‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 297 sur 348 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

4 703. — Marsin chevalier de l'ordre. — Marlborongh duc d'Angleterre, etc. — Mariage de Matillac avec une sœur du duc de Beauvilliers. — Mariage du duc de Gesvres avec Mile de La Chénelaye. — Rétablissement de M. le duc d'Orléans dans l'ordre de succession à la couronne d'Espagne, où il envoie l'abbé Dubois. — Promotion de dix maréchaux de France; leur fortune et leur caractère. — Ctiamilly. — Estrées. — Châleaurenauld. — Vauban. — Rosen. — Huxelles. — Tessé. — Monlrevel. — Tallard. — Harcom-'.

Le premier jour de cette année 1703 fut celui de la déclaration que fit le roi au chapitre de l'ordre , de la distinction sans exemple qu'il fit, comme je l'ai déjà dit ailleurs d'avance, en faveur du cardinal Portocarrero, qu'il nomma à, la première place vacante de cardinal dans l'ordre, et toutes quatre étoient alors remplies, et de lui permettre de porter l'ordre en attendant , dont il lui envoya une croix de diamants de plus de cinquante mille écus; grâce à laquelle il fut extrêmement sensible. Marsin reçut au même chapitre la récompense de son ambassade et du mérite qu'il s'étoit fait du refus de la Toison d'or et de la grandesse, il fut seul nommé chevalier de l'ordre, et reçu seul à la Chandeleur suivante. En même temps , le comte de Marlborough fut fait duc en Angleterre avec cinq mille livres steriiim de pension , qui est une somme prodigieuse.

M. de Beauvilliers maria sa sœur du second lit au fils unique de Marillac, conseiller d'État , qui étoit col nel et brigadier d'infanterie, fort estimé dans les troupes, quoique encore fort jeune, et qui devoit être fort riche, étant unique. Il étoit de mes amis dès notre jeunesse, et je puis dire qu'il avoit tout ce qu'il falloit pour se faire aimer, pour réussir à la guerre, et pour plaire à la famille où on vouloit bien le recevoir. Le duc de Saint- Aignan . veuf d'une Servien . mère du duc de Beauvilliers, avoit fait la folie d'épouser, dix-huit mois après, une créature de la lie du peuple , qui , après avoir eu longtemps le soin des chiens de sa femme , étoit montée à l'état de sa femme de chambre. Il mouiTit six ans après , parfaitement ruiné , et laissa deux garçons et une fille de ce beau maiiage. La mère avoit de l'esprit et de la vertu. Le roi même, qui airaoit M. de Saint-Aignaa . l'avoit pressé plus d'une fois de lui faire prendre son tabouret; elle n'y voulut jamais consentir, et se borna à plaire et à avoir soin de M. de Saint- Aignan dans l'intérieur de sa maison sans vouloir se produire , mais portant la housse et le manteau ducal. Sa conduite gagna la vertu de M. et de Mme de Beauvilliers , qui, à la mort de M. de Saint-Aignan, prirent soin d'elle et de leurs enfants comme des leurs , avec qui ils furent élevés et avec la même amitié : ce trait . soutenu en tout et toute leur vie , n'en est pas un des moindres traits. Le mariage se fit à petit bruit à Vaucresson , petite maison de campagne que le duc avoit achetée à portée de Versailles et de Marly , où il se retiroit le plus souvent que ses emplois le lui pouvoient permettre.

Le vieux duc de Gesvres, à quatre-vingts ans, se remaria peu de jours

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