‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 28 sur 348 · MORT DE LA COMTESSE DE FTKSQUE · texte numérisé non relu

MORT DE LA COMTESSE DE FTKSQUE

lui beaucoup d'estime, d'amitié et de distinction. G'étoit un homme brusque, mais franc, vrai , droit, serviaLle et très-bon ami ; il en avoit beaucoup , et fut généralement plaint et regretté.

La comtesse de Fiesque, cousine germaine paternelle de la feue duches.'se d'Arpajon, de feu Thury et du marquis de Beuvron, mourut ■)endant Fontainebleau, extrêmement âgée. Elle avoit passé sa vie dans Je plus frivole du grand monde; deux traits entre deux mille la caractériseront. Elle n'avoit presque rien , parce qu°lle avoit tout fricassé ou laissé piller à ses gens d'affaires; tout au commencement de ces magnifiques glaces, alors fort rares et fort chères, elle en acheta un parfaitement beau miroir. « Hé, comtesse, lui dirent ses amis, où avez-vous pris cela? — J'avois, dit-elle, une méchante terre, et qui ne me rapportoit que du blé , je l'ai vendue , et j'en ai eu ce miroir. Est-ce que je n'ai pas fait merveilles? du blé ou ce beau miroir! :» Une autre fois, elle harangua son fils , qui n'avoit presque rien , pour l'engager à se marier, et à se remplumer par un riche mariage, et la voilà à moraliser sur l'orgueil qui meurt de faim plutôt que faire une mésalliance. Son fils, qui n'avoit aucune envie de se marier, la laissa dire , puis , voulant voir où cela iroit, fit semblant de se rendre à ses raisons. La voilà ravie ! Elle lui étale le parti , les richesses , l'aisance , une fille unique , les meilleures gens du monde , et qui seroient ravis , auprès de qui elle avoit des amis qui feroient immanquablement réussir l'affaire , une jolie figure , bien élevée et d'un âge à souhait. Après une description si détaillée , le comte de Fiesque la pressa de nommer cette personne en qui tant de choses réparoient la naissance: la comtesse lui dit que c'étoit la fille de Jacquier, qui étoit un homme connu de tout le monde, et qui s'étoit acquis l'estime et l'affection de M. de Tureune, les armées duquel il avoit toujours fournies de vivres , et s'étoit enrichi. Voilà le comte de Fiesque à rire de tout son cœur , et la comtesse à lui demander, en colère, de quoi il rioit, et s'il trouvoit ce parti si ridicule. Le fait etoit que Jacquier n'eut jamais d'enfants. La comtesse, bien surprise, pense un moment, avoue qu'il a raison , et ajoute en même temps que c'est le plus grand dommage du monde, parce que rien ne lui eût tant convenu. Elle étoit pleine de semblables disparates qu'elle soutenoit avec colère , puis en rioit la première. Ou disoit d'elle qu'elle n'avoit jamais eu que dix-huit ans. Elle étoit veuve, dès 1640, deM.de Piennes-Brouilly , tuéàArras. dentelle n'eut qu'une fille, mère de Guerchy. Les Mémoires de Mademoiselle, avec qui elle passa toute sa vie . souvent en vraies querelles pour des riens , et sans toutefois pouvoir se passer l'une de l'autre, la font très-bien connoîtra. Elle n'eut ni frères ni sœurs , et son père étoit aîné de celui de Beuvron.

Une autre mort fit plus de bruit, et laissa un grand vide pour le conseil et pour les honnêtes gens , ce fut celle de Pomponne , fils du célèbre Arnauld d'Andilly, et neveu du fameux M. Arnauld. Cette famille illustre en science , en piété et par beaucoup d'autres endroits , n'a pas besoin d'être expliquée ici : elle l'est par tant de beaux ouvrages que je m'en tiendrai ici à M. de Pomponne. M. d'Andilly, par ses emplois et par l'amitié dont la reine mère l'honoroit avant et même depuis

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