sur Marly. où tous les maris alloient de droit, et sans être nommés dès que leurs femmes l'étoient. Elle s'abstint d'y aller, espérant que, pour continuer à l'y avoir. Mme de Maintenon obtient! roit la grâce entière. Elle s'y trompa: Mme de Maintenon, qui se faisoit un devoir de la protéger en tout, ne laissoit pas d'en être souvent importunée, et de s'en passer fort bien. La peur qu'elle ne s'en passât tout à fait la fit bientôt retourner seule à Marly ; et le roi tint bon à n'y jamais admettre le prince d'Harcourt; cela le ralentit sur la cour; mais il retourna peu en province et se cantonna enfin en Lorraine.
Cette princesse d'JIarcourt fut une sorte de personnage qu'il est bon de faire connoître, pour faire connoître plus particulièrement une cour qui ne laissoit pas d'en recevoir de pareils. Elle avoit été fort belle et galante; quoiqu'elle ne fût pas vieille, les grâces et la beauté s'étoient tournées en gratte-cul. C'étoit alors une grande et grosse créature, fort allante, couleur de soupe au lait, avec de grosses et vilaines lippes, et des cheveux de filasse toujours sortants et traînant comme tout son habillement. Sale, malpropre, toujours intriguant, prétendant, entreprenant, toujours querellant et toujours basse comme i'herbe, ou sur l'arcen-ciel, selon ceux à qui elle avoit affaire; c'étoit une furie blonde, et de plus une harpie; elle en avoit l'effronterie, la méchanceté, la fourbe et la violence; elle en avoit l'avarice et l'avidité: elle en avoit encore la gourmandise et la promptitude à s'en soulager . et mettoit au désespoir ceux chez qui elle ailoit dîner, parce qu'elle ne se faisoit faute de ses commodités au sortir de table , qu'assez souvent elle n'avoit pas loisir de gagner, et salissoit le chemin d'une effroyable traînée, qui l'ont mainte fois fait donner au diable par les gens de Mme du Maine et de M. le Grand. Elle ne s'en embarrassoit pas le moins du monde, troussoit ses jupes et ailoit son chemin , puis revenoit disant qu'elle s'étoit trouvée mal : on y étoit accoutumé.
Elle faisoit des affaires à toutes mains, et couroit autant pour cent francs que pour cent mille; les contrôleurs généraux ne s'en défaisoient pas aisément; et, tant qu'elle pouvoit. trompoit les gens d'affaires pour en tirer davantage. Sa hardiesse à voler au jeu étoit inconcevable, et cela ouvertement. On l'y surprenoit, elle chantoit pouille et empochoit: et comme il n'en étoit jamais autre chose, on la regardoit comme une harengère avec qui on ne vouloit pas se commettre, et cela en plein salon de Marly, au lansquenet, en présence de Mgr et de Mme la duchesse de Bourgogne. A d'autres jeux , comme l'hombre , etc. , on
4 . Le texte du manuscrit a été exactement reproduit. Les anciens éditeurs ont modifié ainsi la phrase : «Ce no fui qu'au bout de deux mois d'instances èl (le pardons de tous ses larcins. » Saint-Simon , toujours mal disposé pour les Lorrains, n'a pas manqué de rappeler que Harcourt était de leur maison, el que ce fut à leurs inslantef sollicitations Qu'il dut son retour.
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l'évitou, mais cela ne se pouvoit pas toujours; et comme elle y voloit aussi tant qu'elle pouvoit, elle ne manquoil jamais de dire à la fin des parties qu'elle donnoit ce qui pouvoit n'avoir pas été de bon jeu et demandoit aussi qu'on le lui donnât, et s'en assuroit sans qu'on lui répondît. C'est qu'elle étoit grande dévote de profession et comptoit de mettre ainsi sa conscience en sûreté, parce que, ajoutoit-elle . dans le jeu il y a toujours quelque méprise. Elle alloit à toutes les dévotions et communioit incessamment, fort ordinairement après avoir joué jusqu'à quatre heures du matin.
Un jour de grande fête à Fontainebleau, que le maréchal de Villeroy étoit en quartier, elle alla voir la maréchale de Villeroy entre vêpres et le salut. De malice , la maréchale lui proposa déjouer, pour lui faire manquer le salut. L'autre s'en défendit, et dit enfin que Mme de Mainteuon y devoit aller. La maréchale insiste, et dit que cela étoit plaisant, comme si Mme de Maintenon pouvoit voir et remarquer tout ce qui seroit ou ne seroit pas à la chapelle. Les voilà au jeu. Au sortir du salut. Mme de Maintenon, qui presque jamais n'alloit nulle part, s'avise d'aller voir la maréchale de Villeroy , devant l'appartement de qui elle passoit au pied de son degré. On ouvre la porte et on l'annonce; voilà un coup de foudre pour la princesse d'Harcourt. a Je suis perdue s'écria-t-elle de toute sa force, car elle ne pouvoit se retenir; elle me va voir jouant, au lieu d'être au salut,» laisse tomber ses cartes, et soi-même dans son fauteuil tout éperdue. La maréchale rioit de tout son cœur d'une aventure si complète. Mme de Maintenon entre lentement, et les trouve en cet état avec cinq ou six personnes. La maréchale de Villeroy, qui avoit infiniment d'esprit, lui dit qu'avec l'honneur qu'elle lui faisoit, elle causoit un grand désordre; et lui montre la princesse d'Harcourt en désarroi. Mme de Maintenon sourit avec une majestueuse bonté, et s'adressant à la princesse d'Harcourt : a Est-ce comme cela, lui dit-elle, madame, que vous allez au salut aujourd'hui?» Là-dessus la princesse d'Harcourt sort en fuiie de son espèce de p;anoison; dit que voilà des tours qu'on lui fait, qu'apparemment Mme la maréchale de Villeroy se doutoit bien de la visite de Mme de Maintenon, et que c'est pour cela qu'elle l'a persécutée de jouer, pour lui faire manquer le salut. « Persécutée! répondit la maréchale, j'ai cru ne pouvoir vous mieux recevoir qu'en vous proposant un jeu ; il est vrai que vous avez été un moment en peine de n'être point vue au salut , mais le goût l'a emporté. Voilà, madame, s'adressant à Mme de Maintenon, tout mon crime , » et de rire tous , plus fort qu'auparavant. Mme de Maintenon , pour faire cesser la querelle, voulut qu'elles continuassent déjouer; la princesse d'Harcourt grommelant toujours, et toujours éperdue, ne savoit ce qu'elle faisoit, et la furie redoubloit de ses fautes. Enfin, ce fut une farce qui divertit toute la cour plusieurs jours, car cette belle princesse étoit également crainte , haïe et méprisée.
