‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 292 sur 348 · LE CHANCELIER ET LES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER ET LES ÉVÊQUES

pouvoit servir. Desgranges, maître des cérémonies, avoitété au débarquPT-ent du roi d'Espagne à Marseille et l'avoit accompagné jusqu'à la frontière de Catalogne pour le faire servir et sa suite de tout ce qu'il pouvoit être nécessaire, et empêcher les cérémonies et les réceptions, dont il ne voulut aucune, et qui l'auroient fort importuné.

Il y avoit quelque temps qu'il se couvoit une querelle entre M. le chancelier et les évèques, lorsqu'une nouvelle dispute avec M. de Chartres la fit éclater tout à la fin de cette année. Les évèques, en possession de faire imprimer leurs mandements ordinaires pour la conduite et les besoins de leurs diocèses . les livres d'église , quelques catéchismes courts, à l'usage des enfants, sans permission et de leur propre autorité , voulurent profiter du double zèle du roi contre le jansén'sme et le quiétisme, et se donner peu à peu l'autorité de l'impression pour des livres de doctrine plus étendus sans avoir besoin de permission ni de privilège. Le chancelier ne s'accommoda pas de ces prétentions . ils se tiraillèrent quelque temps là-dessus : les évèques alléguant qu'étant juges de la foi , ils ne pouvoient être revus ni corrigés de personne dans leurs ouvrages de doctrine ni par conséquent avoir besoin de permission pour les faire imprimer : lé chancelier maintenant son ancien droit et que, sans prétendre s'en arroger aucun sur la doctrine, c'étoit à lui à empêcher que, sous ce prétexte, les disputes s'échauffassent jusqu'à troubler l'État; qu'il ne se glissât des sentiments qui , n'étant que particuliers, ne feroient que les aigrir; que la domination anciennement usurpée par les évèques , et sagement réduite à des bornes tolérables , ne vînt à se reproduire: enfin à veiller qu'il ne se glissât rien dans ces ouvrages de contraire aux libertés de l'Église gallicane.

Cette fermentation dura jusqu'à ce que M. de Meaux et M. de Chartres vinrent à y prendre une part personnelle pour leurs ouvrages prêts à être publiés contre M. Simon, savant inquiet, auteur d'u-e foule d'ouvrages ecclésiastiques, entre autres une traduction du Nouveau Testament avec des remarques littérales et critiques que M. le cardinal de Noailles et M. de Meaux condamnèrent par des instructions pastorales. Il se rebéqua par des remontrances. M. de Meaux et M. de Chartres écrivirent contre lui; et ce furent ces ouvrages qu'ils prétendirent soustraire à l'inspection et à l'autorité du chancelier, qui fit l'éclat couvé depuis assez longtemps. Avec cet appui les évèques haussèrent le ton, et prétendirent que c'étoit à eux, chacun dans son diocèse, à donner la permission d'imprimer les livres sur la religion , et non à d'autres à les examiner ni à en permettre ou défendre l'impression. L'affaire s'échauff'a. Mme de Maintenon . de longue main assez peu contente du chancelier pour a?oir été ravie de s'en défaire aux finances . et à la marine par les sceaux , gouvernée d'ailleurs tout à fait par M. de Chartres, et raccommodée avec M. de Meaux par l'affaire de M. de Cambrai, se déclara pour eux contre lui Le roi, tout obsédé qu'il étoit par une partialité si puissante et par les jésuites , qui poussoi nt le P. de La Chaise contre le chancelier , qu'ils regardoient comme leur ennemi parce qu'il aimoit les règles et qu'il étoii exact et délicat sur toutes les matières de Rome , et n'oublioient rien pour lui donner auprès du ro i

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