‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 29 sur 348 · FAMILLE, FORTUNE ET MORT · texte numérisé non relu

FAMILLE, FORTUNE ET MORT

sa retraite à Port-Royal des Champs, malgré les tempêtes du jansénisme, fit employer son fils dès sa première jeunesse en plusieurs affaires importantes en Italie, où il fit des traités et conclut des ligues avec plusieurs princes. Son père, extrêmement aimé et estimé, lui donna beaucoup de protecteurs, dont M. de Turenne fut un des principaux. Pomponne passa par l'intendance des armées à Naples et en Catalogne, et partout avec tant de sagesse, de m.odération et de succès, que sa capacité, soutenue des amis de son père et de ceux que luimême s'étoit procurés, le fit choisir en 1665 pour l'ambassade de Suède. Il y demeura trois ans , et passa après à celle de Hollande : il réussit si bien en toutes deux qu'il fut renvoyé en Suède , où , combattu par tout l'art de la maison d'Autriche , il vint à bout de conclure cette fameuse ligue du Nord, si utile à la France en 1671. Le roi en fut si content qu'ayant perdu peu de mois après M. de Lyonne, ministre et secrétaire d'État des affaires étrangères , il ne crut pouvoir mieux remplacer un si grand ministre que par Pomponne. Toutefois il en garda le secret, et ne le manda qu'à lui par un billet de sa main, avec ordre d'achever en Suède, le plus tôt qu'il pourroit, ce qui demandoit nécessairement à l'être de la même main , et de revenir incontinent après. Il arriva au bout de deux mois, dans la même année 1671 , et fut déclaré aussitôt. Son père, retiré dès 1644, eut la joie de voir sou fils arrivé par son mérite dans une place si importante, et mourut trois ans après àquatrevingt-cinq ans. Pomponne parut encore plus digne de cette charge, par la manière dont il l'exerça, qu'avant d'en avoir été revêtu. C'étoit un homme qui excelloit surtout par un sens droit, juste, exquis, qui pesoit tout et faisoit tout avec maturité , mais sans lenteur : d'une modestie, d'une modération, d'une simplicité de mœurs admirables, et de la plus solide et la plus éclairée piété. Ses yeux montroient de la douceur et de l'esprit; toute sa physionomie, de la sagesse et de la candeur: un art, une dextérité, un talent singulier à prend-.o ses avantages en traitant: une finesse, une souplesse sans ruse qui savoit parvenir à ses fins sans irriter-, une douceur et une patience qui charmoit dans les afiaires-, et avec cela une fermeté, et, quand il le falloit, une hauteur k soutenir l'intérêt de l'État et la grandeur de la couronne que rien ne pouvoit entamer. Avec ces qualités il se fit aimer de tous les minisires étrangers comme il l'avoit été dans les divers pays où il avoit négocié. Il en étoit également estimé et il en avoit su gagner la confiance. Poli, obligeant, et jamais ministre qu'en traitant, il se fit adorer à la cour, où il mena une vie égale, unie, et toujours éloignée du luxa et de l'épargne, et neconnoissant de délassement de son grand travail qu'avec sa famille, ses amis et .ses livres. La douceur et le sel de son commerce étoient charmants, et ses conversilions, sans qu'il le voulût, infiniment instructives. Tout se faisoit chez lui et par lui avec ordre, et rien ne demeuroit en arrière sans jamais altérer sa tranquillité.

Ces qualités étoient en trop grand contraste avec celles de Colbert et de Louvois pour eu pouvoir être soutTertes avec patience. Tous deux en avoient sans doute de irès-grandes; mais, si elles paroissoieal quelquefois plus brillantes, elles n'étoient pas si aimables: et .'.'ils avoient

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