Mgr [le duc] et Mme la duchesse de Bourgogne lui faisoient des espiègleries continuelles. Hs firent mettre un jour des pétards tout du long de l'allée qui, du château de Marly , va à la Perspective, où elle logeoit. Elle craignoit horriblement tout. On attira dew porteurs pour se pré-
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senter à la porter lorsqu'elle voulut s'en aller. Comme elle fut vers le milieu de l'allée, tout le salon à la porte pour voir le spectacle: les pétards commencèrent à jouer, elle à crier miséricorde, et les porteurs à la mettre à terre et à s'enfuir. Elle se débattoit dans cette chaise, de rage à la renverser, et crioit comme un démon. La compagnie accourut pour s'en donner le plaisir de plus près , et l'entendre chanter pouille à tout ce qui s'en approchoit , à commencer par Mgr et Mme la duchesse de Bourgogne. Une autre fois ce prince lui accommoda un pétard sous son siège, dans le salon où elle jouoit au piquet. Comme il y alloit mettre le feu , quelque âme charitable l'avisa que ce pétard Testropieroit, et l'empêcha.
Quelquefois ils lui faisoient entrer une vingtaine de Suisses avec des tambours dans sa chambre , qui l'éveilloient dans son premier somme avec ce tintamarre. Une autre fois, et ces scènes étoient toujours à Marly , on attendit fort tard qu'elle fût couchée et endormie. Elle logeoit ce voyage-là dans le château , assez près du capitaine des gardes eu quartier , qui ètoil lors M. le maréchal de Lorges. Il avoit fort neigé et il geloit; Mme la duchesse de Bourgogne et sa suite prirent de la neige sur la terrasse qui est autour du haut du salon , et de plain-pied à ces logements hauts , et , pour s'en mieux fournir , éveillèrent les gens du maréchal . qui ne les laissèrent pas manquer de pelotes ; puis , avec un passe-partout et des bougies, se glissent doucement dans la chambre de la princesse d'Harcourt, et, tirant tout d'un coup les rideaux, l'accablent de pelotes de neige. Cette sale créature au lit, éveillée en sursaut, froissée et noyée de neige sur les oreilles et partout, échevelée, criant à pleine tête, et remuant comme une anguille, sans savoir où se fourrer, fut un spectacle qui les divertit plus d'une demi-heure, en sorte que la nymphe nageoit dans son lit . d'où l'eau découlant de partout Hoyoit toute la chambre. Il y avoit de quoi la faire crever. Le lendemain elle bouda; on s'en moqua d'elle encore mieux.
Ces bouderies lui arrivoient quelquefois , ou quand l«?s pièces étoient trop fortes , ou quand M. le Grand l'avoit malmenée, il trouvoit avec raison qu'une personne qui portoit le nom de Lorraine ne se devcit pas mettre sur ce pied de bouffonne; et, comme il étoit brutal, il lui disoit quelquefois en pleine table les dernières horreurs, et la princesse d'Harcourt se raettoit à pleurer, puis rageoit et boudoit. Mme la duchesse de Bourgogne faisoit alors semblant de bouder aussi, et s'en divertissoit. L'autre n'y tenoit pas longtemps , elle venoit ramper aux reproches , qu'elle n'avoit plus de bontés pour elle , et en venoit jusqu'à oleurer, demander pardon d'avoir boudé, et prier qu'on ne cessât plus de s'amuser avec elle. Quand on l'avoit bien fait craqueter, Mme la duchesse de Bourgogne se laissoit toucher; c'étoit pour lui faire pis rjîi'auparavant ; tout étoit bon de Mme la duchesse de Bourgogne auprès OU roi et de Mme de Maintenon , et la princesse d'Harcourt n'avoit point ?r ressource ; elle n'osoit même se prendre à aucunes de celles qui .î!*.1oientà la tourmenter, mais d'ailleurs il n'eût pas fait bon la fâcher.
ftde payoit mal ou point ses gens, qui un beau jour de concert l'arrûtèrent sur le pont Neuf. Le cocher descendit et les laquais, qui lui