MON INTIME LIAISON AVEC CHAMILLART
la cour faire des affaires, et à quoi tant de gens du premier ordre se sont enrichis, mais par le plaisir de la confiance deChamillart, des service"; que je fus à la portée de rendre à mes amis , et d'en tirer pour moi , et dans les suites assez promptes, par la satisfaction de ma curiosité sur les choses de la cour et de l'État les plus importantes , qui me mettoit au fait journalier de tout. Je gardai ce secret à Mme Chamillart excepté pour son mari, avec qui je me répandis, et lui avec moi, et pour Mme de Saint-Simon qui en fut informée. Il suffit de dire que le mariage alla tout de travers entre le mari et la femme tant qu'il dura ; que mon beau-frère acheva de se perdre en quittant le service aussitôt après ses noces, sans que l'offre d'être fait brigadier hors de rang le pût retenir, et que Mme de Saint-Simon et moi fûmes toujours les dépositaires des douleurs de ChamUlart et de tout ce triste domestique. Mme la maréchale de Lorges n'avoit acquis ni leur estime ni leur amitié; elle prit le parti d'une grande retraite. C'étoit bien fait pour l'autre monde , et ne fut guère moins bien pour celui-ci ; il faut dire à sa louange qu'à la fin elle rentra en elle-même, et que sa vie fut austère, pénitente, pleine de bonnes oeuvres et parfaitement retirée. Je fus bien des années à revenir pour elle , cela se retrouvera en son lieu. Je le répète , j'aurois passé sous silence ce détail triste et peu intéressant . si je ne l'avois jugé tout à fait nécessaire à monirer l'origine et le fondement de l'intimité qui se verra dans la suite entre Chamillart et moi , et qui m'a mis à portée de savoir et de faire fort au delà de mon âge et de mon apparente situation, tandis que j'y étois de l'autre partie opposée ' , je veux dire le chancelier et son fils, et par M. de Beauvilliers mal avec eux, mais fort ami de Chamillart. Les filles de celui-ci , avec qui j'étois aussi en toute confiance, me mettoient au fait de mille bagatelles de femme, souvent plus importantes qu'elles-mêmes ne croyoient, et qui m'ouvroient les yeux, et une infinité de combinaisons considérables, jointes à ce que j'apprenois par les dames du palais, mes amies, et par la duchesse de Villeroy avec qui j'étois étroitement lié , ainsi qu'avec la maréchale sa belle-mère, que j'eus le plaisir de raccommoder intimement, et de voir durer leur union jusqu'à leur mort, après avoir été longues années on ne sauroit plus mal ensemble. J'étois aussi très-bien avec le duc de Villeroy et en grande et la plus familière société avec eux ; mais je ne pus m'accoutumer aux grands airs du maréchal : je trouvois qu'il pompoit l'air de partout où il étoit , et qu'il en faisoit une machine pneumatique. Je ne m'en cachois ni à sa femme , ni à son fils , ni à sa belle-âlle , qui eo rioient et qui ne purent jamais m'y apprivoiser.
Pour ne plus revenir à un triste sujet, je dirai ici d'avance que mon beau-frère prit [le nom de duc de Lorges] peu après son mariage, pour faire porter le nom de Lorges, si illustré par son père, à son duché de Quintin ; et qu'il porta depuis le nom de duc de Lorges.
4 . Cette phrase a été modifiée par les précédents éditeurs qui l'ont probablement trouvée trop obscure. Il est cependant facile de comprendre ce que Saint-Simon veut dire, qu'il était dans la confidence des deux partis opposés, de Chamillart et du chancelier de POûtchartrain.